Auto: la riposte nuira autant que les tarifs

En juin dernier, le premier ministre du Québec Philippe Couillard déclarait à New York qu’il craignait que les tarifs qu’imposera le Canada en représailles de ceux des États-Unis se retournent contre les entreprises canadiennes. Nous partageons son point de vue.

Si nous sommes inquiets devant la menace de tarifs que pourrait imposer le président Trump au secteur de l’automobile, nous le sommes également devant ceux que pourraient prendre le gouvernement canadien en mesure de représailles.

Plus le conflit commercial avec les États-Unis perdure et plus il y a menace sur l’économie canadienne. Le secteur de l’automobile fait face à la possibilité d’imposition d’un tarif américain pouvant aller jusqu’à 25 % sur les importations de véhicules automobiles canadiennes vers les États-Unis. Il fait aussi face à une possible réplique de notre gouvernement fédéral qui ciblera les consommateurs canadiens.

Dans notre secteur, les échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada représentent presque 150 milliards $ annuellement, soit plus de 400 millions $ par jour. En fait, c’est plus de 80 % de la production automobile au Canada qui est destinée au marché américain chaque année. Ce qui signifie que notre base de fabrication (et les centaines de milliers d’emplois qui l’accompagnent) ici au pays, est fortement tributaire d’un accès libre et sans entraves au marché américain.

Les manufacturiers (tout comme les consommateurs américains) seront les premiers à vivre avec le fardeau créé par tout tarif venant des États-Unis. Pour les consommateurs canadiens, le réseau des 3200 concessionnaires automobiles et leurs 156 000 employés, la plus grande menace provient des mesures de représailles que pourrait prendre le gouvernement du Canada.

Tant pour les manufacturiers, les concessionnaires et les consommateurs, nous croyons que des tarifs imposés par le Gouvernement du Canada à notre industrie seraient dévastateurs tant pour les consommateurs que pour l’économie canadienne.

En juillet dernier, nous avons rendu public un rapport qui indique que ce serait plus de 100 000 emplois directs et indirects qui seraient à risque dans l’éventualité d’une guerre tarifaire dans le secteur de l’automobile.

Ce serait donc plus de 30 000 personnes chez les concessionnaires qui risqueraient de perdre leur emploi. De plus, une augmentation du prix des véhicules, qui découlerait des mesures de représailles appliquées par le Canada, réduirait considérablement la demande de véhicules chez nous.

C’est pourquoi nous avons contacté beaucoup de décideurs et parlementaires fédéraux au cours des dernières semaines. Si les États-Unis annoncent des tarifs pour notre secteur, nous avons demandé que la réponse canadienne soit créative, qu’elle mette de l’avant des mesures chirurgicales (qu’elles soient monétaires ou non) sans cibler les consommateurs canadiens et l’économie.

Si le gouvernement américain impose une taxe de plusieurs milliards $ sur sa propre économie sous la forme de tarifs sur les automobiles, pourquoi le Canada devrait-il imposer ce genre de taxes sur nous-mêmes?

Un tarif américain sur les importations de véhicules automobiles constituerait un test pour nos institutions économiques et politiques. La menace qui pèse sur l’industrie automobile dépasse de loin les défis commerciaux auxquels nous avons été confrontés.

Si nous apprécions l’ouverture avec laquelle le gouvernement a accueilli notre contribution et celle des autres intervenants du secteur de l’automobile, nous croyons que le Canada doit garder toutes les options ouvertes pour répondre à cette menace.

Si la riposte du gouvernement canadien à des tarifs imposé par un gouvernement protectionniste américain se fait de la mauvaise manière, nous allons nous faire mal à nous-mêmes.

John White
Président et chef de la direction
Corporation des associations de détaillants d’automobiles