Dépôt de gravats dans la bordure ouest du boisé Rochebelle.

Autopsie d’une décision insensée: le boisé de Rochebelle

POINT DE VUE / Après les coupes d’arbres massives dans le quadrilatère que je fréquente (ceinturé par Laurier-Henri IV-De l’Église-Quatre-Bourgeois) et plus particulièrement après la dernière coupe du 20 juin 2019 dans la petite forêt naturelle ancienne De Rochebelle, j’ai dû essayer de comprendre l’incompréhensible, car l’intégrité de ce boisé public n’avait jamais été attaquée de façon aussi frontale, en catimini et dans le mensonge.

Je vis depuis longtemps dans ce quadrilatère convoité par la Ville de Québec et l’administration Labeaume pour des projets qui détériorent déjà notre environnement naturel pourtant limité. J’ai vu évoluer ce quadrilatère au fil des ans et je connais bien le terrain. C’est pourquoi je peux dire que certains projets en cours et à venir seront néfastes pour cette partie de Sainte-Foy et en première ligne pour la qualité de vie de ses résidents.

Depuis sept ans, je travaille à protéger ce boisé unique. Ceci avait débuté en 2012, lors des consultations sur le PPU du Plateau centre de Sainte-Foy, lorsque j’avais demandé la protection intégrale de ce boisé. Dans les plans de la ville de 2012, ce boisé était ciblé comme site pour un anneau de glace couvert de 650 pieds x 325 pieds. En 2015, plusieurs citoyens qui résidaient ou fréquentaient le quadrilatère avaient accepté de signer à la main une pétition demandant la protection intégrale de ce boisé, d’une zone tampon autour et d’un lieu de détente vert au nord-ouest. Cette pétition avait été déposée au conseil municipal le 6 juillet 2015. Et messieurs Labeaume et Normand avaient promis de protéger ce boisé.

Puis, la machinerie lourde aux portes du boisé

Je ne peux passer sous silence les travaux qui ont suivi la coupe : le posage d’une clôture délimitant la zone à détruire, l’arrachage de la végétation et la coupe de racines d’arbres de la lisière et leur mise à nue. Puis, la valse des camions qui allaient déverser des débris de roches et de sable à la limite des troncs du boisé à l’ouest. Cette montagne de gravats prenait de l’expansion à tous les jours.

Dans la partie centrale du boisé, de la terre déversée non loin de la clôture. Un vacarme constant jour après jour. Et ça continue : le creusage de canaux pour installer des tuyaux et des puisards à la limite des arbres non coupés pour évacuer l’eau. Des rouleaux qui égalisent et durcissent les surfaces. Quelles seront les répercussions sur les arbres proches de ces travaux?

Je n’avais jamais vu d’aussi près une destruction inutile et insensée pour quelques cases de stationnement qui vont amener les automobiles jusqu’au milieu du boisé et ce, dans un contexte de changements climatiques. Tous ont déploré cette décision.

Processus vicié

J’ai découvert un peu tard un document de l’agglomération de Québec : le règlement R.A.V.Q. 1241 sur les travaux de réaménagement des stationnements et espaces publics du secteur Roland Beaudin : un avis de motion avait été déposé le 6 février 2019, adopté le 20 février et entrait en vigueur le 17 avril 2019. Ce règlement permettait l’octroi de contrats de services professionnels et techniques y afférents, une dépense mixte de 5800 000$ et un emprunt du même montant. L’annexe 1 plus détaillée avait été préparée le 7 décembre 2018 juste après la présentation du projet Dallaire, le 21 novembre 2018.

Puis, le 8 mai 2019, les citoyens du quartier St-Louis étaient invités à se prononcer sur des modifications au PPU dont une sur la création de l’aire M_ER8 (mixte et équipement récréatif) à même la grande aire d’affectation PEV_ER3 (parc et espace vert et équipement récréatif) aire dans laquelle la ville n’avait pas prévu d’immeubles dans le PPU. La ville voulait introduire un zonage parcellaire (spot zoning) pour un immeuble de douze étages et un basilaire commercial de cinq étages trop près du boisé, le terrain offert se rendant jusqu’aux troncs du boisé. La bordure du boisé à cet endroit se verrait donc réservée à la clientèle de cet immeuble.

