Point de vue

S’entraider, pour la dignité de tous

Alors que ce 17 octobre marque la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, les Centraide du Québec s’unissent pour briser les tabous et les préjugés et, surtout, pour faire la lumière sur un enjeu trop souvent caché ou incompris.

Être pauvre, ce n’est pas seulement être sans emploi, c’est aussi travailler à faible revenu. C’est réduire son panier d’épicerie pour arriver à payer son loyer. C’est se priver afin de pouvoir nourrir ses enfants. C’est courir deux fois plus de risques de décrocher au secondaire. C’est aussi avoir des problèmes de santé et vivre isolé, voire seul.

Qu’il s’agisse d’un membre de votre famille, d’un ami, d’un voisin ou d’un collègue, la pauvreté et l’exclusion sociale peuvent toucher tout le monde, à tout moment. Une perte d’emploi, une séparation, la maladie sont autant d’écueils qui peuvent nous surprendre.

Il est important de rappeler que la pauvreté est tout, sauf un choix. Ses impacts vont bien au-delà des simples questions budgétaires. Elle affecte directement le développement des enfants et laisse sa marque sur la santé des individus.

D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux-mêmes : bien que l’espérance de vie au Québec progresse, son écart reste important entre les gens qui vivent dans les quartiers les plus défavorisés et ceux qui résident dans les mieux nantis. Au Québec, dans certains cas, on remarque un écart d’espérance de vie de 11 ans d’un quartier à l’autre! On parle ici du même écart que celui entre le Bangladesh, un pays en voie de développement, et la Suisse, l’un des États les plus riches du globe, rien de moins. C’est là une iniquité sociale qui persiste chez nous et à laquelle nous devons nous attaquer dès maintenant.

Afin de réduire ces inégalités, le réseau des Centraide du Québec et les 1500 organismes qu’ils soutiennent aux quatre coins de la province fournissent à un Québécois sur cinq des outils nécessaires pour briser le cycle de la pauvreté. Cela se fait en permettant à des mères monoparentales de cuisiner ensemble à moindres coûts. En facilitant l’accès à un logement convenable pour les familles. En préparant les tout-petits pour leur entrée à la maternelle grâce à des ateliers de stimulation. En distribuant des fournitures scolaires à des élèves du primaire afin de faciliter leur arrivée sur les bancs d’école. En brisant l’isolement des aînés grâce à des activités intergénérationnelles. En encourageant l’action bénévole, mais aussi en ralliant les gens afin de trouver des solutions à la portée de tous.

En cette Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, je me joins à tous les Centraide du Québec et aux organismes communautaires pour rappeler que la pauvreté coûte plus cher à la société qu’une action concertée pour l’éliminer une fois pour toutes. Plus que jamais, soyons solidaires, engagés, ouverts aux différences, conscients des inégalités et de la pauvreté, de l’exclusion sociale. Démontrons que nous sommes déterminés à agir, à inclure, à aider afin que chacun ait les moyens de développer son plein potentiel.

Ce 17 octobre et tout le reste de l’année, posons ensemble des gestes d’entraide qui permettront de mettre un terme à l’un des plus grands enjeux de notre époque.

Bruno Marchand, Président-directeur général, Centraide Québec et Chaudière-Appalaches

Point de vue

Désillusionné par l’enquête sur la mort de mon fils

Le 23 septembre dernier, j’ai finalement reçu le rapport du coroner en lien avec le meurtre de notre fils Thierry survenu le 13 février 2016, à peine six mois après qu’il ait joint les rangs de la police de Lac-Simon. Thierry était confronté à un jeune homme intoxiqué et armé qui avait des antécédents suicidaires et à qui on avait retiré ses armes à feu, mais pour des raisons qui n’ont jamais été adressées par le coroner, à qui Thierry avait lui-même remis plus tard les armes sur ordre de son supérieur.

Cette journée tragique a changé nos vies à jamais. La souffrance, la douleur et les larmes font maintenant partie de notre quotidien. Ma conjointe Christine est dévastée et ne peut s’en remettre. Mon autre fils, Steffan, a perdu son frère, son meilleur ami et le parrain de son propre fils Charles-Antoine, qui lui a perdu son oncle bien-aimé. La fiancée de Thierry, Joannie, a perdu l’homme de sa vie. Pour nous tous, la vie ne sera plus jamais la même. Il y a un énorme trou béant que ne sera jamais comblé, comme une grave blessure qui ne sera jamais guérie.

