La Sunshine List continue de croître en Ontario.

Des carottes pour rester actif

ÉDITORIAL / La solution la plus simple pour retenir les travailleurs âgés sur un marché du travail en manque de bras et de cerveaux serait de repousser au-delà de 65 ans l'âge où ils peuvent toucher leur pleine rente. Ni Ottawa ni Québec n'ont heureusement retenu cette voie, par crainte de pénaliser les aînés plus vulnérables. Pour atteindre le même objectif, ils doivent cependant être créatifs et proactifs afin de convaincre les employeurs de conserver leurs «vieux» employés, et ces derniers de rester au boulot non de force, mais bien par choix.
On a vu cette semaine qu'il peut être périlleux de manier à la fois la carotte et le bâton. Québec a prévu des crédits d'impôt pour les travailleurs expérimentés - ce qui est très positif -, mais il a modifié aussi l'âge d'admissibilité au crédit d'impôt que pouvaient toucher les personnes de 65 ans. Résultat, des milliers de Québécois âgés, moins nantis et incapables de travailler, sont privés de 500 $.  
Le tollé soulevé a finalement convaincu le premier ministre Philippe Couillard d'apporter des ajustements dans le prochain budget. À suivre. À suivre également, les suites du rendez-vous national sur la main-d'oeuvre qui s'est déroulé jeudi et vendredi à Québec, et le budget que présentera aussi prochainement Ottawa.
Le gouvernement Trudeau a en effet repoussé, au début du mois, la suggestion du Conseil consultatif en matière de croissance économique, qui lui recommandait de hausser l'âge d'admissibilité au programme de sécurité de la vieillesse et au Régime de pensions du Canada, comme l'avait  fait le gouvernement conservateur. Dans ce dossier, Ottawa ne renie pas sa promesse électorale.
Le ministre Jean-Yves Duclos a dit vouloir protéger les personnes qui ne peuvent continuer de participer au marché du travail. Il souhaite améliorer les incitatifs pour que les individus aptes et prêts à poursuivre leur carrière continuent à stimuler la croissance économique. 
Tout le défi est là. Le vieillissement de la population et la rareté de main-d'oeuvre imposent de revoir nos façons de faire. L'espérance de vie est plus longue. Comment modifier la fiscalité et comment adapter les milieux de travail pour que les gens travaillent plus longtemps? 
Le taux de participation au marché du travail des Canadiens de 55 ans et plus est de 54 %, comparativement à 62 % dans les pays membres de l'OCDE les plus performants (Suède, Norvège, États-Unis, Japon et Nouvelle-Zélande). Le Conseil consultatif estime qu'en comblant l'écart, le Canada pourrait ajouter 56 milliards $, ou 2,8 %, au PIB.
Comment exploiter ce potentiel? Le ministre François Blais indiquait jeudi qu'une tournée au Québec lui avait permis de voir des pratiques porteuses. Permettre le travail à temps partiel, réorganiser le travail ou confier une tâche de tutorat aux travailleurs expérimentés incite des gens à rester à l'emploi.
Le volet formation est aussi très important. L'employé dépassé par les nouvelles technologies ou de nouveaux procédés peut être tenté ou forcé de quitter son emploi. Bien épaulé et formé, il attendra peut-être avant de partir à la retraite. La personne âgée dont le travail est physiquement exigeant aura peut-être aussi envie de demeurer active si on l'outille pour accomplir d'autres tâches.
L'âgisme est aussi à combattre dans certains milieux de travail. Le Conseil consultatif suggère de promouvoir les intérêts économiques du maintien en poste des travailleurs âgés et de faire comprendre au public que le maintien en poste des travailleurs en fin de carrière ne diminue pas le nombre d'emplois pour les plus jeunes. 
Bref, gouvernements, employeurs et syndicats ne manquent pas de boulot pour maintenir les travailleurs âgés au travail.