L’auteure de cette lettre fait un plaidoyer en faveur d’un meilleur financement des haltes-garderie communautaires.
L’auteure de cette lettre fait un plaidoyer en faveur d’un meilleur financement des haltes-garderie communautaires.

Besoins atypiques: et si la solution se trouvait au coin de votre rue?

Nadia Boudreau
Nadia Boudreau
Présidente de l’Association des haltes-garderies communautaires du Québec
POINT DE VUE / Dans une lettre d’opinion publiée récemment, un groupe de 26 chercheurs et professeurs ont mis en lumière l’impact de la pandémie sur les difficultés que connaissent les familles ayant des besoins atypiques pour obtenir des services de garde adaptés à leur situation. Nous pensons particulièrement aux parents qui ont perdu leur emploi, aux parents étudiants, mais aussi aux familles immigrantes ou en processus de francisation, aux demandeurs d’asile, à celles ayant des horaires de travail atypiques et, de façon plus générale, à toutes celles qui ont des besoins temporaires ou occasionnels de répit.

Or, ces services existent, mais sont malheureusement méconnus et trop peu accessibles. Saviez-vous qu’au Québec, plus de 280 organismes communautaires offrent des services de halte-garderie sur une base occasionnelle ou à temps partiel, le tout appuyé par un programme éducatif reconnu, pour répondre aux besoins de ces familles? Les haltes-garderies communautaires constituent un réseau bien ancré dans leur milieu et couvrant tout le territoire québécois.

Actuellement, environ 150 000 enfants ne fréquentent aucun système de garde régi. Les rejoindre constitue une priorité pour s’assurer de leur offrir la possibilité de développer leur plein potentiel. Les haltes-garderies communautaires interviennent annuellement auprès de 25 000 de ces enfants. Ce sont leurs caractéristiques uniques, notamment leur flexibilité, qui motivent le choix de ces familles.

Toutefois, à l’instar de plusieurs réseaux du secteur communautaire, les haltes-garderies souffrent d’un déficit chronique de reconnaissance et de financement et sont incapables de répondre à l’ensemble des besoins. Selon les données de l’ISQ, elles sont ouvertes en moyenne 26 heures par semaine. La grande majorité de celles-ci pourraient accueillir plus d’enfants en offrant plus d’heures d’ouverture. Mais comme elles opèrent au maximum de leur capacité financière, voire au-delà, cela leur est impossible. Ajoutons à cela que le programme par lequel elles sont financées restreint aussi leur accès à des clientèles ayant des caractéristiques particulières, excluant notamment celles qui occupent un emploi, ce qui à notre avis dénote une compréhension bien imparfaite de la vulnérabilité des familles qui n’ont pas accès à des services de garde adéquats.

Selon un sondage réalisé pour l’AHGCQ, 77 % des parents qui utilisent les services des haltes-garderies souhaitent qu’un plus grand nombre d’heures d’ouverture leur soit offert. Le niveau de satisfaction des parents envers leur halte-garderie, 98 %, illustre à quel point ces organismes font chaque jour de vrais miracles pour s’adapter aux réalités des familles qu’elles accueillent.

Alors, aux familles qui souhaitent faire un choix différent que de faire garder leurs enfants à temps plein, nous disons: et si la solution était là, dans un organisme au coin de votre rue, qui ne demande rien de mieux que de vous accueillir? Mieux soutenir les haltes-garderies communautaires du Québec est plus que jamais nécessaire si l’on veut donner à chaque famille les meilleures chances de se relever de la pandémie et à chaque enfant la possibilité de réaliser son plein potentiel.