Bernard «Rambo» Gauthier

Bougon, Rambo et les autres

ÉDITORIAL / On peut bien s'amuser que «Rambo» Gauthier se lance en politique pour éviter rien de moins qu'une «guerre civile» et que le film Votez Bougon, dans lequel Paul Bougon fonde le Parti de l'écoeurement national, colle à la réalité. Mais ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle. Tout ça illustre un malaise qu'on aurait tort collectivement d'ignorer, y compris le gouvernement Couillard, qui a «littéralement sauvé le Québec».
Même si Bernard Gauthier et son parti ne sont pas une menace pour les libéraux, les péquistes, les caquistes et les solidaires (Gauthier n'est pas Trump, et sa formation Citoyens au pouvoir du Québec n'est pas le Parti républicain), leur présence signale aux élus et aux partis en place qu'ils n'ont plus la faveur, qu'ils ne comptent plus sur eux pour faire entendre leur voix. 
Ajoutez la crise de confiance à l'égard des institutions, le cynisme ambiant, le faible taux de participation à certaines élections, la montée du populisme, tout est en place pour que les propos d'un «Rambo» véhiculés dans les médias sociaux trouvent écho chez une partie de la population et non seulement celle de la Côte-Nord.
Si Gauthier n'était pas identifié à un fier-à-bras de la FTQ, s'il ne sacrait pas comme il respire, on peut présumer que des monsieur et madame Tout-le-monde «à boutte», qui se sentent étouffés par «l'élite» et qui craignent les immigrants surtout s'ils sont musulmans, se rangeraient derrière lui sans gêne.
En entrevue cette semaine au Quotidien, l'historien et sociologue Gérard Bouchard s'inquiétait pour l'avenir de la démocratie à cause du cynisme qui atteint des sommets inimaginables (61 %). Selon M. Bouchard, les personnes qui n'accordent plus foi au discours de la société deviennent des électrons libres en quête de modèles et sensibles au discours populiste.
«Ces électrons libres vont choisir le premier leader qui va les séduire par son discours et c'est en plein ce qui est arrivé avec Trump aux États-Unis, où seulement 6 % des gens croient aux médias», a indiqué M. Bouchard au journaliste Normand Boivin. Le coprésident de la Commission sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles met en garde ceux qui considèrent Rambo comme un phénomène marginal et qui estiment que le Québec est à l'abri d'un effet Trump.
Mieux vaut en effet prévenir. Les formations politiques ne doivent pas rester indifférentes à l'exaspération, au cynisme et aux insatisfactions des citoyens.
Cette semaine, cinq partis (Parti québécois, Coalition avenir Québec, Québec solidaire, Option nationale et Parti vert) ont demandé la mise en place d'une forme de mode de scrutin proportionnel pour les élections générales de 2022. Ils y voient une mesure importante pour que la population reprenne confiance dans la classe politique, pour que chaque voix compte et pour que la voix des régions ne soit pas inaudible. C'est un bon signal. 
Le Parti libéral ne s'est pas joint encore au Mouvement pour une démocratie nouvelle. Il est vrai que le système actuel, la division du vote francophone et le soutien des allophones le servent bien. Les difficultés aux élections partielles de lundi et le rapport alarmant du président sortant de sa commission politique nationale devraient pourtant inciter l'équipe libérale à se montrer plus attentive aux doléances des citoyens et de ses propres membres.
C'est un peu court, voire insultant, de toujours croire que le message n'a pas été clair, que les gens n'ont pas bien compris et de penser que des réinvestissements et des jobs feront tout oublier.
L'arrivée d'un «Rambo» est symptomatique de ratés dans le système politique