Laurent Proulx en mars 2017

Au-delà d’un pacte contre le suicide

POINT DE VUE / En réaction à l’article «Laurent Proulx invite les militaires à signer un pacte contre le suicide» de Patricia Cloutier paru le 30 juillet.

Je reconnais une belle intention de prévenir le suicide, bien que la stratégie du pacte de non-suicide ne soit pas prouvée efficace (c’est généralement un leurre pour donner bonne conscience à l’aidant désemparé) et que la perception à l’effet que le suicide est lâche et délibéré soit complètement dépassée.

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Il serait bien de nuancer ces croyances désuètes et parler de victimes du suicide plutôt que de mettre la responsabilité entière de ces morts évitables sur le dos des malades. Et s’il suffit de résister et demander de l’aide, encore faudrait-il que cette campagne inclue d’assurer à ceux qui signent le pacte les services qu’ils demanderont quand ils voudront cesser de souffrir et que leur cerveau ne verra plus d’autres solutions que la mort pour fuir cette douleur niée par les hôpitaux, services d’urgence, trop de psychologues et de psychiatres. 

Savez-vous combien de personnes en détresse et suicidaires ont été abandonnées et sont mortes du suicide après avoir consulté ou demandé de l’aide? 

Pouvons-nous accuser l’absence de recommandations figurant dans le rapport des coroners à la suite de décès par suicide? Quoi qu’il en soit, en voici une, ne serait-ce que par respect pour les disparus et leurs proches : commençons par cesser d’affirmer que la victime s’est enlevé la vie ou a fait ce choix. Considérons qu’elle a d’abord été non dépistée, non évaluée ou non adéquatement traitée ou suivie pour sa maladie du cerveau.  

Dénonçons ces manquements, tout comme l’absence de contacts auprès des proches aidants qui sont les premiers intervenants et aussi ceux qui recueillent la personne après son congé d’hôpital, complètement démunis. 

Pourtant, la science nous dicte déjà plusieurs pièges à éviter, notamment pour les ordonnances d’antidépresseurs aux adolescents avec génétique prédisposant à la maladie bipolaire, qui constituent des bombes à retardement risquant de causer la mort dans les semaines suivantes. 

Sans compter que nos lois doivent être revues pour protéger la personne contre elle-même, lorsque son cerveau nie son besoin de traitement ou de sevrage en cas de dépendances, et pour cesser de tenir l’entourage à l’écart sous prétexte de la confidentialité.