Nous avons appris également qu’un stationnement pavé était prévu derrière le futur immeuble. En questionnant la responsable de la ville, nous avons su que celui-ci se rendrait proche des troncs du boisé sans plus. En questionnant sur la distance entre les troncs du boisé et le début du stationnement, je n’ai pas eu de réponse. Je suis revenue à la charge deux fois après cette présentation sans succès.

Un camion déverse de la terre au centre du boisé Rochebelle.

Plusieurs citoyens, lors de la consultation devant le conseil de quartier, ne voulaient pas de cette modification au PPU car ils voulaient garder, à cette grande aire, sa vocation de parc et espace vert pour permettre la protection intégrale du boisé De Rochebelle, de sa bordure et pour de futurs espaces verts. D’autres demandaient, avant son acceptation, une protection de ce boisé par règlement.

Mais le conseil de quartier a quand même voté en faveur de cette modification au PPU. L’acceptation de celle-ci sans connaître les détails sur la distance du stationnement par rapport au boisé et à sa bordure allait nous rendre la tâche très difficile. C’est après ce vote que j’ai vu le marquage des arbres dans le boisé et que j’ai compris que le stationnement pavé entraînerait la coupe d’une partie du boisé et que sa survie serait menacée en raison des impacts de celle-ci et des travaux qui suivraient.

J’ai déposé un texte au Conseil d’arrondissement de Ste-Foy à la dernière consultation sur cette modification au PPU pour demander le report de celle-ci, suggérer des solutions pour l’immeuble prévu et demander une protection du boisé par règlement. Puis, j’ai assisté aux deux conseils municipaux suivants, où j’ai déposé un autre texte, pour demander à messieurs Labeaume et Normand de respecter leur promesse de 2015 de protéger ce boisé. La réponse a été lue par monsieur Normand. Il était question de calomnies sur les arbres du boisé et de plantations on ne sait trop où qui ne remplaceront jamais des arbres qui vivent en symbiose dans un boisé et des plantes sauvages hébergeant des pollinisateurs. Quant à monsieur Labeaume, il a préféré se taire.

La ville de Québec nous a caché, le 8 mai, l’information sur la coupe d’arbres dans le boisé DR pour y installer quelques cases d’un stationnement pavé et nous n’avons pas été consultés à ce sujet. Je rappelle que ce processus avait débuté avant ou le 7 décembre 2018 et que le 8 mai 2019, il était sans doute trop tard pour amener la ville à changer d’avis et nous ne le savions pas. Quoique les élus auraient pu intervenir et le pourraient encore.

Mais ils ont plutôt choisi de bien paraître auprès de la population en parlant de plantations selon un plan que nous n’avons pas vu et sans consultation préalable. Dans ce contexte, je m’inquiète sur ce qui pourrait arriver encore à cette petite forêt naturelle et à ses bordures qu’il faut protéger en priorité.

Pour bien comprendre, il me manque encore des informations mais j’en sais assez pour dire que le processus était vicié : les responsables de la ville ont décidé en 2018 qu’ils avaient besoin d’un nombre important de cases de stationnement pour leurs clientèles non résidentes. Ils ont enclenché un processus en 2018 et nous n’avons pas été informés des conséquences de cette décision sur notre milieu de vie.

Dans ce processus, la ville a privilégié l’asphalte et les automobiles en plein centre de Ste-Foy même si elle se targue à toutes les tribunes de mettre l’accent sur le transport en commun.

Puis la ville a présenté le 8 mai 2019 la modification 2 au PPU sans nous parler de la décision de 2018 qui avait prévu aller chercher des cases pour son immense stationnement dans notre boisé. Or, cette modification venait soustraire plusieurs cases de stationnement que la ville avait décidé en 2018 d’aller chercher, sans nous en parler, dans le boisé De Rochebelle.

Pendant ce temps, en mai et juin 2019, je travaillais sans arrêt, dans un stress constant et sans avoir l’information pertinente (et d’autres citoyens non plus) alors que les coupes d’arbres avaient été décidées en 2018 et que la ville n’y changerait rien en 2019 quoiqu’on fasse. Il semble clair maintenant que la modification 2 au PPU présentée le 8 mai 2019 faisait partie de la même planification de 2018.