Selon Hubert Sacy, directeur d'Éduc'alcool, une formation adéquate des serveurs peut significativement réduire la conduite avec les facultés affaiblies.

Alcool au volant: cette formation qui sauverait des vies sur nos routes

Le projet de loi 170, qui réforme les lois sur l’alcool, dans sa forme actuelle est une aberration totale. Éduc’alcool l’a dit sur le plus grand nombre de tribunes possibles et continuera de le faire jusqu’à ce que Martin Coiteux change sa position : en ne rendant pas obligatoire pour tous les serveurs d’alcool de suivre une formation crédible et reconnue, ce projet de loi constitue un refus délibéré et conscient de tenir compte de la sécurité routière et de la sécurité publique. Imposer aux seuls propriétaires ou directeurs des établissements licenciés l’obligation de suivre un cours de serveur, mais pas aux serveurs eux-mêmes, c’est comme demander aux seuls propriétaires des entreprises de camionnage d’avoir un permis de conduire, mais pas aux chauffeurs. Où est la logique?

Qu’est-ce qu’il va falloir à Martin Coiteux pour agir de manière responsable? Plus de morts sur nos routes, une histoire affreusement triste mettant en vedette un client avec les facultés affaiblies, un serveur sans ressources et des vies brisées? Ne nous plongeons pas la tête dans le sable : c’est le genre de situations qui arrive déjà régulièrement.

Il est prouvé scientifiquement qu’une formation crédible et reconnue donnée aux serveurs réduit significativement la conduite avec facultés affaiblies. Le gouvernement ne peut plaider l’ignorance : voilà 15 ans qu’Éduc’alcool lui fait sans relâche la preuve qu’un cours tel qu’Action Service, développé par l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) — un organisme détenu par le gouvernement lui-même, faut le faire! —, ferait une grande différence sur le bilan routier. Le cours existe. Peu coûteux. Facile à donner. Nous le lui offrons sur un plateau d’argent. Qu’attend-il?

En 2012, le ministre de la Sécurité publique de l’époque, M. Robert Dutil, avait présenté un projet de loi qui prévoyait que les cours seraient obligatoires pour les serveurs, mais le projet de loi n’a pu être discuté avant les élections de septembre 2012. Et voilà que six ans plus tard, M. Martin Coiteux nous présente un projet de loi qui constitue un recul par rapport au précédent. Une vraie blague. Nous n’avons toutefois plus envie de rire.

Éduc’alcool n’a rien contre la simplification des lois désuètes que permet le projet de loi 170, mais le gain de temps perdu à des aléas administratifs doit aussi servir à faire de la prévention. Encore faudrait-il que M. Martin Coiteux se préoccupe davantage d’éviter des morts sur nos routes que de l’heure à laquelle les pêcheurs peuvent acheter leur bière.

Hubert Sacy
Directeur général d’Éduc’alcool