La comédienne et politicienne Andrée Champagne a rendu l’âme, vendredi, à l’âge de 80 ans.
La comédienne et politicienne Andrée Champagne a rendu l’âme, vendredi, à l’âge de 80 ans.

Andrée Champagne et le pouvoir de l’amour

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE / Donalda nous a quittés. La comédienne et politicienne, Andrée Champagne, a rendu l’âme vendredi à l’âge de 80 ans. On se souviendra d’elle comme une brillante comédienne et surtout de son rôle de la tragique héroïne Donalda dans l’émission Les Belles histoires des pays d’en haut, un rôle qu’elle a tenu pendant 14 ans et une émission qui a marqué l’histoire de la télévision québécoise.

Mais Andrée Champagne a aussi fait sa marque en politique à titre de députée conservatrice de Saint-Hyacinthe et vice-présidente de la Chambre des communes  - la première femme à être nommée à ce poste - durant les neuf années du gouvernement de Brian Mulroney. Elle a de plus siégé au Sénat canadien pendant neuf ans, de 2005 à 2014.

J’ai eu l’honneur et le privilège de rencontrer cette grande dame, il y a une douzaine d’années, alors qu’elle m’avait accueilli dans son bureau de sénatrice à Ottawa. J’ai le souvenir d’une belle et chaleureuse rencontre avec une femme brillante, élégante, raffinée. Et toujours cette étincelle dans ses yeux, comme une étincelle de jeunesse éternelle, malgré la lourde épreuve qu’elle venait de subir.

Mme Champagne lançait son livre intitulé Je reviens de loin. Une autobiographie qui avait très peu à voir avec ses années comme comédienne et politicienne. Mais un livre qui racontait en détails l’année qu’elle venait de passer. Une année qui aurait bien pu être sa dernière n’eut été des soins médicaux reçus, bien entendu, mais surtout de l’amour de ses proches. Un amour, avait-elle dit, qui lui avait permis de s’accrocher à la vie. 

En mars 2007, de retour d’un congrès de l’Association des parlementaires francophones qui se tenait en Martinique, la sénatrice a été hospitalisée d’urgence, atteinte d’une méningocoque, une grave infection du sang. Elle allait être plongée dans un coma pendant 45 jours.

Les médecins n’avaient pas tout à fait baissé les bras, mais ils étaient prêts à mettre fin aux traitements et ils ne donnaient qu’à « notre Donalda » cinq pour cent des chances de s’en sortir.


« Aujourd’hui et tous les jours que vous passerez sur cette Terre, prenez le temps de répandre tout l’amour que votre coeur peut générer. »
Andrée Champagne

En relisant cette entrevue réalisée avec Mme Champagne, j’ai pensé à tous ces résidents des CHSLD et des maisons pour aînés qui ont succombé à la COVID-19 au cour des derniers mois. Tous ces grands-pères, ces grands-mères, ces parents qui ont quitté ce monde seuls au monde. Loin des leurs. Sans un dernier adieu, un dernier « je t’aime » ou un dernier sourire à ceux qui habitaient leur coeur.   

Puis je me suis posé la question: si on avait permis aux proches aidants d’être auprès des leurs durant les pires mois de cette pandémie, malgré le risque de contracter eux-mêmes le virus, y aurait-il eu un peu moins de décès, juste un peu moins? Si certains résidents avaient pu s’accrocher à un dernier espoir et à la main d’un proche pour les retenir, seraient-ils toujours parmi nous?

Une question hypothétique, je le sais bien. Des décisions difficiles et déchirantes ont été prises par nos dirigeants dans le seul et unique but d’épargner des vies. Mais je crois que Mme Champagne aurait répondu par l’affirmative à cette question. Parce qu’elle était convaincue qu’elle aurait succombé à la maladie en 2007 sans la présence de ses proches à son chevet.

«C’est incroyable l’amour qu’on m’a donné, m’avait-elle raconté. J’étais entourée d’amour. Ma fille, qui habite Toronto, venait me voir à l’hôpital, à Montréal, trois fois par semaine. Mon Sébastien (son conjoint) venait tous les jours. Il a roulé plus de 10 000 kilomètres entre Saint-Hyacinthe et Montréal durant les 65 jours que j’ai été hospitalisée. Il a vieilli d’inquiétude et de dévouement durant cette épreuve, mon pauvre amour.

« Avec ce livre, avait-elle ajouté, je veux dire aux gens de garder l’espoir. Et aussi de dire aux gens qui entourent les personnes malades de ne pas lâcher. De garder espoir, de rester proche et d’encourager tout le temps la personne malade. On ne sait jamais. Aimez les gens autour de vous. J’espère que c’est le message que les lecteurs de mon livre comprendront. Qu’il y a toujours espoir.»

Andrée Champagne a laissé un dernier message dans son livre Je reviens de loin». Un message bien simple, mais si pertinent en ces temps de pandémie et de mobilisation mondiale contre le racisme:

« Aujourd’hui et tous les jours que vous passerez sur cette Terre, prenez le temps de répandre tout l’amour que votre coeur peut générer. Chaque moment qui nous voit respirer est une faveur que la vie nous apporte.»