En encourageant bêtement les multinationales de l’aluminium à investir à l’étranger, Justin Trudeau a bel et bien protégé des emplois dans le secteur de l’aluminium… mais en Asie, affirme le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Aluminium québécois: un vote de conscience

POINT DE VUE / La semaine dernière, en tout début de session parlementaire, on apprenait que le Canada, le Mexique et les États-Unis avaient aplani les derniers différends en vue de ratifier une nouvelle mouture de l’ALENA, l’ACEUM.

Rapidement, des rumeurs ont circulé à l’effet que l’entente avait sacrifié la protection d’abord obtenue pour l’aluminium quant aux règles d’origine. Le traité maintenait celles assurant que 70 % de l’acier utilisé dans la fabrication de pièces automobiles en Amérique du Nord devait bel et bien provenir du continent.

J’ai immédiatement annoncé que si tel était le cas, le Bloc québécois voterait contre l’entente. Je ne vois pas comment, au nom d’un nationalisme économique dont plusieurs se revendiquent pourtant, nous pourrions ainsi laisser tomber 25 000 travailleurs et travailleuses d’un secteur emblématique et crucial de l’économie du Québec.

Puis le texte de l’entente, rendu public, l’a confirmé sans équivoque : «Dix ans après l’entrée en vigueur du présent accord, les Parties examinent les exigences appropriées qui sont dans l’intérêt des Parties pour que l’aluminium puisse être considéré comme étant originaire».

Afin d’arracher une ratification et pour éviter de se mettre le Canada à dos, c’est au détriment du Québec que madame Freeland a cédé.

Justin Trudeau a ensuite prétendu avoir protégé les travailleurs de l’aluminium. Or il n’en est rien. Non seulement la dernière mouture de l’ACEUM exclut explicitement l’aluminium des règles d’origine, mais il interdit même d’en discuter pour au moins dix ans! En encourageant bêtement les multinationales de l’aluminium à investir à l’étranger, M. Trudeau a bel et bien protégé des emplois dans le secteur de l’aluminium… mais en Asie.

Les alumineries québécoises appartiennent toutes à ces multinationales. Pour ces entreprises, il y a du bon dans le traité : leurs installations à l’étranger pourront en effet importer de l’aluminium par le Mexique et exhiber sous le nez de leurs anciens travailleurs québécois les pièces automobiles ainsi fabriquées en toute légalité.

Quelques jours plus tard, les autres partis d’opposition ont exprimé des doutes importants et le Mexique s’est rebiffé contre une agression historique à sa souveraineté par les États-Unis, mais il est improbable que quiconque essaie de forcer une renégociation de l’entente. Les accointances du gouvernement Trudeau et de l’Association de l’aluminium québécoise rallieront plusieurs acteurs institutionnels majeurs. Toutefois, le Bloc québécois ne tournera pas le dos aux régions du Québec, à l’économie du Québec et aux travailleurs et travailleuses du Québec.

Le gouvernement Trudeau devra se trouver d’autres amis pour jouer dans le dos du Québec.

Il semble être de la nature même de la fédération canadienne de brader les intérêts du Québec pour protéger ceux du Canada lorsqu’un sacrifice doit être accordé dans les accords de commerce. Les agriculteurs sous régime de la gestion de l’offre en ont fait les frais trois fois déjà. Si le Bloc québécois ne prend pas fait et cause pour les travailleurs québécois de l’aluminium, qui le fera?

On a spéculé sur les motifs du Bloc québécois qui s’est immédiatement porté à la défense des travailleurs et travailleuses de l’aluminium du Québec. La réponse est pourtant simple : notre conscience et la confiance que les Québécois ont investie en nous. Vous ne nous verrez pas agir autrement.

C’est donc guidés par notre conscience et notre mandat qu’à moins d’une protection pour l’aluminium similaire à celle assurée à l’acier, nous, les députés du Bloc québécois, voterons contre cette renonciation encore infligée au Québec au sein d’un parlement qui est, lui, résolument canadien.