À quand une véritable équité salariale pour les femmes ? Cessons l’exploitation!

POINT DE VUE / À l’occasion de l’évaluation décennale de la Loi sur l’équité salariale par le ministre du Travail, Jean Boulet, les femmes attendent toujours de véritables et sincères actions pour que leur travail soit reconnu à la même valeur que celui des hommes. Trop de plaintes ne sont toujours pas réglées. Beaucoup d’iniquités affectent encore le salaire des travailleuses et les biais sexistes demeurent. Nous poursuivons toutes les efforts nécessaires pour que ces iniquités soient finalement corrigées.

Où ça, les plaintes?

La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a cumulé plus de 10 000 plaintes depuis plusieurs années qui ne sont toujours pas réglées. Comme une plainte concerne toutes les personnes d’une catégorie d’emploi, plusieurs dizaines de milliers de personnes salariées, dont une grande majorité de femmes attendent un règlement dans un litige concernant leur employeur, parfois depuis 2010. Lorsqu’un employeur choisit de faire seul son maintien de l’équité salariale, l’unique moyen des personnes salariées pour se faire entendre, lorsqu’elles pensent être victimes d’une iniquité, s’avère de déposer une plainte. Il serait bénéfique de permettre une réelle participation des personnes salariées et ainsi diminuer les biais en matière d’évaluation du maintien de l’équité salariale.

Étude de l’IRIS

Une récente étude de l’Institut de recherche et d’information socioéconomique (IRIS) démontre l’écart persistant de rémunération entre les Québécoises et les Québécois occupant un emploi dans le secteur de la santé et des services sociaux, de l’éducation, de la fonction publique. Ce dernier, composé de 72,2% de femmes, est le seul secteur dont le niveau de vie a baissé depuis 2000.

Si l’État, en tant qu’employeur, avait joué son rôle de gardien de l’équité en rémunérant le travail des femmes à sa juste valeur, le tiers de l’écart salarial actuellement observé entre les femmes et les hommes au Québec aurait été résorbé ces dernières années, conclut l’IRIS.

Le projet de loi 10

La Loi sur l’équité salariale a dû récemment être modifiée pour respecter une décision de la Cour suprême du Canada. Portée par plusieurs femmes, cette lutte menée jusqu’à la plus haute cour de justice du pays enjoignait le gouvernement du Québec à respecter les principes d’équité de sa propre loi amendée en 2009. Cependant, le gouvernement ne répond pas à l’ensemble des enjeux soulevés par cette décision. De longues et coûteuses contestations sont donc encore à prévoir.

Le discours patronal tend à laisser croire que l’équité et l’égalité sont atteintes au Québec, mais il n’en est rien. Les nombreuses plaintes déposées auprès de la CNESST, et toujours en attente de résolution témoignent de l’ampleur des désaccords existants. Plusieurs études montrent que l’écart de salaire entre les hommes et les femmes augmente.

Que faire?

Une loi sur l’équité salariale 2.0? Une actualisation de la loi sur l’équité salariale doit assurément être adoptée pour répondre aux besoins des Québécoises et des Québécois. Cet enjeu dépasse le secteur public et des calculs politiques des dernières années. C’est une question de société urgente, nécessaire pour des générations de travailleuses patientes, mais déterminées.

Il est inacceptable que cette situation persiste et que le droit des femmes à l’équité salariale s’en trouve ainsi bafoué.


Les membres de l’Intersyndicale des femmes,

Marie-Claude Raynault, première vice-présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

Isabelle Daigle, responsable nationale de la condition féminine, Centrale des syndicats démocratiques (CSD)

Line Camerlain, 1ière vice-présidente, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Joanne Bertrand, vice-présidente au secrétariat et à la trésorerie, Fédération autonome de l’enseignement (FAE)

Shirley Dorismond, vice-présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)

Maryse Rousseau, vice-présidente, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)

Manon Therrien, 2e vice-présidente, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)