Le tout dernier téléphone d'Apple, le iPhone X.

Apple et culture du jetable

ÉDITORIAL / Faute avouée à demi pardonnée? Pas pour le géant Apple qui fait face à des recours juridiques aux États-Unis de la part de consommateurs insatisfaits, en France pour obsolescence programmée et ici au Québec, pour violation à la Loi sur la protection du consommateur. Des causes qui donnent une belle occasion de réfléchir à nos façons de produire, mais aussi, de consommer.

La nouvelle a peut-être échappé à certains dans le brouhaha des Fêtes, mais la compagnie Apple a glissé à la fin décembre, dans l’étalage de ses nouveaux produits, un message à ses clients à propos de la «batterie» et des performances de ses iPhone.

«D’abord et avant tout, nous tenons à souligner que nous n’avons jamais fait — et ne ferons jamais — quoi que ce soit ni pour réduire intentionnellement la durée de vie d’un produit Apple, ni pour dégrader l’expérience utilisateur dans le but d’amener nos clients à se procurer un produit plus récent. Notre objectif a toujours été de créer des produits que nos clients adorent, et fabriquer des iPhone qui durent aussi longtemps que possible fait partie intégrante de cette vision.» Apple dit aussi regretter que des clients aient pu avoir l’impression que la compagnie les laissait tomber.

Convaincus?

Il sera intéressant de voir l’issue des recours devant les tribunaux. Si bien sûr, les procédures vont jusqu’au bout. En 2005, confrontée à des poursuites intentées par des propriétaires d’iPod qui s’estimaient lésés sur la durée d’autonomie de la batterie de leur baladeur musical, Apple avait accepté de débourser plus de 100 millions $.

Va-t-on cette fois écourter les débats juridiques pour éviter que la réputation de l’entreprise soit entachée au profit des compétiteurs, où va-t-on en profiter pour faire le procès de la culture du jetable et démontrer que l’obsolescence dite «programmée» — dont on accuse Apple mais aussi d’autres fabricants de produits électroniques et électriques — est une légende urbaine, une excuse que se donnent des consommateurs pour acheter le dernier modèle sur les tablettes ou en ligne?

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on reproche à des entreprises de mettre sur le marché des marchandises de moindre qualité pour augmenter leurs ventes et entretenir le cycle de croissance économique et de consommation.

L’Agence France-Presse rappelait récemment qu’en 1925, des fabricants d’ampoules à incandescence avaient formé un cartel, Phoebus, et déterminé que la durée de vie du filament de tungstène ne dépasse pas 1000 heures.

En 1940, c’est un fabricant américain de bas nylon — on est bien loin des iPhone d’Apple et des imprimantes du fabricant japonais Epson — qui était pointé du doigt. Même si elle pouvait produire des bas plus résistants, l’entreprise Dupont de Nemours aurait opté pour la quantité plutôt que la durabilité.

Le fait que le phénomène ne soit pas nouveau ne condamne pas à l’inertie. La production massive nécessite des matières premières importantes et le renouvellement constant des produits engendre des tonnes de déchets qui pèsent lourd sur l’environnement.

On peut bien se donner bonne conscience en renonçant à l’usage des sacs de plastique, on doit également s’interroger sur d’autres comportements. Sommes-nous prêts à investir dans des appareils plus durables ou voulons-nous toujours la nouveauté au prix le plus bas, la couleur dernier cri, le produit plus compact et évidemment, plus «performant» que le précédent? Si les consommateurs cessent de se laisser bêtement appâter par la nouveauté et le marketing, si les gouvernements donnent des dents aux lois de protection du consommateur, des entreprises finiront par miser sur la durabilité et la fiabilité pour se démarquer.