Les proches de victimes, autant que les citoyens en général, comptent sur les instances officielles pour enquêter sur les causes et les circonstances ayant abouti à des décès évitables et faire des recommandations pour éviter des tragédies semblables. En fait, la mise en œuvre de ce genre de recommandations constitue l’un des rares développements pouvant alléger la souffrance des proches des victimes, car elle assure que notre perte n’a pas été vaine.

Mais comme d’autres enquêtes similaires, par exemple celles ayant suivi les tueries de quatre agents de la GRC à Mayerthorpe en 2005 et de trois autres à Moncton en 2014, l’enquête entourant le décès de notre fils a elle aussi fait fi des circonstances permettant à des individus instables ou malintentionnés d’avoir accès à des armes à feu, en plus du fait que les agresseurs aient eu accès à des armes d’assaut légales. Au contraire, dans le cas de mon fils, le coroner a blâmé son « excès de confiance » — et n’a émis aucune recommandation!

Ainsi, déçu et désillusionné après 19 mois d’attente et d’espoir quant au rapport du coroner, je m’adresse maintenant directement aux instances politiques en vue de faire adopter des mesures concrètes pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. Thierry ne doit pas avoir donné sa vie pour rien, contrairement à ce que sous-entend la conclusion du coroner.

Il faut empêcher la possession d’armes par ceux qui manifestent ou qui ont manifesté des comportements suicidaires, violents, menaçants ou associés à une maladie mentale, peu importe la nature de cette dernière. Les autorités n’auraient jamais dû permettre au tueur de notre fils de ravoir des armes en sa possession. Sans la présence d’armes à feu, la situation aurait été complètement différente et Thierry ainsi que le meurtrier seraient vraisemblablement en vie aujourd’hui.

En fait, il va de soi que plus les armes à feu sont réglementées, moins il y a de chances qu’elles servent à des fins violentes. C’est pourquoi j’appuie la concrétisation des promesses électorales du Parti Libéral en ce sens, soit un meilleur contrôle des ventes (vérification obligatoire du permis, registre des ventes), un meilleur contrôle du transport des armes de poing et la pleine latitude aux contrôleurs provinciaux de rattacher des conditions de sécurité supplémentaires aux divers permis (possession privée, entreprises, foires d’armes, clubs de tir, etc.).

J’appuie tout particulièrement l’intention du gouvernement de confronter la problématique de l’accessibilité des armes à caractère militaire. Il est totalement absurde pour une société fondée sur la paix, l’ordre et la bonne gouvernance de permettre aux citoyens ordinaires de détenir des armes de guerre dont la puissance destructrice dépasse celle des équipements policiers.

Nous avons toujours été fiers du choix de carrière de Thierry et nous l’avons supporté tout le long de sa démarche. Le voir en uniforme, c’était et cela demeurera toujours une grande source d’inspiration pour nous, car il affichait ainsi sa vocation à protéger le public.

Les policiers et policières comme Thierry risquent leur vie tous les jours. En fait, 92 % des policiers qui meurent dans le cadre de leur fonction sont tués par balles. Face à ces constats, rien ne justifie l’absence d’un encadrement rigoureux et raisonnable des armes à feu.

Michel LeRoux, Père de Thierry LeRoux (1989-2016), Chicoutimi

Point de vue

Le transport en commun, un enjeu capital

Ces dernières années, des milliards de dollars ont été dépensés pour augmenter la capacité routière et agrandir les routes. Les résultats sont décevants : l’étalement urbain se poursuit, le nombre d’automobiles augmente et les embouteillages empirent.

On est même sur le point d’ajouter une voie sur Henri-IV, au coût de 500 millions $ pour deux misérables kilomètres. Pourtant, la Ville de Québec est déjà championne canadienne du nombre de kilomètres de route par 100 000 habitants.

Comble du ridicule, certains hommes et femmes politiques semblent avoir été inspirés par un plan poussiéreux de 1968 pour justifier encore plus d’autoroutes. Pour ceux-ci, l’avenir est dans le passé.

Du côté du Réseau de transport de la Capitale (RTC), la dernière amélioration significative remonte à l’implantation des Métrobus, il y a 25 ans! Bref, on tourne en rond.

C’est donc sans surprise que l’enjeu principal de cette campagne municipale est le transport. Tout le monde s’entend pour dire qu’il y a trop de trafic et qu’on doit faciliter le déplacement des personnes.

