Donald Trump a menacé d'imposer des tarifs douaniers de 35 % sur certains produits pour «protéger» les emplois américains, citant souvent l'industrie automobile en exemple. 

ALENA: choisir le moindre mal

ÉDITORIAL / Si la volonté de Donald Trump de rouvrir l'ALENA ne surprend plus personne, l'empressement avec lequel il semble vouloir procéder est plus étonnant. Et l'obsession idéologique qu'il sous-entend n'augure rien de bon pour les partenaires commerciaux de l'Oncle Sam.
À peine deux jours après son assermentation, M. Trump a retiré les États-Unis des négociations entourant le Partenariat transpacifique et a déclaré, dimanche, que «nous allons commencer la renégociation de l'ALENA».
À plusieurs reprises au cours de ses campagnes à l'investiture et à la présidence, «le Donald» a critiqué le Mexique comme un concurrent déloyal, à cause de ses bas salaires qui attirent les manufacturiers américains. Et il a même menacé d'imposer des tarifs douaniers de 35 % sur certains produits pour «protéger» les emplois américains, citant souvent l'industrie automobile en exemple. Aux dernières nouvelles, le Canada semblait même prêt à larguer le Mexique afin de préserver sa relation commerciale avec les États-Unis.
Certes, en surface, certains faits semblent confirmer que le Mexique a «volé des jobs» au Canada et aux États-Unis, particulièrement dans le secteur automobile. Les salaires versés aux travailleurs mexicains de l'auto représentent environ le dixième de ce que gagnent leurs vis-à-vis américains et canadiens. Au cours des huit dernières années, l'industrie automobile a investi 7 milliards $ dans ce pays pour y ériger des usines, d'où sortent maintenant 300 000 voitures par mois - deux à trois fois plus qu'il y a 10 ans. Et quand on considère que ce pays, dont la population est généralement trop pauvre pour acheter des autos, exporte 80 % de sa production dans les 44 pays avec lesquels le Mexique a des accords de libre-échange, la tentation peut être forte d'y voir des pratiques abusives.
Mais en dépit des apparences, le Canada n'a rien à gagner d'une éventuelle exclusion du Mexique de l'ALENA. Ce serait sans doute moins pire que de déchirer l'accord purement et simplement, mais on ne compare vraiment rien d'autre que des maux, ici.
Comme l'expliquait très bien le Center for Automotive Research, un think tank du Michigan, dans un rapport publié l'an dernier, l'ALENA a fait de l'industrie automobile nord-américaine un tout intégré. Une part croissante de l'assemblage des voitures a lieu au Mexique, c'est vrai, mais les pièces qui sont montées dans les usines mexicaines proviennent souvent de ses deux voisins du nord. Si le pays du peso se fait bouter hors de l'accord, ce sont ces emplois-là - plus nombreux que ceux associés à l'assemblage final : 64 000 contre 37 000, selon Statistique Canada - qui seront menacés. Même en présumant que la fin de l'ALENA ramènerait des emplois vers le nord, cela augmenterait vraisemblablement le prix des voitures neuves, et on ne serait pas forcément plus avancé.
Non, l'idéal serait de maintenir l'accord dans sa forme actuelle et de réaliser que les économies sont des ensembles complexes sur lesquelles les solutions simples et faciles ne fonctionnent pas. Mais puisque M. Trump refuse de l'admettre, il semble que le Canada sera forcé de choisir entre des pis-aller, le temps que l'Oncle Sam finisse par entendre raison.
Et le pire est sans doute ailleurs. Car si M. Trump juge que les salaires mexicains sont un avantage déloyal, qui dit qu'il ne reprochera pas un jour à l'industrie automobile canadienne (ou à d'autres manufacturiers d'ici) de profiter d'une monnaie «déloyalement» faible?