La réforme Barrette ne devait-elle pas améliorer notre système de santé? La protectrice constate qu'elle se traduit par un nivellement vers le bas dans certains cas.

Cessons de leurrer les gens

ÉDITORIAL / On attend quoi? Une cure de jouvence? Un bain de plus par semaine et du «manger mou réinventé»? Si la tendance se maintient, le Protecteur du citoyen constatera encore l'année prochaine et les suivantes que les soins à domicile et les services d'hébergement sont déficients. La population québécoise vieillit, mais le réseau de la santé tarde à répondre adéquatement aux besoins des citoyens dont la santé et l'autonomie s'étiolent. Comme le dit si bien la protectrice Marie Rinfret, «cessons de leurrer les gens».
Le Québec ne fait pas face à un phénomène imprévu, à une épidémie inattendue. Le ministère sait depuis belle lurette que les services doivent être adaptés pour tenir compte qu'un Québécois sur cinq aura plus de 65 ans en 2021. Cessons aussi de rêver. Tous les «boomers» ne seront pas éternellement en santé et autonomes. 
Lorsqu'il occupait en 2005 le poste de ministre de la Santé, Philippe Couillard parlait de l'urgence de procéder à un virage, de favoriser le maintien à domicile étant donné le vieillissement de la population et la volonté des citoyens de rester à la maison plutôt que de vivre en institution. 
On sait aussi depuis longtemps que le maintien à domicile s'avère moins onéreux que de diriger les malades ou les personnes en perte d'autonomie vers les hôpitaux ou les centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD). 
Et pourtant, les gouvernements se succèdent et le bilan du Québec en matière de soins à domicile demeure peu reluisant. La protectrice indique qu'entre 15 et 18 % des personnes âgées de plus de 65 ans ont besoin de ce type de services. Or, seulement 8,6 % des personnes en reçoivent.
La protectrice constate même qu'entre 2015 et 2016, le nombre de personnes desservies a diminué de près de 1 %. Elle relève également que la durée moyenne des interventions a fondu de 7,4 % en six ans pour atteindre 44 minutes en 2015-2016.
Le bureau de Mme Rinfret déplore par ailleurs un manque de places dans les CHSLD. Ce qui a comme conséquence que les CISSS (centres intégrés de santé et de services sociaux) dirigent des cas lourds vers des ressources intermédiaires d'hébergement qui n'ont pas les moyens d'accueillir ce type de clientèle.
Le nombre de plaintes fondées dans le secteur de la santé et de services sociaux est en hausse. Il y a lieu de s'inquiéter. La réforme Barrette ne devait-elle pas améliorer notre système de santé? La protectrice constate qu'elle se traduit par un nivellement vers le bas dans certains cas.
La situation est préoccupante et la réaction du gouvernement ne présage pas une embellie. M. Barrette tente de finasser avec les données. Les investissements ainsi que les heures fournies augmentent, dit-il,  faisant fi que le nombre de personnes qui ont besoin de services est également en hausse.
Pour diminuer les attentes, il indique qu'il faudrait 4 milliards $ de plus pour répondre aux besoins. Il faut pourtant pousser le calcul plus loin. De quel montant, à moyen et à plus long terme, sera le fardeau du ministère et des familles si l'urgence de l'hôpital continue d'être la voie privilégiée, la seule issue, et si nos aînés sont «placés» dans des lieux d'hébergement inadéquats?
Le Québec doit voir sa réalité démographique et financière en face et mener un débat sur le panier de services en soins et en aide à domicile. Un exercice qui exige aussi de s'entendre sur le partage de la facture entre l'État et l'utilisateur. 
L'ancien ministre péquiste Réjean Hébert proposait la création d'une assurance autonomie. En vain. Que propose-t-on à la place? Chaque parti doit avoir le courage de soumettre une solution au prochain scrutin.