Le ministre des Finances, Carlos Leitão, serre la main du premier ministre Couillard.

De gratteux à généreux

ÉDITORIAL / Allègement fiscal pour 4,3 millions de Québécois et investissements dans les secteurs clefs de l'éducation et de la santé. Est-ce assez pour gommer les années précédentes de disette du gouvernement Couillard? Le ministre Carlos Leitão soutient que la bonne gestion des finances publiques et la performance de l'économie québécoise lui permettent d'annoncer de bonnes nouvelles. Certes, la maison est en ordre. Difficile toutefois d'oublier que certains citoyens en ont fait les frais.
Les libéraux tentent de redonner espoir aux Québécois. Ils doivent aussi retrouver la confiance des Québécois. Si plusieurs convenaient que les finances publiques devaient être rééquilibrées, plusieurs ont critiqué les choix et l'échéancier que le gouvernement a pris pour y parvenir.
Qu'il affiche maintenant des surplus et distribue des millions de dollars, notamment en remboursant de façon rétroactive la taxe santé, laisse un petit goût amer. 
Les commentaires émis par le député péquiste Nicolas Marceau et le chef caquiste François Legault rejoindront plusieurs citoyens. «Le gouvernement a pigé 1500 $ dans la poche des familles et leur en retourne 500 $. C'est l'heure des bonbons. C'est extrêmement cynique», a déclaré M. Marceau. «Bonne gestion ou petite politique», a demandé M. Legault.
Réaction purement partisane? Des économistes parlent plus élégamment de l'approche stop-and-go qu'ils jugent contraire aux principes de bonne gestion. On coupe, on économise et après on recommence à dépenser et on annonce de bonnes nouvelles avant les prochaines élections. Cela permet bien sûr d'aligner de belles colonnes de chiffres, d'arriver à des surplus budgétaires et de partir en campagne électorale en meilleure posture. «Nous avons assaini les finances publiques et nous en récoltons les résultats», affirme le ministre Leitão. Son parti peut être bien servi par une telle façon de faire, mais les citoyens le sont-ils? 
Pas tous. Plusieurs d'entre eux ont été confrontés ces dernières années à l'insuffisance des services dans le réseau de l'éducation et de la santé. Attente interminable pour obtenir des services professionnels pour des élèves en difficulté, manque de répit pour les familles d'enfants autistes, écoles en mauvais état, réduction des heures de soins à domicile, services minimalistes aux aînés hébergés dans les CHSLD, manque d'accessibilité aux services de santé, 
Le retour à l'équilibre budgétaire s'est avéré pénible pour plusieurs. Des personnes vulnérables ont écopé de la rigueur budgétaire, a d'ailleurs conclu la Protectrice du citoyen, même si les ministres ont maintes fois répété que les services directs n'étaient pas touchés. 
Tout ça est derrière nous avec le dernier budget? Certes, en haussant de 4,3 % ses dépenses en santé et en injectant 637 millions $ de plus dans le budget de l'éducation, Québec donnera de l'air frais à ces deux importants réseaux.
Même s'ils ont dû fonctionner ces dernières années avec une croissance des dépenses réduite et que les investissements annoncés mardi ne comblent pas tous les besoins, le fait que le terme austérité disparaisse de l'écran créera un climat plus positif dans les écoles, les cégeps, les universités et les établissements de santé.
Les fonds que Québec consacre au développement économique devraient aussi donner du souffle à l'économie. Bref, le gouvernement se positionne pour les prochaines élections. 
Il aurait été malvenu de se lancer dès maintenant dans des baisses d'impôt. Ce n'est que partie remise. Le Parti libéral a promis en 2014 qu'il allait consacrer 50 % des surplus aux baisses d'impôt. Le prochain rendez-vous électoral est dans 18 mois. Si l'économie se maintient bien, si le voisin américain ne nous fait pas la vie dure, les libéraux tenteront assurément de remplir cette promesse.