L'UPAC a l'indépendance nécessaire pour enquêter sur quiconque, a dit le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, mardi.

Corruption: éviter le cul-de-sac

ÉDITORIAL / Il n'y a pas un citoyen au-dessus des lois, martèle le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Vraiment? Pas même un ancien premier ministre du nom de Jean Charest? Pas même un collecteur de fonds du Parti libéral du Québec comme Marc Bibeau? Pour en avoir la certitude, la population n'a pas besoin d'une commission parlementaire convertie en pseudo-tribunal, mais bien que l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dispose de toute l'indépendance requise pour agir.
Ce n'est pas banal qu'un ancien premier ministre et un important collecteur de fonds d'un parti politique se retrouvent dans la mire de l'UPAC pendant plusieurs années. 
Ce n'est pas banal non plus que des documents d'une «enquête criminelle active» concernant Jean Charest et Marc Bibeau soient étalés dans un média avant même que des accusations soient portées contre eux.
La situation ne rassure qu'à moitié le public. Oui, il est positif de voir que l'UPAC ne ferme pas les yeux sur les activités et les allées et venues de certaines personnes parce qu'elles occupent ou ont occupé de hautes fonctions. Mais il faut davantage pour aller au fond des choses et convaincre M. et Mme Tout-le-Monde qu'aucun citoyen n'est au-dessus des lois ou à l'inverse, qu'aucun citoyen ne peut voir sa réputation injustement atteinte.
Qui avait intérêt à divulguer aux médias Québecor que MM. Charest et Bibeau étaient l'objet d'une surveillance? Une personne qui estime que l'enquête de l'UPAC n'aboutira jamais ou que des accusations ne seront jamais portées contre eux par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à cause d'une supposée immunité libérale. Ou, une personne qui veut faire dérailler le travail des policiers et des enquêteurs en coulant de l'information.
Devant cette situation, certains auront l'impression de se retrouver devant un autre chantier inachevé. Un peu comme lors du dépôt du rapport de la commission Charbonneau où le commissaire Renaud Lachance a exprimé sa dissidence. Contrairement à la juge France Charbonneau qui concluait qu'un lien unissait le versement des contributions à des partis politiques provinciaux et le processus d'octroi des contrats publics, M. Lachance soutenait que les faits présentés devant la commission n'avaient pas montré de lien direct ou indirect. 
Il serait désolant que le public conclue que la police et le système de justice se dirigent vers le même cul-de-sac. 
Pour éviter cela, la population doit avoir la certitude que l'UPAC et le DPCP ont les coudées franches et les ressources nécessaires pour accomplir leur travail jusqu'au bout.
Contrairement à ce que prétendait mardi le premier ministre Couillard à la période des questions à l'Assemblée nationale, bien des Québécois se préoccupent encore de l'éthique et non seulement d'emplois. Ils ne veulent pas que l'argent versé pour payer des routes, des locaux ou d'autres services publics servent à enrichir un parti politique et ses amis.
M. Couillard doit s'en soucier au lieu de répéter que le parcours des libéraux est sans tache depuis qu'il a succédé à Jean Charest en 2013. 
Un premier geste serait de s'engager à ce que le Commissaire à la lutte contre la corruption soit nommé par les deux tiers des membres de l'Assemblée nationale, comme le Vérificateur général ou le Protecteur du citoyen, et non seulement par le gouvernement.
Il faudrait également que le Vérificateur général scrute les baux signés entre le gouvernement, ses sociétés d'État et les entreprises de Marc Bibeau. Dans un dossier aussi délicat, un regard indépendant rassurerait davantage le public que celui d'une firme externe.