À l’instar de la majorité de la population de la ville de Québec, nous croyons que la solution à préconiser est un système de transport en commun accessible, rapide, et efficace. On en parle depuis des décennies, mais il le faut maintenant. 

Pour que cette solution soit accessible, il faut d’abord s’attaquer au prix. Les billets dispendieux peuvent dissuader un chômeur à chercher un emploi ou une fillette de rendre visite à sa grand-maman. Si la clientèle du RTC est en baisse ces dernières années, c’est peut-être en partie à cause des hausses de tarifs, toujours deux fois plus importantes que l’inflation.

Un aller-retour pour un couple d’adultes avec deux enfants coûte environ 22 $, plus les taxes. Acheter une automobile apparaît peu cher en comparaison.

Maintenir la contribution des usagers au budget d’exploitation du RTC à environ le tiers est un objectif louable, mais insuffisant pour garantir l’accessibilité financière au transport en commun. 

On doit aussi s’assurer de l’accessibilité universelle du réseau. De nombreux usagers, vivant avec des limitations physiques ou intellectuelles, voient leur participation sociale réduite parce que l’accès au transport en commun leur est difficile. Avec le vieillissement de la population, cet enjeu gagnera en importance et il vaut mieux y travailler dès aujourd’hui. 

Pour qu’il soit rapide et efficace, le nouveau système de transport en commun doit être de grande capacité : les axes les plus achalandés (parcours 800, 801, 807, etc.) sont exploités à pleine capacité. La «classe sardine», qu’on ne voyait qu’à Montréal il y a quelques années à peine, a fait son apparition à Québec. Ce réseau de grande capacité doit circuler en site réservé, avec priorité aux feux de circulation. Il doit être à l’écart de la congestion pour être compétitif et attrayant pour que les automobilistes s’intéressent au transport en commun.

Selon le ministère de l’Environnement du Québec, le transport routier représentait 43 % des émissions totales des émissions de gaz à effet de serre en 2013. Un bon système de transport en commun permet de réduire le nombre d’autos en circulation. S’il est électrifié, la baisse de pollution est encore plus prononcée. 

Il faut faire vite, car l’argent est disponible en ce moment au provincial et au fédéral.

Il y a un engouement certain pour le transport en commun. On l’a constaté dans la vaste majorité des interventions lors des consultations publiques menées depuis juin. Les comités de citoyens et citoyennes, les conseils de quartier, les groupes écologiques, les jeunes de Québec pour la mobilité durable, les gens d’affaires, les promoteurs immobiliers aussi se manifestent. Plusieurs associations étudiantes réclament une tarification réduite depuis des années.

Tous les enthousiastes d’un système public de transport sont donc invités à le faire savoir dans une manifestation familiale le 22 octobre à 14h, au parc de l’Amérique-Française.

Emilie Frémont-Cloutier, Collectif pour un transport abordable et accessible à Québec

Étienne Grandmont, Accès transports viables

Anne-Valérie Lemieux Breton, Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (REPAC) 

Francois G Couillard, Subvercité

Le monde de Côté

Le monde de Côté
André-Philippe Côté

Point de vue

Croire que demain peut être meilleur

Depuis mon arrivée à la présidence du Mouvement Desjardins, il y a un an et demi, je suis allé à la rencontre des jeunes de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches et d’ailleurs au Québec. Ils m’ont parlé des difficultés qu’ils ont à surmonter, mais aussi de leurs ambitions. Ils m’ont parlé du monde dans lequel ils aimeraient vivre. J’ai aussi rencontré des adultes, souvent bénévoles, qui font une différence dans la vie de ces jeunes. Qui sont pour eux des modèles aimants et inspirants.

Nous profitons d’ailleurs de la Semaine de la coopération, tenue du 15 au 21 octobre, pour apporter un soutien particulier aux  Auberges du cœur. Les 30 Auberges du cœur présentes au Québec hébergent et accompagnent plus de 3500 jeunes par année. Des jeunes de 12 à 30 ans qui sont en difficulté, bien souvent sans abri, et dont la grande majorité n’a pas complété son 5e secondaire. 

Les Auberges du cœur aident ces jeunes à retrouver confiance en eux-mêmes. À reprendre espoir en l’avenir. Les intervenants qu’on y retrouve sont là pour écouter les jeunes, pour les accompagner et les encadrer dans leurs démarches. Pour les guider vers la réintégration sociale, vers un retour aux études, la recherche d’un emploi ou d’un logement. Il y a notamment quatre Auberges du cœur à Québec, d’autres à Lévis, Saint-Georges, Rimouski et La Pocatière.

