Vendredi, Philippe Couillard a admis avoir laissé circuler des informations inexactes

Commotion et amnésie

ÉDITORIAL / Garder le silence ou parler? Il n'y a pas que les présumées victimes d'agressions qui soupèsent la question. Si l'on comprend les réticences de celles-ci à exposer les faits, on s'explique mal comment Philippe Couillard et les libéraux ont pu une fois de plus s'embourber dans leurs explications, cette fois sur l'exclusion du ministre Pierre Paradis. La population n'aime pas être le dindon de la farce.
Mercredi, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation est relevé de ses fonctions à cause d'une commotion cérébrale à la suite d'une chute à cheval. Jeudi, on apprend que c'est plutôt parce qu'il y a eu signalement à la police, puis enquête de la Sûreté du Québec à la suite d'une plainte de nature sexuelle. Vendredi, M. Couillard admet qu'il a laissé circuler des informations inexactes. 
Le gouvernement Couillard vient une fois de plus de mettre la confiance du public à l'épreuve. 
Évidemment, le premier ministre, revenu de vacances les «batteries chargées à bloc», aurait préféré amorcer l'année sur une note positive et faire du millage sur la création d'emplois, plutôt de se retrouver encore à gérer une crise, de surcroît attribuable à la conduite d'un de ses ministres à l'égard d'une employée de son cabinet. 
Mais comment penser que les médias et la population ne soulèveront pas des trous et des contradictions dans les motifs évoqués pour expliquer la suspension de Pierre Paradis? Bien sûr, ce dernier jouit de la présomption d'innocence. Bien sûr, une telle allégation risque de mettre fin abruptement à une longue carrière politique de 37 ans. Bien sûr, toute cette histoire place le gouvernement en mode «gestion de crise» avant même la reprise des travaux prévue le 7 février. 
Mais la présumée victime dans tout ça? Et le message que le premier ministre et son gouvernement envoient à toutes les présumées victimes, sur la colline Parlementaire et ailleurs, en ne faisant pas preuve de franchise et de transparence? 
Les présumées victimes doivent avoir l'assurance que ce sont elles d'abord qui seront protégées, et non les présumés agresseurs ou la réputation de l'institution ou de l'entreprise.