Baltej Singh Dhillon, premier policier de la GRC à porter le turban

Avant de contraindre, pensez au prix de la liberté

Non, le premier ministre Philippe Couillard n’est pas «fou» en suggérant que les directions de service de police déterminent elles-mêmes, localement, ce qui sied le mieux à la tenue vestimentaire de leurs policières et policiers. Montréal n’est pas Québec ni Saguenay, et inversement.

Ce sont pour ainsi dire des «pays» éminemment différents les uns des autres. Par ailleurs, le premier ministre divague pathétiquement lorsqu’il évoque les «rêves», s.v.p., de tout un chacune comme devant discerner le convenable de l’inconvenant, ainsi qu’en conviant des décideurs à aller expliquer à tout un chacune pourquoi cela s’avérerait inacceptable.

En outre, la Sûreté du Québec (SQ) serait fondée de requérir du gouvernement qu’il tranche entre le convenable et l’inconvenant, au sujet des symboles religieux acceptables ou non, concernant le corps de police national. Et pourquoi donc? Parce que la SQ couvre l’ensemble du territoire québécois, où se trouvent le plus d’opinions et sentiments divers à l’égard de la question de la laïcité; et qu’ultimement incombera au gouvernement d’arbitrer les différends autrement insurmontables à cet égard. Alors qu’à Montréal, par exemple au SPVM, pourquoi la question vestimentaire ne pourrait-elle se «régler» là même, considérant qu’on n’y manque vraiment pas d’expérience en tolérance ou gestion d’uniformes pas particulièrement conformes ou uniformes?

Enfin, l’éditorialiste du Soleil semble soumettre la meilleure voie de résolution possible au problème à moyen et long terme, en suggérant qu’on réfère au plus tôt la chose à l’aire judiciaire la plus haute, considérant que tout indique qu’on devra inévitablement se «ramasser» là un jour de toute façon, en raison d’aussi interminables qu’inévitables contestations inconciliables. Pourquoi faire ou laisser encore durer cela durant des siècles?

Certes, il serait plus sage et sensé, logique et rationnel, qu’on en décide entre soi, posément, socialement et politiquement, au lieu de toujours en appeler à papa/maman juges suprêmes. Mais on dirait que notre population, actuellement, s’en sentirait encore incapable ou non disposée à le faire. Pourtant…

Un jour, sans doute, parviendrons-nous à comprendre enfin que la liberté, la liberté toute, tant celle, particulière, de pouvoir décider soi-même comment on s’habille ou... se déshabille, comment on s’orne ou se pare; que celle, plus «compréhensive» et générale, de ce qu’on accepte ou refuse comme comportements en société; que cette liberté-là n’est pas peu de choses, qu’elle est sans prix. Peut-être, alors, constaterons-nous qu’en cas de doute, permettre s’avère le plus souvent préférable à interdire, contraindre ou restreindre.

Denis Beaulé, Sherbrooke