«Les géants du Web [comme Google] bénéficient de contenus pour lesquels ils ne versent aucune forme de redevance. Continuer d’acquiescer à cet état de fait, c’est donc consentir à étouffer irrémédiablement nos médias», écrit Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN).
«Les géants du Web [comme Google] bénéficient de contenus pour lesquels ils ne versent aucune forme de redevance. Continuer d’acquiescer à cet état de fait, c’est donc consentir à étouffer irrémédiablement nos médias», écrit Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN).

Avenir des médias: une question de courage politique

POINT DE VUE / La situation est connue, documentée et maintes fois décriée: nos médias sont à bout de souffle, notamment en raison de la concurrence déloyale des géants du Web. Il ne s’agit plus d’une appréhension ou d’une prévision, mais d’un fait avéré. Qui plus est, nous considérons que la question dépasse largement la survie ou non de tel ou tel média. Ce qui est en jeu ici, c’est la survie d’un bien collectif et essentiel à la vie démocratique qui fonde nos sociétés.

Dès lors que nous reconnaissons l’accès à l’information comme étant nécessaire à notre capacité citoyenne de prendre part aux débats publics, nous reconnaissons par le fait même l’importance de protéger ce bien. À cet égard, nous sommes proches du point de non-retour. Si les aides gouvernementales ont permis de donner de l’oxygène aux médias d’information partout au pays, la tendance lourde n’a pas changé. La raison est fort simple, nous ne nous sommes pas encore attaqués à la source du problème.

Et pour s’y attaquer, il faudra faire preuve de courage politique. En ce sens, nous croyons que nos gouvernements ont un rôle et un leadership à assumer dès maintenant. Avec l’appui des éditeurs et des organisations représentant les travailleuses et les travailleurs de l’information, nos gouvernements auront toute la légitimité pour exercer ce rôle, soit celui d’adopter des législations permettant de protéger notre capacité de produire une information locale, indépendante et ancrée dans les enjeux qui nous touchent collectivement.

Le temps presse, car nos médias ne pourront pas, seuls, renverser une tendance mondiale. Ils ont besoin des pouvoirs publics. Ils ont besoin de la population. Ils ont besoin de nous tous, car ne pas soutenir les médias reviendrait à précipiter nos sociétés vers un vide informationnel avec le risque de voir ce vide comblé par plus de désinformation.

Les géants du Web bénéficient de contenus pour lesquels ils ne versent aucune forme de redevance. Continuer d’acquiescer à cet état de fait, c’est donc consentir à étouffer irrémédiablement nos médias. Nos gouvernements ne doivent plus attendre un arrimage avec les autres pays. Ils doivent donner l’exemple, ils peuvent changer la donne.

L’heure n’est plus à l’étude du phénomène, car il est bien installé et l’asphyxie de notre milieu médiatique s’accélère. L’heure est au courage politique : nous devons mettre en place des mécanismes qui amèneront les géants du Web à faire leur juste part. Au sortir de la crise de la COVID-19, les finances publiques seront à bout de souffle et nous sommes d’avis que cela représente une occasion légitime de responsabiliser ces géants. Nos gouvernements ne peuvent plus tergiverser.