Société plus inclusive 

De nombreux jeunes m’ont dit qu’ils souhaiteraient avant tout que notre société fasse une meilleure place à chacun et chacune. Qu’elle les accepte avec toutes leurs différences. Ils questionnent aussi un modèle économique qui n’en a que pour le profit à court terme, sans égard pour les personnes, sans égard pour la nature.  

Je partage leurs préoccupations. Le fort sentiment d’exclusion économique et sociale ressenti par de nombreux jeunes doit être pris au sérieux. Le monde d’aujourd’hui nous le démontre clairement : laisser croître le nombre des exclus n’est pas une voie de progrès praticable à long terme. Tous ont besoin de croire que demain peut être meilleur. Qu’ils pourront améliorer leur situation, celle de leur famille, celle de leur communauté. 

Dans notre recherche d’une société plus humaine et inclusive, je suis convaincu que les coopératives ont un rôle important à jouer. Elles peuvent aussi représenter pour les jeunes un modèle inspirant. Car les coopératives existent, d’abord et avant tout, pour répondre aux besoins de leurs membres. Elles sont inspirées par des valeurs fortes : l’entraide, la solidarité, l’argent au service du développement humain. Elles travaillent dans une perspective de long terme.

À l’occasion de la Semaine de la coopération, je vous invite donc à appuyer vos organismes locaux qui soutiennent le succès des jeunes. Qui leur présentent une offre diversifiée de loisirs. Qui les encouragent dans l’adoption de saines habitudes de vie et dans la persévérance scolaire. Qui les soutiennent aussi dans leur insertion sur le marché du travail ou dans la concrétisation de leur projet d’entreprise. 

Construire, avec les jeunes, une société plus inclusive, plus respectueuse des personnes et de l’environnement, c’est le défi que je nous invite à relever tous ensemble. 

Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins

Point de vue

Gilles Lehouillier mérite un autre mandat

Lettre à Monsieur le maire de Lévis, Gilles Lehouillier

Je veux d’abord vous féliciter pour l’ensemble de votre mandat. Je ne doute pas une seconde que les Lévisiens vous feront confiance pour un autre mandat. Vous êtes un de nos concitoyens parmi les plus riches d’expérience en terme d’administration municipale, vous êtes un passionné reconnu de notre ville, joyeusement étalée sur les rives du Saint-Laurent, et vos réalisations au cours des dernières années, dans la plupart des champs sous votre juridiction, sont notables, notamment dans l’aménagement du territoire, dans la réalisation d’équipements sportifs qui font l’envie de tous et dans le dynamisme de nos institutions culturelles. 

Tout l’été, j’ai assisté à des concerts et des récitals en plein air partout, sur des sites naturels émouvants, j’ai fréquenté l’Anglicane, la Galerie Louise-Carrier, la Maison natale de Louis-Fréchette et bien d’autres lieux où se tenaient des festivals fort courus, et j’ai été toujours conquis par la qualité des artistes et des spectacles gratuits, notamment ceux de notre orchestre symphonique. La région est bourrée de talents et on aimerait que la presse le souligne plus généreusement en révélant un avenir prometteur dans le domaine des arts et de la culture, comme on le fait dans le monde sportif.

Les services de base donnés à la population sont de premier niveau et les nombreuses récompenses remises à notre ville chaque année, toujours dans le peloton de tête sur les questions de sécurité et de bonheur de vivre, témoignent de la vigilance des équipes de fonctionnaires au travail. Lévis demeure un impressionnant théâtre panoramique à ciel ouvert, un lieu unique au monde et ses vieux quartiers verts tiennent d’un romantisme exclusif. Et que dire des crépuscules chaque jour de chaque saison, quand le soleil se noie sur les plaines d’Abraham, en construisant un pont d’or entre les deux rives du Saint-Laurent et que le ciel se tapisse en camaïeu d’orangé?

