Québec mènera dès mardi une consultation sur le Régime des rentes du Québec, celui visant tous les employés du secteur privé ou public, syndiqués ou non.

Austérité à la retraite?

ÉDITORIAL / Régime des rentes du Québec moins avantageux que celui existant dans le reste du Canada, taux d'indexation abaissé, rehaussement de l'âge minimal pour être admissible à la rente de retraite anticipée, modification aux prestations des conjoints survivants. Après avoir révisé les régimes de retraite des employés municipaux, Québec mènera dès mardi une consultation sur le Régime des rentes du Québec, celui visant tous les employés du secteur privé ou public, syndiqués ou non. De bons débats en vue.
Les organisations syndicales ont donné le ton dès la parution en décembre du document de consultation sur l'avenir du Régime des rentes du Québec. «Québec rate une fois de plus la cible et nous montre son vrai visage : celui de l'austérité», dénonçaient la CSN, la FTQ et la CSQ. 
Elles trouvent surréaliste que Québec puisse proposer aux futurs retraités québécois moins qu'à ceux du reste du Canada (l'écart est de plus de 2000 $ pour certains salariés) et déplorent qu'il fasse la promotion des régimes volontaires d'épargne-retraite alors que les employeurs n'ont pas l'obligation d'y cotiser. Elles craignent aussi pour la situation financière des femmes si les prestations pour les survivants sont réduites. 
Dans une lettre publiée récemment dans les médias, l'économiste Michel Lizée se demandait aussi pourquoi le gouvernement du Québec n'adhérait pas au consensus établi en juin par Ottawa et neuf provinces pour bonifier le Régime de pensions du Canada. Il rappelait qu'Ottawa et Québec ont convenu par le passé de créer des régimes versant des prestations comparables. La mobilité de la main-d'oeuvre à travers le pays l'impose.
Le patronat formulera inévitablement en commission parlementaire les mises en garde habituelles lorsqu'il est question de bonification des régimes publics de retraite. Une hausse des cotisations des employeurs viendra, selon lui, augmenter les coûts de main-d'oeuvre, diminuer le nombre d'emplois et les augmentations de salaire.
Certains noteront toutefois que faute de régimes de retraite complémentaires dans maintes entreprises, les régimes publics doivent forcément être améliorés pour éviter que les futurs retraités se retrouvent dans une situation financière précaire. L'épargne personnelle fait aussi défaut pour plusieurs. 
Québec indique dans son document de travail que près de 60 % des personnes qui gagnent des revenus inférieurs à 50 000 $ n'ont cotisé en 2013 à aucune forme d'épargne-retraite privée (régime complémentaire de retraite ou régime enregistré d'épargne-retraite). Dans le budget de 2011-2012, Québec relevait d'ailleurs que la situation était problématique pour les travailleurs touchant entre 20 000 $ et 60 000 $.
Pour justifier la ligne dure empruntée pour modifier les régimes de retraite des employés municipaux, le gouvernement Couillard a maintes fois servi l'argument que 50 % des Québécois ne participaient à aucun régime collectif de retraite. Il était donc inacceptable de demander à ces personnes de financer par leurs taxes municipales les régimes «chromés» de «gras dur».
Le comité d'experts présidé par Alban D'Amours avait proposé en 2013 un plan, un «contrat social pour renforcer la sécurité financière de tous les travailleurs québécois». Il suggérait notamment une rente longévité financée par les employeurs et les travailleurs.
Le moment est venu de poser des gestes pour le «50 %», pour éviter que des retraités vivotent. Québec dit être guidé par trois grands principes : l'équité intergénérationnelle, la compétitivité des entreprises et la capacité de payer des travailleurs, et un taux de cotisation stable pour assurer la pérennité du régime. À suivre.