Abdallah Homsy, porte-parole du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec

Abolir les permis de taxis?

Avez-vous remarqué que depuis l’arrivée en poste du nouveau ministre des Transports, André Fortin, vous n’entendez plus du tout parler d’Uber et des taxis? Certains pourraient être tentés de croire que cette absence de nouvelles signifie que tout baigne dans l’huile. Dans l’industrie du taxi, nous n’avons pas cet optimisme. À force de voir nos droits bafoués par le premier ministre, on tire des leçons.

Plusieurs parmi nous croient que le gouvernement nous annoncera très prochainement, comme un cadeau de Noël empoisonné, qu’il abolira les permis de taxi dont dépendent 22 000 familles québécoises. Cette abolition aura pour but de permettre totalement et sans réserve les opérations de la multinationale sans foi ni loi, opaque, misogyne, déloyale, complice d’infractions criminelles et récidiviste, Uber.

Certains croient que le ministre des Transports nous offrira, pour compenser une perte d’environ 200 000 $ par permis, un crédit d’impôt sur 10 ans. La belle affaire! Ce sera là une compensation risible et vide de sens puisqu’il enverra ces familles à la faillite. Quand on n’a pas de revenus, les crédits d’impôt ne sont d’aucune utilité.

Pourquoi le gouvernement Couillard fera-t-il cette annonce très bientôt? Deux raisons : le timing et les manœuvres habituelles du premier ministre. La défaite de Denis Coderre a démontré qu’il vaut mieux gérer une crise avant les élections plus tôt que pendant. Le projet pilote d’Uber est valide jusqu’en octobre 2018, justement au moment où auront lieu les élections provinciales. Le premier ministre Couillard a donc ordonné à son équipe de clore le dossier le plus rapidement possible, pour qu’on n’y pense plus une fois dans l’isoloir. Comprenons-nous bien : les mesures qui seront proposées pour le taxi risquent fortement d’être scandaleuses et gravement inéquitables. C’est pourquoi elles doivent être le plus loin possible du 1er octobre 2018.

Aussi, de toute évidence, le premier ministre préfère pousser ses ministres des Transports dans des décisions inéquitables et injustes alors qu’ils arrivent dans leur ministère et qu’ils tentent encore d’en saisir toutes les nuances.

Le ministre Poëti, bien en selle, a remis Uber à sa place en disant à ses dirigeants qu’ils devaient se conformer aux règles avant de vouloir les changer. Le premier ministre lui a fait perdre sa limousine pour cette affirmation légitime de l’autorité québécoise. Le ministre Daoust a rapidement compris la malhonnêteté d’Uber et la façon cavalière dont elle traite les lois du Québec. 

À minuit moins une, le cabinet du premier ministre lui a imposé un amendement à sa loi, amendement qui rend possibles les projets pilotes avec lesquels on se débat actuellement. Deux semaines après son arrivée en poste, Laurent Lessard, encore bien peu au courant du dossier, a conclu une entente avec Uber, à la demande explicite du premier ministre. Un an plus tard, alors qu’il maîtrisait enfin le dossier et qu’il affirmait clairement que le gouvernement du Québec ne se mettrait pas à genoux devant une multinationale, Couillard l’a tassé. À peine atterri sur la chaise du ministre, André Fortin a fait fi des affirmations de son prédécesseur pour plaire à Uber, notamment en abaissant les standards de vérifications d’antécédents criminels.

Bref, que le ministre des Transports s’appelle André, Laurent, Jacques ou Robert, les vraies décisions se prennent dans le bureau du premier ministre. Et il a clairement fait son lit : les 22 000 familles du taxi risquent d’être gravement lésées pour faire place à un mirage venu de Silicon Valley. On se croirait revenu à l’époque de Duplessis, où on bradait nos richesses pour engraisser des entreprises américaines. On verra si le nouveau ministre des Transports aura assez d’épine dorsale et de sagesse pour se tenir debout, déposer un projet de loi équitable et faire respecter les intérêts des Québécois.

Abdallah Homsy, porte-parole du Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec