La caricature de Côté de 17 décembre

La caricature de Côté de 17 décembre
André-Philippe Côté

Point de vue

Faire œuvre sociale, ou asociale

Lettre au premier ministre Philippe Couillard

M. Couillard, en choisissant de faire de la politique active partisane, vous avez sacrifié une partie de votre revenu personnel potentiel, comme médecin spécialiste, pour «faire œuvre sociale»? Vous en faites quoi? Avec la modification récente annoncée quant à l’aide de «dernier recours», j’ai des doutes sur votre œuvre sociale…

Moi, M. Couillard j’ai sacrifié plus de 80 % de mon revenu potentiel pour faire œuvre sociale. Un moment donné, dans mon quartier, le comptoir alimentaire devait fermer. Je m’y suis investi avec des gens du quartier et il n’a pas fermé. Cela fait bientôt quatre ans et, de la charité chrétienne de la Société Saint-Vincent-de-Paul (SSVP) où des gens bien nantis, souvent retraités, rentiers et autres, venaient aider des pauvres. Nous avons maintenant un comptoir alimentaire citoyen où les usagers eux-mêmes se donnent un comptoir alimentaire complètement déconfessionnalisé. Ceci est faire œuvre sociale. 

Comme coresponsable de ce comptoir alimentaire citoyen, je fais partie d’une concertation de gens, avec des représentants institutionnels, c’est le Chantier se nourrir de Sainte-Foy. Là, nous nous concertons pour faire la promotion de cuisines collectives, de potagers collectifs urbains et autres moyens pour que les oubliés de nos gouvernements supérieurs mangent à leur faim tout au long des douze mois de l’année. Ceci est faire œuvre sociale.

Par exemple, à ce chantier nous travaillons avec la Ville de Québec afin de disposer de plus de locaux et de répondre aux normes de la MAPAQ et de la Ville, où nous pourrons convier des gens et familles pour cuisiner ensemble à des coûts infimes. Notez ici qu’en plus de se nourrir à moindres coûts, les participants (es) à ces cuisines collectives socialisent et partagent leurs conditions avec d’autres, ce qui aide beaucoup ces gens à réaliser qu’ils ne sont pas seuls. Prenez note ici de l’effet de socialisation qui contribue, dans le cas des nouveaux arrivants, à faciliter leur intégration sociale. Et pour tous les gens qui cuisinent ensemble, ils vivent de très heureux moments de fraternité et de partage de recettes, ce qui contribue à la construction du vivre ensemble de demain. Une autre réalisation du Chantier se nourrir sera la mise en place prochaine d’une armoire et d’un premier frigo-partage à Sainte-Foy. N’y a-t-il pas là œuvre sociale?

Après la refondation du comptoir alimentaire et ma participation, depuis près de 10 ans, à différentes concertations dans mon quartier, j’ai rapidement constaté que des groupes communautaires (autres que des organismes de services suppléants aux services publics devenus faméliques surtout depuis VOTRE austérité, M. le premier ministre), sont très rares dans l’ouest de Québec, où j’habite depuis bientôt 20 ans.

Nous avons alors fondé un OBNL afin de disposer d’une institution. Cela nous a permis de «faire de la guignolée» pour financer le comptoir alimentaire. Nous avons durant deux ans fait notre guignolée avec la Guignolée St-Yves de la SSVP qui fonctionnait depuis les années 1950. Il y a deux ans, nous avons repris la relève de ces valeureux aînés. Nous continuons selon les mêmes pratiques. Ce qui nous permet de faire plus que de financer une partie du comptoir alimentaire. Par exemple, nous amenons annuellement un autobus scolaire complet de nouveaux arrivants du quartier à la cabane à sucre, moyen très opportun pour ceux qui nous ont fait l’honneur de choisir Québec comme destination d’immigration de se plonger dans la réalité culturelle concrète de la société québécoise. Nous avons également acheté le frigo pour le projet mentionné plus haut. Ceci est pour moi, faire œuvre sociale.