On voudrait bien une publicité commerciale plus discrète le long de nos boulevards, on souhaiterait une plus grande attention des employés de voirie qui déneigent nos rues et ruinent en deux ans les nouveaux trottoirs en béton qui ne résistent pas aux coups de gratte, on apprécierait grandement que certains commerces mènent leurs activités lourdes à l’arrière de leurs bâtisses, au respect des règlements, mais l’éducation populaire portée par le journal municipal de belle facture technique et didactique permet d’éveiller tout le monde à l’art de vivre harmonieusement en ville. L’été, Lévis se fleurit partout aux grandes intersections et dans nos vieilles artères.

Et il ne faut jamais oublier que le développement économique de notre cité doit se faire d’abord pour le bonheur des citoyens et non pour le profit des promoteurs qui doivent accepter les règles de la démocratie et respecter les grands principes d’un développement durable. Et le Conseil municipal, sans opposition, doit s’ouvrir aux groupes de pression réfléchis et bien articulés qui peuvent faire avancer ou améliorer notre désir de vivre ensemble la cité radieuse.

Michel Lessard, historien, Lévis

Carrefour des lecteurs

Désolée, M. Couillard

Notre premier ministre a démontré toute sa frustration envers les journalistes parce que ceux-ci n’ont pas dit ou écrit ce qu’il désirait voir et entendre.

Désolée et désolant, monsieur Couillard. Désolée, mais je n’ai pas aimé du tout votre sortie contre les journalistes. Ce sont eux qui posent les questions et c’est à vous d’y répondre! Désolant parce que vous n’avez pas tout le temps raison! Votre nouveau cabinet ne m’impressionne pas du tout parce que des ministres qui sont là depuis longtemps, trop longtemps, y sont encore. Votre jeu de chaises musicales ne trompe personne et c’est pour ça que vous êtes fâché. J’appelle votre remaniement un «show de boucane», vous ne trompez personne. J’irai même jusqu’à dire que c’est de valeur qu’on ne puisse changer de premier ministre lors d’un remaniement. C’est indigne d’un premier ministre de s’en prendre aux médias comme vous l’avez fait!

Madeleine Boucher, Québec

***

CÔTE-DE-BEAUPRÉ NÉGLIGÉE

Nous avons vu dans les dernières semaines la MRC de la Côte-de-Beaupré demander de l’aide financière afin, notamment, d’embellir le boulevard Sainte-Anne en prévision du passage chez nous des convois diplomatiques du G7. En circulant quotidiennement sur cette artère mal-aimée, un amoureux de sa région comme moi a pourtant vu dans les dernières années de nombreux édifices à condominiums pousser à quelques pas des chutes Montmorency ou remplir les terres agricoles le long du fleuve à L’Ange-Gardien où l’on a aussi fait des développements où l’arrière des maisons donne sur la 138. 

À Sainte-Anne-de-Beaupré, un véritable mur de terre accueille maintenant le visiteur pour cacher de nouvelles résidences qui, elles, profiteront de la vue sur le fleuve. Un nouveau centre médical réussit depuis peu à faire de l’ombre à la Basilique et n’offre à la 138 qu’un immense mur… de côté. Je rajoute à la liste des mauvaises herbes qui remplissent tranquillement le terre-plein de briques ou de ciment, notamment aux abords de la Basilique, une affiche «Bienvenue sur la Côte-de-Beaupré» érigée à grands frais qui n’est plus éclairée depuis longtemps, des champs en friche qui côtoient campings, concessionnaires, entrepôts, résidences, affiches publicitaires… Nos élus, négligents, animés d’aucune vision d’ensemble et cédant sans cesse aux promoteurs, acceptant n’importe quoi, devraient être gênés de quêter pour masquer leurs propres erreurs.

Maxime Roberge, Château-Richer

Point de vue

Salaire minimum à 15 $: M. Couillard nous doit au moins ça

Aujourd’hui, des salarié-es de tous les horizons, des citoyennes et des citoyens descendront dans les rues de Montréal pour réclamer l’augmentation du salaire minimum à 15 $. Plusieurs groupes qui participeront à la marche, dont la CSN, revendiquent également la détermination obligatoire de l’horaire au moins cinq jours à l’avance et à l’octroi annuel de 10 jours de congé payé en cas de maladie ou de responsabilité familiale.

Ces demandes sont à la base de la campagne 5-10-15, visant à aider tout individu se situant au plus bas de l’échelle salariale à se sortir de la précarité et de la pauvreté. Ces mesures adouciraient le quotidien d’un grand nombre de femmes, puisqu’elles occupent encore la majorité des emplois payés au salaire minimum. Elles sont plus nombreuses à être rémunérées sous le seuil de pauvreté, et doivent souvent s’absenter du travail pour répondre aux obligations familiales. En 2015, elles ont eu besoin de 72 heures en moyenne pour s’occuper d’un proche, comparativement à 17 heures chez les hommes. Les femmes immigrantes et autochtones sont des groupes particulièrement touchées par ces discriminations systémiques.

Le gouvernement dit vouloir atteindre l’égalité entre les sexes par le biais de sa Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes, mais il continue de refuser ces mesures somme toute modestes. Philippe Couillard parle des deux côtés de la bouche. Il prétend tout faire pour assurer l’autonomie financière des femmes, mais leur complique grandement la tâche pour y arriver. Il a mené une guerre sans merci aux employé-es de la santé et des services sociaux, principalement des femmes, par ses politiques d’austérité accablantes et disons-le, sexistes.

La hausse d’est en ouest

L’Ontario, avec laquelle le premier ministre fait front commun dans d’autres dossiers, a annoncé qu’elle irait de l’avant avec le salaire minimum à 15 $ en 2019. L’Alberta, elle, l’adoptera dès 2018. Le fait que des femmes dirigent ces provinces n’a sûrement pas nui. Le Québec peut d’ailleurs faire beaucoup mieux en matière d’accessibilité des femmes à ce type de fonctions. 

Mais l’influence des femmes en politique n’est pas le seul facteur. La Colombie-Britannique, dirigée par le néo-démocrate John Horgan, a emboîté le pas à l’Ontario et à l’Alberta par l’annonce, en août, d’une hausse similaire pour 2021. Le Québec, lui, reste fixé à 12,45 $ l’heure en 2020. Rien pour écrire à sa mère. 

Encore une fois, la rhétorique de l’Institut économique de Montréal et du Conseil du patronat a trouvé un bon écho auprès des têtes dirigeantes du parti libéral. Mais n’en déplaise à Philippe Couillard, augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure ne nuira pas au marché de l’emploi; qu’on cesse donc de nous brandir cet épouvantail. Une telle mesure aura plutôt comme effet de stimuler l’économie, comme en Colombie-Britannique où une augmentation de 28 % du salaire minimum a produit en 2010, selon l’Institut de recherche socio-économique (IRIS), un effet positif direct sur la consommation. 

De plus, contrairement aux prétentions des ténors néo-libéraux, aucune perte nette d’emploi n’a été constatée à la suite de cette hausse. On sait que le sujet est chaud aux États-Unis et c’est aussi à cette conclusion que sont arrivés, en 2014, plus de 600 économistes américains de l’Economic Policy Institute, qui compte dans ses rangs plusieurs prix Nobel. 

En ce mois de l’histoire des femmes où on met de l’avant leur contribution exceptionnelle aux enjeux de société, ne conviendrait-il pas que les libéraux s’engagent résolument en faveur des moins nantis-es du Québec? Avec les surplus de 12 milliards $ engrangés par leur saccage en santé et services sociaux, il serait de bon aloi qu’ils accèdent aux demandes légitimes de celles et ceux qui envahiront les rues de Montréal. Mais encore faudrait-il qu’ils admettent les besoins criants pour agir. La perspective de l’appel aux urnes pourra-t-elle opérer ce miracle? 

Véronique De Sève, vice-présidente à la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Point de vue

1734-2017 : De Marie-Josèphe à Dominique

Le remaniement ministériel au Québec vient d’élever la ministre de l’Économie, madame Dominique Anglade au rang de vice-première ministre. C’est une grande première très importante en ce moment où on discute beaucoup de l’organisation d’une commission sur le racisme systémique : les parents de madame Dominique Anglade étaient d’origine haïtienne. Une brillante femme résiliente ayant perdu ses parents dans le tremblement de terre en Haïti.

En 1996 alors que j’allais en Haïti après 17 ans d’absence avec le magazine transatlantique et au même moment qu’une délégation canadienne conduite par le ministre des Affaires étrangères d’alors, je m’étais trouvée dans le même avion que les parents de Dominique Anglade, à savoir Georges Anglade, cofondateur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) où il a enseigné la géographie, ancien ministre en Haïti après la dictature. Son épouse Mireille Neptune était enseignante et militante féministe. 

