Aux personnes âgées cantonnées dans l’isolement

POINT DE VUE / En cette période de crise humanitaire où les personnes âgées sont prises en otage par le coronavirus qui les contraint à l’isolement, j’ai cru pertinent de vous citer quelques extraits du monologue de Marc Favreau alias Sol intitulé «Le crépuscule des vieux» qu’il a écrit peu de temps avant sa mort:

«Des fois, j’ai hâte d’être un vieux. Ils sont bien, les vieux, on est bon pour eux, ils sont bien. Ils ont personne qui les force à travailler; on veut pas qu’ils se fatiguent. Même que la plusssspart du temps, on les laisse pas finir leur ouvrage. On les stoppe, on les interruptionne, on les retraite fermée…

Et plus ils sont vieux, plus on est bon pour eux. On les laisse même plus marcher. On les roule. Et puis d’ailleurs, ils auraient même pas besoin de sortir du tout; ils ont personne qui les attendresse...

Ouille, oui l’hiver, ils sont bien. Ils sont drôlement bien isolés. Ils ont personne qui les dérange. Personne pour les empêcher de bercer leur ennuitouflé. Tranquillement, ils effeuillettent et revisionnent leur jeunesse rétroactive qu’ils oublient à mesure sur leur vieille malcommode...

Ils ont même pas besoin d’horloge non plus, pour entendre les aiguilles tricoter les secondes. Ils ont personne qui les empêche d’avoir l’oreillette en dedans, pour écouter leur coeur qui grelinde et qui frilotte, pour écouter leur corps se débattre tout seul. Ils ont personne qui... Ils ont personne...».

En ce temps d’extrême solitude à laquelle ils sont sévèrement confrontés, n’oublions pas nos personnes âgées!