M. Couillard, comme je vis seul avec un enfant au primaire, je peux rester disponible pour lui et faire œuvre sociale. Autre exemple M. Couillard, comme membre d’une coopérative d’habitation, pendant deux ans, à deux reprises, je me suis acharné, afin de faire aboutir un projet de financement en période d’austérité, auprès de membres de la fonction publique et de la Société d’habitation du Québec pour les convaincre que nous avions de très grands besoins de financement pour rénover nos immeubles où des moisissures proliféraient et mettaient en danger à la fois la santé physique de membres et la santé mentale de certains de ces membres à l’anxiété facile. Pour moi, il y a là faire œuvre sociale.

Durant la dernière campagne électorale municipale, nous avons convié les candidats de tous les partis en présence, et ils ont tous accepté, de venir répondre aux questions de citoyens. Tous les participants, candidats et citoyens, ont été très satisfaits de l’expérience. Une participante a dit qu’elle n’avait jamais voté aux élections municipales et que maintenant elle sait pour qui voter. Il y a là œuvre sociale. 

M. le premier ministre, depuis que vous êtes en poste, mon avis est que vous ne faites pas œuvre sociale. Par exemple quand, après avoir coupé avec ardeur dans les services publics (où tout le monde a perdu) vous en redistribuez les surplus aujourd’hui en cadeau par des diminutions d’impôt, où seuls les 60 % qui en paient en bénéficient. M. le premier ministre, combien de milliards de dollars extorqués aux plus faibles allez-vous offrir en cadeau, lors de votre prochain budget, à ceux qui en ont le moins besoin? M. le premier ministre, vous faites œuvre asociale aux profits de certaines minorités qui en ont le moins besoin, mais qui, sans doute, sont très utiles pour vous en période électorale.

Renaud Blais, un citoyen qui vote toujours, Québec

Point de vue

L’espoir fou auquel on croit encore

En 1998, des organisations indignées par l’adoption de la Loi sur le soutien du revenu et favorisant l’emploi et la solidarité sociale ont créé le Collectif pour une loi sur l’élimination de la pauvreté (devenu plus tard le Collectif pour un Québec sans pauvreté) avec l’espoir fou que le Québec se dote d’une loi qui lutterait contre la pauvreté plutôt que contre les personnes pauvres.

Le 13 décembre dernier marquait le 15e anniversaire de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, adoptée en 2002 au terme d’une mobilisation sans précédent.

Celle-ci n’est pas parfaite, mais l’adoption même de la loi — à l’unanimité — est en soi une reconnaissance de la nature systémique de la pauvreté, laquelle exige une réponse politique et des actions concertées. En plus de reconnaître l’importance d’agir sur les causes de la pauvreté, la loi reconnaît explicitement que les personnes en situation de pauvreté sont les premières à agir pour transformer leur situation. Une reconnaissance qui a pourtant été mise à mal dès l’adoption du premier plan d’action.

Trois plans d’action gouvernementaux

Les plans d’action gouvernementaux, pour une durée de cinq à sept ans, donnent corps à la loi : sans eux, elle est vouée à n’être qu’un ramassis de vœux pieux. 

Depuis 2002, trois plans d’action ont été déposés, chacun d’eux avec un retard considérable sur les délais prescrits et une forte prédominance pour l’incitation à l’emploi. Si les retards révèlent le peu d’importance accordée aux enjeux de pauvreté au Québec, c’est surtout l’obsession des gouvernements successifs pour le travail qui a trahi l’esprit de la loi.

La volonté d’agir sur les causes de la pauvreté qu’exprimait la loi a été évacuée presque au seul profit des mesures incitatives à l’emploi : parcours individualisés obligatoires, catégories à l’aide sociale des «aptes» et des «inaptes» au travail, demi-indexation des prestations des personnes considérées «aptes» au travail, workfare, prime au travail, pénalités sur les prestations de base en cas de refus de participer et autres programmes Objectif emploi.

