En ce qui concerne l'alcool, ce serait ou l’abstinence ou l’abus. Rien entre les deux. De la banalisation absolue de l’alcool à sa diabolisation paranoïaque.

Alcool: d’un extrême à l’autre

POINT DE VUE / Nous vivons décidément une drôle d’époque. En fait, non; elle n’est pas si drôle que ça. Sous diverses influences sur lesquelles on a déjà beaucoup péroré, il semble que les extrêmes aient de plus en plus droit de cité. Au point que les mots «nuances», «équilibre», «exercice du jugement» ou «modération» soient, pour certains, devenus suspects, voire bannis. C’est blanc ou c’est noir. Pratiquement plus de place pour le gris. Et ne parlons pas des autres couleurs.

Le domaine de l’alcool n’est pas épargné par cet univers manichéen. On le voit bien dans certaines réactions que provoquent des interventions d’Éduc’alcool. Cela va du «mêlez-vous donc de vos affaires et ne nous dites pas ce que nous devons faire; on boira autant qu’on veut» au «Comment ça, vous dites que l’on peut boire deux ou trois verres d’alcool par jour? Vous voulez nous rendre alcooliques?» J’en passe et des meilleures.

En fait, ce serait ou l’abstinence ou l’abus. Rien entre les deux. De la banalisation absolue de l’alcool à sa diabolisation paranoïaque.

Ainsi, le fait de considérer l’alcool comme un produit ordinaire dont la consommation est sans conséquence aucune, comme le font trop souvent les gouvernements ici et ailleurs, est tout simplement une négation de la réalité scientifique, culturelle, sociale et même économique comme cela a été amplement démontré.

L’alcool — surtout consommé abusivement — augmente le risque de diverses maladies. C’est prouvé. Il coûte aussi près de 4 milliards $ par année à l’économie du Québec. Ce n’est pas rien. C’est même abyssal. Et pourtant, on est bien frileux lorsqu’il est question de cannabis et bien plus inconscient lorsqu’il s’agit d’alcool.

À l’opposé, nous n’en sommes heureusement pas rendus aux extrêmes que l’on retrouve en Grande-Bretagne ou en France.

Au Royaume-Uni, Dame Sally Davies, médecin en chef, a formellement indiqué en Commission parlementaire : «Je veux que — comme je le fais moi-même — tous les buveurs se demandent chaque fois qu’ils ont un verre de vin en main : est-ce que je veux vraiment le boire; autrement dit, est-ce que je veux vraiment augmenter mon risque de cancer?» Bonjour l’ambiance.

De l’autre côté de la Manche, les motifs justifiant, selon Santé publique France, que l’on recommande les mêmes limites de consommation aux femmes et aux hommes mérite vraiment d’être cité au texte (assurez-vous d’être bien assis) : «Si on observe scientifiquement des différences quant au risque absolu entre femmes et hommes, la distinction selon le genre peut provoquer des interrogations avec en arrière-plan un éventuel soupçon de sexisme ou d’obstacle à l’émancipation des femmes» (sic). Inutile de relire; c’est bien ça. Bonjour la rigueur.

Face à cette injustifiable banalisation, d’une part, et à cet invraisemblable délire, de l’autre, il faut savoir raison garder et se rappeler que, dans tous les domaines de la vie, la modération a bien meilleur goût.