«La sélection entre des patients à sauver et les autres est exercée au Québec. Des impératifs d’ordre financier et médical doivent justifier son application. Cela n’a pas été dit, mais les statistiques ou les faits en font état», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.
«La sélection entre des patients à sauver et les autres est exercée au Québec. Des impératifs d’ordre financier et médical doivent justifier son application. Cela n’a pas été dit, mais les statistiques ou les faits en font état», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

… de la nécessité de la discussion

POINT DE VUE / Ayant plus de 60 ans et une maladie pulmonaire, je ne fais pas partie des individus appelés à travailler dans les hôpitaux, les CHSLD ou les écoles. Si je contractais la COVID et que j’étais incapable de la combattre seule, l’algorithme utilisé pour décider des patients admissibles aux soins intensifs m’exclurait.

Les 50 ans et plus composent 90 % des décès au Québec. S’ils avaient eu le privilège d’accéder aux soins intensifs montréalais au moment où ils n’étaient pas engorgés, il y aurait eu moins de mortalités dans ce groupe d’âge. La sélection entre des patients à sauver et les autres est exercée au Québec. Des impératifs d’ordre financier et médical doivent justifier son application. Cela n’a pas été dit, mais les statistiques ou les faits en font état.

Les négligés, les abandonnés, ce sont surtout les personnes âgées. Les éliminer de nos statistiques, ne pas en parler assez sur la place publique, passer outre le nombre de décès, ne pas intervenir suffisamment pour venir véritablement en aide à celles qui restent est une honte. Nous ne l’oublierons pas. L’histoire du Québec ne le fera pas non plus.

Qui n’aura pas remarqué qu’il manque de main-d’œuvre dans tous les secteurs où les humanités s’exercent : soins médicaux ou gériatriques, interventions sociales, enseignement? Dans ces domaines, le féminin l’emporte généralement sur le masculin, car elles sont plus nombreuses que les hommes à en faire un métier, une vocation.

Dans les faits, qui appuie les préposées, les infirmières et les enseignantes? Ces femmes ont-elles un véritable pouvoir décisionnel et organisationnel? Les enseignantes seront-elles suffisamment protégées dans nos écoles? Qui le dira? Il faut souhaiter qu’elles puissent en parler elles-mêmes.

Multiplions les tribunes et donnons-leur l’occasion de témoigner, de raconter.

Qui fera campagne auprès de la population pour empêcher que la COVID atteigne les régions? Ce genre de campagne s’impose, car plusieurs citoyens minimisent l’impact de la COVID sur leur santé et sur celle de la société dont ils font partie.

Est-ce la conséquence du caractère incertain ou changeant des décisions qui sont prises et des arguments de même espèce qui sont mis à profit pour les justifier?

En temps de crise, il faut encourager chacun à exercer son droit à l’expression d’un jugement critique ou au témoignage. Il faut multiplier les agoras ou les parlements officiel et populaire. Force est également de se méfier des petits décideurs en quête d’admiration. Il arrive qu’ils occultent des réalités ou des vérités afin de plaire aux personnes qui occupent des postes de pouvoir. Le vide laissé par l’opposition officielle ou populaire est vite remplacé par la complaisance.

Parce qu’elle existe, les décisions ne peuvent pas être prises par une seule personne ou une poignée d’individus, car ils sont forcément en proie à un certain aveuglement, à bon nombre d’impératifs et à autant d’urgences. Le gouvernement actuel a besoin d’aide.

À défaut, une autre contamination nous atteindra qui a trait au manque de manifestation de la démocratie. Où est l’opposition? Quand ou comment se fera-t-elle entendre? Où sont passés tous nos politiciens? Où sont les historiens, les philosophes, les sociologues?

Pandémie ou pas, l’abandon des personnes âgées n’a jamais été au nombre de nos projets collectifs. Comment faire pour les sortir de l’impasse dans laquelle elles se trouvent? Ni l’abandon ni l’imprudence ne sont inscrits dans nos gènes.