Le troisième plan d’action, dévoilé dimanche dernier par le ministre François Blais, suit cette tendance. Le lancement a même pris des airs électoralistes alors qu’un tel enjeu ne devrait tout simplement jamais être politisé. Encore une fois, le Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale mise sur la force des préjugés, pour élargir davantage le fossé qui sépare déjà les personnes assistées sociales qui ont des contraintes sévères à l’emploi et celles qui n’en ont pas. 

S’il faut se réjouir de constater que des personnes arriveront, dans six ans, à mieux couvrir leurs besoins de base, il faut aussi souligner que le plan du ministre Blais laisse de côté les personnes assistées sociales dites aptes au travail pour encore une fois leur forcer la main, quitte à couper leur prestation de base.

Un manque de volonté politique

La volonté affirmée de la loi était de faire du Québec l’une des nations industrialisées comptant le moins de personnes pauvres d’ici… 2013. Le gouvernement n’ayant cependant respecté ni l’esprit ni la lettre de la loi, l’échec a été presque complet. Il y a toujours 800 000 personnes qui ne couvrent pas leurs besoins de base au Québec.

Qu’à cela ne tienne, le ministre Blais refait le pari de faire du Québec une des nations où l’on compte le moins de personnes pauvres d’ici… 2023. À l’instar de ses prédécesseurs, le ministre est aveuglé par la même recette de l’incitation au travail. Et pendant ce temps, il néglige toutes les autres personnes en situation de pauvreté qui ne recourent pas à l’aide de dernier recours comme, par exemple, les travailleuses et travailleurs au salaire minimum.

Malgré les espoirs déçus, le Collectif est toujours convaincu de la pertinence de la Loi et continue de porter le rêve d’un Québec sans pauvreté. Renoncer à cet idéal serait irresponsable. Comme le formulait si joliment une participante du Collectif à ses débuts, il faut savoir «rêver logique».

Virginie Larivière et Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Point de vue

Les sénateurs du Québec soutiennent Davie

Devant la perspective imminente d’une autre vague de mises à pied de centaines d’employés qualifiés du chantier maritime Davie à Lévis, la grande majorité des sénateurs du Québec, de tous les horizons politiques, joignent leurs voix aux milieux des affaires, syndicaux et politiques afin de demander au gouvernement fédéral non seulement de lui octroyer sans tarder un contrat, mais de réviser sa stratégie maritime. De l’avis de ces sénateurs québécois, c’est non seulement l’avenir du plus grand chantier maritime du Canada qu’il faut protéger, mais aussi tout un écosystème industriel de plusieurs centaines de fournisseurs du Québec qui approvisionnent le chantier.

«Nous interpellons le premier ministre Trudeau ainsi que les membres de son cabinet, afin qu’ils accélèrent l’octroi d’un contrat qui pourrait assurer la survie de la Davie. Nous savons que le gouvernement dispose des besoins opérationnels et des moyens d’éviter ces mises à pied massives. L’expertise québécoise est reconnue, les faits prouvent que Davie peut livrer la marchandise dans les temps et dans les budgets; maintenant le gouvernement fédéral doit montrer clairement sa volonté politique », déclare Éric Forest, sénateur indépendant.

«Le gouvernement fédéral doit réviser sa stratégie maritime, qui date de plusieurs années, et qui pénalise injustement la Davie à cause de critères restrictifs. Les sénateurs, de tout horizon politique, demandent aujourd’hui un soutien immédiat à court terme pour le chantier québécois. Le fédéral a également la responsabilité de revoir sa vision à long terme, qui donnerait sa juste part à chacun des trois chantiers au pays », insiste Claude Carignan, sénateur conservateur.

«Dans un contexte où une main-d’œuvre qualifiée comme celle de la Davie est très en demande, il est impératif de faire en sorte que ces employés qui possèdent une expertise cruciale ne quittent pas le Québec de manière précipitée et inutile », ajoute Dennis Dawson, sénateur libéral indépendant. 

Les sénateurs québécois espèrent que les sorties unanimes des milieux des affaires, syndicaux et politiques exercent une pression suffisante sur le premier ministre Trudeau et le gouvernement libéral, afin d’éviter l’effondrement inutile d’une grappe industrielle essentielle au Québec, ce qui serait catastrophique aux plans économique et humain.

Les sénateurs Pierre-Hugues Boisvenu, Patrick Brazeau, Claude Carignan C.P., Jean-Guy Dagenais, Dennis Dawson, Éric Forest, Joan Fraser, Rosa Galvez, Marc Gold, Leo Housakos, Serge Joyal C.P., Ghislain Maltais, Paul J. Massicotte, Marie-Françoise Mégie, Chantal Petitclerc, André Pratte, Raymonde Saint-Germain, Judith Seidman, Larry W. Smith, Josée Verner C.P. et Charlie Watt.

Point de vue

L’OQLF aux prises avec ses belles-mères

Dans un Point de vue publié le 4 décembre dernier, Jacques Maurais s’en prend à l’Office québécois de la langue française… encore!

D’entrée de jeu il affirme que la politique de l’Office sur les emprunts linguistiques «passe mal dans une bonne partie de l’opinion publique». Cette affirmation est inexacte, car les seules voix qui dénoncent cette pseudo dérive sont la sienne et celle de ses partisans, un groupe minoritaire de dissidents accrochés aux idées des années 70 et qui se relaient dans les médias en reprenant les exemples biaisés de leur mentor. Au-delà de la déception ressentie à voir d’anciens collègues mettre en doute la compétence de leurs remplaçants, on peut affirmer que ce n’est pas parce que ces contestataires d’arrière-garde sont très actifs à diffuser leur mauvaise humeur dans les médias que l’opinion publique partage leur avis.

En fait, la population se fiche pas mal de connaître la teneur des guides de travail que l’Office développe à l’interne pour encadrer la pratique de ses linguistes, du moment qu’il assume son rôle de gardien de la langue, et il le fait. Le document visé par Jacques Maurais n’est pas un manifeste révolutionnaire concocté en cachette pour ourdir un complot linguistique, comme il se plaît depuis des mois à l’insinuer. C’est une politique élaborée avec beaucoup de prudence par les gens de l’Office pour orienter le traitement des anglicismes stockés dans leur Grand dictionnaire terminologique (GDT).

Même si cette fois il s’adresse aux administrateurs de l’Office, ce sont encore les artisans de l’organisme qu’il vise en critiquant cette politique. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il égratigne ses anciens collègues. En effet, depuis qu’il a pris sa retraite, il n’a pas cessé de dénigrer leur travail dans tous les médias qui ont accepté de le publier. N’ayant pas réussi à imposer son point de vue alors qu’il était en fonction, faute d’arguments suffisamment étoffés, il s’est donné le mandat de rétablir SA vérité par tous les moyens possible.

Il faut reconnaître que Monsieur Maurais a du talent pour la controverse. Profitant du devoir de réserve imposé aux employés de l’état, il ne se prive pas pour mordre la main qui l’a nourri chaque fois que l’occasion se présente, sans crainte d’être inquiété. Exploitant des talents littéraires indéniables, il fait cependant preuve d’une détestable malhonnêteté intellectuelle lors de ses prestations. C’est encore le cas cette fois-ci.

Sachant la difficulté à réfuter en peu de mot toute information erronée ou incomplète, il ponctue ses textes d’exemples biaisés tirés du GDT, en omettant systématiquement de tenir compte des nombreuses notes qui nuancent les fiches de terminologie qu’il cite. C’est très habile de sa part, car peu de gens auraient la patience de lire dans un démenti les arguments techniques nécessaires pour rétablir les faits, arguments qui mettraient pourtant en pièces ses raccourcis intellectuels. En outre, les journaux ne sont guère enclins à publier de telles démonstrations scientifiques dans leurs pages, même si on le leur proposait. En matière de désinformation, Jacques Maurais gagne donc sur tous les tableaux.

