S'il est sérieux, le gouvernement devra aller au-delà des symboles que sont les bains et le «manger mou» dans les CHSLD, écrit notre éditorialiste.

Barrette ouvre les robinets

ÉDITORIAL / Le ministre Gaétan Barrette a beau s'en défendre, annoncer à ce moment-ci que Québec injecte des fonds supplémentaires pour que les personnes vivant dans les centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) puissent enfin avoir un deuxième bain par semaine est du pur opportunisme électoral. Si le Québec est en transformation, comme le veut le dernier leitmotiv des libéraux, ce n'est sûrement pas dans la façon dont les politiciens préparent le terrain en prévision du prochain scrutin.
À écouter le premier ministre Philippe Couillard et son ministre de la Santé, c'est à croire que le Québec n'avait pas jusqu'à maintenant les moyens d'offrir de meilleurs soins d'hygiène aux personnes âgées ou non autonomes vivant dans les CHSLD.
Foutaise. Ce n'est pas les fonds qui manquaient, mais bien la volonté politique.
Le problème n'est pas nouveau, mais il est d'autant plus criant que Québec a trouvé ces dernières années des millions de dollars pour hausser la rémunération des médecins omnipraticiens et des spécialistes, et non pour augmenter les services de base aux aînés. Le gouvernement a fait d'autres choix, d'autres arbitrages. 
Mercredi, à la période de questions à l'Assemblée nationale, le premier ministre annonçait pour l'après-midi «une très, très bonne nouvelle pour les patients vulnérables du Québec rendue possible grâce à la disponibilité d'argent public rendue possible grâce à la rigueur et au rétablissement de l'équilibre budgétaire». 
En conférence de presse, le ministre de la Santé reprenait la même ligne et affirmait de plus pouvoir embaucher du personnel et ajouter des services dans les CHSLD grâce à l'entente sur les prix des médicaments génériques qui permettra des économies récurrentes. 
Quelle belle façon de tenter de tourner une situation à son avantage pour éviter d'être accusé en campagne électorale d'avoir négligé des personnes malades et vulnérables. 
On imagine aisément que les libéraux veulent éviter que leurs adversaires politiques ressortent qu'un citoyen de 43 ans a eu recours à du sociofinancement pour obtenir des bains supplémentaires dans son centre d'hébergement et que des familles ont payé des bains «au noir» pour accroître le bien-être de leur proche.
Après avoir fait l'éloge de la débarbouillette pendant des mois, après avoir soutenu, après l'avis d'experts, que ce ne sont pas toutes les personnes hébergées qui souhaitent un deuxième bain, le ministre ouvre dorénavant les robinets. «On est là aussi pour améliorer la situation aussi dans l'oeil du public», a expliqué M. Barrette en conférence de presse. Une déclaration qui dit tout. Si le scrutin n'était pas dans un an, un bain ferait l'affaire, surplus budgétaire ou non. Rien pour réduire le cynisme. 
Le ministre de la Santé promet aussi d'autres bonnes nouvelles. «Le message, c'est que nous avons toujours eu l'intention, et nous le montrons aujourd'hui, de bien s'occuper d'un secteur qui le mérite qui est celui des personnes âgées, qu'elles soient à domicile ou en résidence en CHSLD.» Pas un mot sur les personnes qui se retrouvent entre les deux, dans des ressources d'hébergement intermédiaires. 
S'il est sérieux, le gouvernement devra aller au-delà des symboles que sont les bains et le «manger mou» dans les CHSLD. L'an dernier, un expert en soins gériatriques de l'Université Laval, Philippe Voyer, soutenait dans Le Devoir que la surmédication des malades et le manque de soins en fin de vie étaient des enjeux beaucoup plus graves que le nombre de bains donnés. Un avis partagé, mais ce serait plus difficile d'en faire une bonne clip en campagne électorale.