L’appui au libre-échange ne doit être consenti que s’il sert le Québec, écrit le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Aluminium: faire parler les grands disparus

POINT DE VUE / Samedi, Mario Dumont suggérait dans un texte publié dans le Journal de Montréal que le Bloc Québécois se soit égaré en refusant son soutien à l’ACÉUM, rejeton précipité de la démagogie vindicative de Donald Trump.

Cette position est au contraire le produit d’un engagement sincère, d’une réflexion documentée et du courage de l’assumer pleinement de la part des élus du Bloc Québécois.

La confiance des nationalistes et des souverainistes du Québec envers ses entrepreneurs a été essentielle au déploiement des premiers accords de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, puis le Mexique et plus tard l’Europe. Sans le Québec, sans les Jacques Parizeau ou les Bernard Landry, les traités auxquels adhère le Canada aujourd’hui n’auraient probablement pas vu le jour.

Il en faut toutefois davantage pour soutenir que le Québec doive se satisfaire de tout et n’importe quoi auquel on colle l’étiquette «libre-échange».

Il en faut davantage pour nous convaincre que Jacques Parizeau ou Bernard Landry auraient cautionné un traité sacrifiant sans vergogne des milliers de travailleurs des régions du Québec. Nous en doutons beaucoup.

Ni l’un ni l’autre n’aurait ignoré que lors de la signature de l’ALENA, le Québec produisait davantage d’aluminium que la Chine et qu’aujourd’hui, la Chine produit quinze fois plus d’aluminium que le Québec. Et elle n’est pas seule.

Ni l’un ni l’autre n’aurait ignoré que l’acier qui entre dans la fabrication des pièces de l’industrie automobile de l’Ontario bénéficie d’une protection dont ne jouit pas l’aluminium, dont 90 % de la production canadienne est au Québec.

Ni l’un ni l’autre n’aurait admis, croyons-nous, que les multinationales de l’aluminium qui ont progressivement avalé les fleurons québécois de cette industrie soient invitées à délocaliser leur production vers des juridictions où la main-d’œuvre est moins bien rémunérée. Elles pourront ensuite occuper le marché nord-américain en y entrant librement par le Mexique.

Nous doutons enfin qu’en regardant nos fleurons s’étioler un à un, minant des secteurs-clé de l’économie québécoise, les Parizeau et Landry seraient demeurés indifférents au nationalisme économique qui commande de plus en plus clairement la protection de nos intérêts face aux excès de la mondialisation des marchés et des échanges.

Permettons-nous de rappeler qu’au tournant des années 2000, Jacques Parizeau avait exprimé des craintes importantes face à certaines dérives dans les négociations de libre-échange.

Il est enfin pertinent de souligner que ces grands acteurs du Québec économique seraient de leur temps et sensibles au fait que les alumineries du Québec sont de loin plus écologiques et pourraient innover à court terme avec l’aluminium carboneutre.

Pour toutes ces raisons, sans pour autant faire parler les grands disparus, nous croyons que s’il avait mené sa propre négociation, le Québec aurait profité d’une position avantageuse à l’échelle du continent pour remplacer par mieux des sacrifices qui lui sont nuisibles mais qui, étrangement, servent si bien l’Ontario.

L’appui au libre-échange ne doit pas être aveugle et ne doit être consenti que s’il sert le Québec. Cette version-ci du libre-échange nord-américain servira mal l’économie du Québec. Comme les Mexicains et les Américains, le Québec a le droit d’exiger que ses intérêts légitimes soient considérés avant qu’un accord ne soit ratifié.

Gabriel Ste-Marie, député de Joliette et porte-parole en matière de Finances
Simon-Pierre Savard-Tremblay député de Saint-Hyacinthe—Bagot et porte-parole en matière de Commerce international
Marilène Gill, députée de Manicouagan
Mario Simard, député de Jonquière
Alexis Brunelle-Duceppe, député de Lac-Saint-Jean
Louis Plamondon, député de Bécancour-Nicolet-Saurel