Pourtant, l’élaboration d’une politique et d’une grille d’évaluation scientifique destinée à classer des anglicismes est beaucoup trop complexe pour qu’on exige sa mise au rancart sur la foi d’une poignée d’exemples mal ficelés, et l’entêtement que Monsieur Maurais manifeste depuis des mois pour faire jeter aux poubelles l’actuelle politique de traitement des anglicismes frise le harcèlement, et doit être dénoncé. 

Enfin, quand il insulte les membres de l’OQLF dans sa conclusion et son titre, en affirmant qu’un document ne produit pas ses professionnels ridiculise l’Office, Jacques Maurais trahit ses véritables intentions. Avec une énormité pareille, jouant à la fois le rôle d’accusateur et de juge, il démontre que ses motivations, plus émotives que rationnelles, relèvent davantage du règlement de compte que de la discussion théorique. C’est alors plutôt lui qui se discrédite.

Marcel Bergeron, Québec

La caricature de Côté du 16 décembre

La caricature de Côté du 16 décembre
André-Philippe Côté

Éditorial

La sexualité en classe

ÉDITORIAL / L’éducation à la sexualité est présentée par Québec comme la mesure phare pour contrer le harcèlement et les agressions sexuelles. Et pourtant, il reste des ficelles à attacher avant la rentrée de septembre. C’est une chose de rendre un programme obligatoire. C’en est une autre de s’assurer qu’il sera dispensé par du personnel bien formé et au bon moment.

Certes, tout le monde s’entend, même les syndicats d’enseignants, les directions scolaires et les commissions scolaires, pour dire que l’école a un rôle important à jouer pour éduquer les jeunes en la matière. Mais, si on veut que les objectifs du programme soient atteints, il faut franchir les étapes correctement.

«Il vaut mieux une généralisation parfois imparfaite qu’une formation parfaitement inexacte sur Internet», aime dire Corinne Payne, la présidente de la Fédération des comités de parents.

Ça peut avoir l’air banal de dispenser dès l’an prochain cinq heures d’apprentissages à la sexualité aux élèves du primaire et 15 heures aux jeunes du secondaire. Mais c’est délicat pour les gens qui sont sur le terrain.

Si les écoles ont tardé à appliquer le programme qui a fait l’objet d’un projet-pilote dans une quinzaine d’écoles en 2015-2016, il doit sans doute y avoir de bonnes raisons. Seulement 200 écoles sur 3000 offrent cette année le «cours».

La Fédération des commissions scolaires du Québec indiquait jeudi que plusieurs questions se posent avant la rentrée de 2018 sur l’organisation scolaire. Il faut identifier le personnel qui donnera la matière et prévoir leur formation. Il faut également déterminer de quelle façon les apprentissages seront intégrés dans la grille-matière.

Les syndicats d’enseignants aimeraient aussi savoir comment seront introduits les contenus sur l’anatomie, le consentement, l’amour, les relations sexuelles, les infections transmises sexuellement, etc., dans les cours de français, de mathématiques ou de chimie. Ils auraient souhaité, et avec raison, être consultés et savoir comment s’insère le tout dans la grille-matière. Certains réclamaient d’ailleurs un véritable cours plutôt que l’approche par saupoudrage. 

Le ministre Proulx aurait mis toutes les chances de son côté pour que tout fonctionne harmonieusement cet automne s’il avait obtenu préalablement le «consentement» des enseignants. 

Cet appui l’aiderait aussi à éviter que des parents s’opposent à l’éducation à la sexualité en classe. Si des parents sont inquiets et craignent que le contenu soit inapproprié pour leurs chers petits ou leurs ados qu’ils ne veulent pas voir grandir trop vite, entendre que les enseignants accusent le ministre de précipitation et d’improvisation ne les rassurera pas.

Le gouvernement alloue 3 millions $ pour l’éducation à la sexualité. «On met à la disposition des enseignants et des écoles la formation nécessaire au sein du ministère et on donne la capacité d’embaucher des professionnels pour pouvoir faire ce travail-là», a indiqué jeudi le ministre.

Il ne suffit pas d’annoncer des millions de dollars. A-t-on l’assurance que l’équipe du ministre a bien pris acte des lacunes observées dans le projet-pilote mené dans une quinzaine d’écoles primaires et secondaires et apporté les correctifs nécessaires? Il faut voir plus loin qu’octobre 2018. Les directions d’écoles et les enseignants ne doivent pas être laissés à eux-mêmes. 

Le premier ministre Couillard estime que la vaste majorité des Québécois souhaite le retour de l’éducation à la sexualité à l’école. La vaste majorité des Québécois souhaite aussi que ce soit fait correctement pour en tirer le plus possible des effets positifs.

Point de vue

Mon rêve fiscal pour le Québec

«Le Québec, chef de file sur la route de la modernisation des régimes d’imposition», voila le titre dont je rêve pour le Québec.

Le Québec est déjà en avance sur la route de la modernisation des régimes d’imposition. C’est l’une des rares juridictions au monde — et l’unique province canadienne — où une commission a déjà examiné le phénomène des paradis fiscaux, avec envois de subpoenas aux bureaux de comptables qui refusaient de témoigner et menaces de subpoenas aux banques. Le rapport de la Commission des Finances publiques n’a pas été tabletté et le gouvernement du Québec a déjà réagi en déposant un plan d’action face aux paradis fiscaux et au commerce électronique. 

Défiscalisation des multinationales

Tout ce que le Québec peut faire de manière unilatérale pour moderniser les régimes d’imposition et rétablir le principe de la juste part d’impôt, il doit le faire rapidement pour soulager les contribuables face aux iniquités fiscales. Il est inacceptable que les multinationales causent une concurrence fiscale déloyale aux entreprises canadiennes en surfant sur les régimes d’imposition et de taxation. Et plus inacceptable encore, que les multinationales d’ici et d’ailleurs paient souvent moins d’impôt que nos PME qui ne profitent pas d’économie d’échelle et qui ne peuvent pas réaliser ou prétendre réaliser des profits dans les paradis fiscaux. Organisations internationales, experts, administrations et élus sont déjà en mode action pour moderniser les régimes d’imposition. Les délais sont courts. À terme, il faut s’attendre à ce que la modernisation des régimes d’imposition et le rétablissement de la juste part d’impôt provoquent des transferts de richesses entre les paradis fiscaux et les autres territoires et entre les industries qui paient peu ou pas d’impôt et les autres. 

Afin de se moderniser, il va falloir qu’un nombre suffisant de pays franchissent, ensemble, le point de bascule en consentant à ces transferts de richesses. Et pour y arriver, un rendez-vous public international est nécessaire. Présentement, la planète discute de modernisation des régimes d’imposition sur invitation seulement, alors que les citoyens sont indispensables à la grande table de négociation de l’impôt de demain. Les citoyens et notamment les jeunes doivent faire partie de la solution et l’histoire montre d’ailleurs que, face à l’injustice fiscale, c’est souvent eux qui finissent par trancher. Alors, imaginons un peu la contribution du Québec et des Québécois à la modernisation des régimes d’imposition si c’est ici même qu’avait lieu ce premier grand rendez-vous public international sur la fiscalité. 

C’est faisable. Les conférences internationales TaxCOOP ont été tenues d’abord à Montréal en 2015, à Washington et à la Banque Mondiale en 2016, à Genève et à l’ONU en 2017, et le plan de match est qu’elles continuent leur croisade avec les organisations internationales en 2018 et en 2019 pour revenir à Montréal en 2020 avec l’espoir de créer un momentum suffisamment important pour marquer le départ de rencontres internationales sur la fiscalité. Initiative toute québécoise, les conférences TaxCOOP ont été saluées aujourd’hui même au TOP50 des experts et des organisations les plus influentes en fiscalité au monde.

Défiscalisation des richissimes

Vous pensez que les populations en ont assez de la défiscalisation des multinationales? Attendez qu’elles réalisent ce qui se passe du côté des richissimes avec les fondations soi-disant charitables, principalement subventionnées par nos impôts. 

Si au moins elles étaient réellement charitables. Les chiffres démontrent qu’au contraire, elles le sont deux fois moins que les fondations publiques et dépensent deux fois moins, à ce chapitre, que les contribuables québécois le font en taxes et impôts. Le problème, c’est que les lois fiscales prévoient une obligation charitable de seulement 3,5 % (avant les frais de fonctionnement) pour les fondations alors que chacun d’entre nous accordons une économie d’impôt pouvant atteindre 53 % du don aux fondateurs, l’année de la création de la fondation, ainsi qu’une exemption d’impôt et de taxes à perpétuité à celle-ci. Pourquoi seulement 3,5 %? Parce que les fondateurs souhaitent que leur fondation soit perpétuelle et, pour y arriver, elle ne doit jamais être obligée de toucher à son capital.

Le régime des fondations privées n’est malheureusement pas une bonne affaire pour les finances publiques puisque l’argent reste coincé au sein des fondations pour garantir leur perpétuité. Et pas non plus pour la démocratie, puisqu’on accorde un pouvoir important à leur fondateur et leur proche sur des questions publiques, dont notamment la santé et l’éducation.

Sur la route de la modernisation des régimes d’imposition, les leaders doivent régler le problème de la défiscalisation des multinationales et également des milliardaires, permise notamment par le régime des fondations privées. 

Corriger ce problème est facile et l’on n’a pas à se soucier de la concurrence fiscale internationale parce que les fondations privées ne peuvent pas déménager. Il s’agit simplement d’augmenter l’obligation charitable des fondations privées de 3,5 % à 5 % comme aux États-Unis, voire davantage. Une majoration de seulement 1,5 point représenterait une injection récurrente de capital de 150 millions $ par année dans la société québécoise, principalement pour la santé et l’éducation. 

La défiscalisation des richissimes, via les fondations privées soi-disant charitables contrôlées à perpétuité, et la défiscalisation des multinationales portent, de manière coordonnée, un coup à la démocratie et nous maintiennent malheureusement dans une logique féodale. 

La décision de procéder à la mondialisation sans s’être d’abord assuré que nos régimes d’imposition pouvaient le supporter sera peut-être considérée comme une erreur historique importante. En m’engageant sur la route de la modernisation des régimes d’imposition, au début du siècle, je n’avais jamais imaginé que je verrais les citoyens de la Terre ouvrir le chemin. J’aurais encore moins pu rêver que le Québec serait un chef de file, mais j’y vois aujourd’hui une agora fiscale très spéciale avec des leaders, des experts et des contribuables qui réclament du changement. Chose certaine, le Québec est sur la voie de la modernisation des régimes d’imposition. Et l’on peut s’en réjouir.

Brigitte Alepin, professeure en fiscalité, École des Sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal

Point de vue

Dossier médical en ligne: le projet risque de décevoir

Nous appuyons l’objectif du gouvernement de fournir à chaque Québécois l’accès à son dossier médical en ligne. Nous notons d’ailleurs que le gouvernement a tenu compte des recommandations des archivistes médicaux en prévoyant un délai entre le résultat d’un examen diagnostic et la mise en ligne des informations s’y rapportant. En effet, il est essentiel que ce nouvel outil respecte la relation privilégiée qui existe entre le médecin et son patient, ainsi que les droits de ce dernier.

Cela étant dit, nous estimons que le calendrier de réalisation très serré de ce projet risque de se buter à des difficultés. En premier lieu, il faut rappeler que les dossiers médicaux des établissements de santé et services sociaux ne sont pas totalement informatisés à l’heure actuelle, ce qui fait en sorte que la vue du dossier d’un patient sera au mieux partielle pour le moment. Par ailleurs, le fait de devoir les mettre à jour rapidement dans le futur va nécessiter des ajustements importants aux manières de faire des médecins et des archivistes médicaux. Enfin, ce projet de mise en ligne posera des défis pour les archivistes médicaux qui appliquent les lois qui encadrent l’accès aux documents des organismes publics et la protection des renseignements personnels, notamment concernant la gestion des accès au dossier médical d’un patient.

L’AGISQ recommande donc au gouvernement du Québec de créer un comité d’implantation décisionnel, réunissant les principaux acteurs concernés, afin de coordonner la mise en œuvre de ce projet. Les archivistes médicaux souhaitent collaborer activement au succès de cette initiative. Comme nous l’avons recommandé à de nombreuses reprises, un comité d’implantation permettrait d’identifier les principaux défis à relever en cours de projet, les ajustements nécessaires à l’organisation du travail dans le réseau ainsi que les besoins de formation qui en découleront. À notre avis, c’est l’effort à consentir afin que ce projet important ne se transforme pas en déception pour les citoyens du Québec.

Alexandre Allard, président de l'AGISQ, la voix des archivistes médicaux du Québec

Point de vue

Le salut des magazines n’est pas que numérique

Lettre à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly

Votre ministère a mené cette année des activités de consultation auprès du milieu des magazines en vue de renouveler le Fonds du Canada pour les périodiques (FCP). Doté d’un budget de 75 millions $, le FCP est essentiel au maintien de la qualité et de la pérennité des magazines. Ajoutons que de tous les secteurs de la culture canadienne, celui des magazines est, de loin, le moins subventionné.

Plusieurs magazines membres de la Table de concertation des médias de culture scientifique québécois ont participé à l’une ou l’autre des rencontres menées par vos fonctionnaires. Nous avons aussi eu plusieurs occasions de vous entendre parler de votre grand chantier culturel, que ce soit à la Chambre de commerce de Montréal ou dans les médias.

Concernant le volet des magazines, les informations reçues de vous et de votre ministère ont causé chez nous une certaine inquiétude que nous voulons partager avec vous et avec le public. Il s’agit de votre insistance sur la «transition numérique».

Nous reconnaissons avec vous que le public canadien utilise de plus en plus les outils numériques pour se divertir, s’informer, acheter produits et services, pour échanger avec famille et amis, etc. Cependant, l’arbre des nouveaux médias numériques ne doit pas nous cacher la forêt des autres médias!

Car le public des neuf magazines de culture scientifique de notre regroupement ne veut pas seulement avoir accès à des contenus sur écran, il tient d’abord à recevoir son magazine par la poste ou à l’acheter en kiosque pour le lire, le partager, le conserver. Savez-vous que les ventes des magazines Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium et de leurs hors-série ont atteint les 800 000 exemplaires en 2016, soit deux fois plus qu’il y a 10 ans? La situation des autres magazines de notre groupe est en légère croissance. Pourquoi? Tout simplement parce que nous répondons aux besoins des Canadiennes et Canadiens.

Votre ministère aide beaucoup nos magazines (sauf trois, qui ne sont pas éligibles) et nous vous en remercions chaleureusement. Sans votre Fonds du Canada pour les périodiques, deux des plus récents magazines de culture scientifique québécois n’auraient jamais vu le jour.

C’est pourquoi, dans votre refonte du programme, nous vous enjoignons de bien mesurer l’attachement des Canadiennes et Canadiens à leurs magazines tels qu’ils sont et de ne pas diminuer votre essentielle aide pour un mirage, tout numérique soit-il.

Nous ne nous opposons pas aux médias numériques. Plusieurs de nos magazines ont une version numérique et tous ont un site Web et interviennent sur les réseaux sociaux. Mais nos revenus, ils proviennent presque exclusivement de nos magazines papier.

Félix Maltais, coordonnateur, Table de concertation des médias de culture scientifique québécois

avec : Marie Lambert-Chan (Québec Science), Isabelle Vaillancourt (Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium), Maud Fillion (Quatre Temps), André St-Arnaud (Les Naturalistes), Pierre Hamel (Nature sauvage) Jean-Sébastien Guénette (QuébecOiseaux)