En 2010, j’étais sidérée d’apprendre la mort du couple Anglade dans le tremblement de terre en Haïti. Au service funèbre à la basilique Notre-Dame de Montréal, j’étais impressionnée de la résilience de Dominique Anglade et de sa sœur qui s’est renforcée d’année en année. Au lieu de sombrer dans la déprime, madame Anglade, indépendante de fortune grâce à son mari qui a fait son argent dans les nouvelles technologies, s’est engagée dans une carrière professionnelle en entreprise et a mis au point l’organisme KANPE avec son amie Régine Chassagne du groupe musical Arcade Fire et qui a déjà contribué pour des millions de dollars dans des projets humanitaires locaux en Haïti.

Une première

Suivant l’exemple de ses parents, Dominique Anglade s’est lancée en politique avec la Coalition Avenir Québec (CAQ) avant de diriger à Montréal International où le premier ministre Couillard est allé la chercher pour lui offrir l’important ministère de l’Économie, une première pour une femme noire au Québec et au Canada.

Mme Anglade a livré la marchandise au point que l’économie du Québec n’a jamais été aussi florissante qu’actuellement. Sa nomination comme vice-première ministre apaise un peu la mémoire des souffrances de l’esclave noire Marie-Josèphe Angélique, condamnée injustement et exécutée à Montréal en 1734.

Nous l’avons fait réhabiliter avec l’équipe du Magazine transatlantique le 20 février 2012 par la désignation d’une place adjacente à la station de métro Champ-de-Mars, comme nous l’avions aussi fait pour une rue à Québec en l’honneur de Mathieu Dacosta, cofondateur africain du Canada en 1604 et de Québec en 1608. Pour qui également nous comptons inaugurer une nouvelle rue à Rivière-des-Prairies, dans l’est de Montréal. Il est aussi important de souligner récemment que Postes Canada vient d’émettre un timbre à son effigie. 

Des actes concrets comme la nomination de madame Anglade créent des modèles et font reculer le racisme, tout comme d’autres moyens, comme les enquêtes et des commissions…

Mercedes Durosel, présidente de l’Association Economico féminine multi ethnique (AECOMETH) et ex-membre du conseil consultatif canadien sur la situation de la femme (C.C.C.S.F.), Montréal

Point de vue

L’Université TÉLUQ : le savoir accessible

En septembre dernier se déroulait la cérémonie de la collation des grades des étudiants de l’Université TÉLUQ. Quelques semaines auparavant, c’était la rentrée. Ces moments forts vécus dans nos universités me font réaliser, comme dirigeant d’université, à quel point nous avons une grande responsabilité et un devoir de donner le meilleur à nos étudiants qui bâtiront notre société de demain.

Le développement des talents et des compétences est influencé par l’évolution rapide des savoirs. Plusieurs études suggèrent que la majorité des emplois qu’occupera la prochaine génération n’existent pas présentement. La recherche et l’innovation constituent l’une des clés pour répondre à ce défi sociétal, et l’atteinte ne pourra se faire sans l’instauration d’une culture de collaboration entre les divers acteurs impliqués.

Cette réalité nous oblige à revoir nos façons de faire et à nous concentrer sur nos forces respectives avec, comme toile de fond, le service à l’étudiant et, par le fait même, le service à la société. En ramenant l’étudiant au cœur de nos décisions, nous nous assurons de choisir la bonne voie.

Dans un contexte où le financement influe sur les capacités de progression des universités, la mutualisation des ressources et des expertises est un élément central pour rendre accessible le savoir rapidement et à moindre coût, et favoriser un dégagement de ressources facilitant l’émergence des expertises de chaque établissement d’enseignement.

Il s’agit d’une question d’accès au savoir, principe phare à la base même du modèle de l’Université TÉLUQ. Nous l’aurons compris, l’accessibilité ne saurait se limiter à une dimension purement technologique. Une formation accessible et de qualité est un enjeu majeur pour assurer l’essor d’une société prospère, innovante et tournée vers l’avenir, et ce, partout au Québec. Lors de la collation des grades, un diplômé me mentionnait justement que sans cette accessibilité, il n’aurait pas été présent pour célébrer sa réussite. C’est donc pour tous ces étudiants et leur contribution à l’évolution de notre société que nous devons accélérer la transformation de notre offre d’enseignement au Québec.

Stratégie numérique

La Stratégie numérique du Québec est en cours d’élaboration. Elle est attendue et vivement souhaitée pour donner de l’impulsion au développement de l’enseignement supérieur. Les acteurs des réseaux universitaire et collégial seront certes appelés à y jouer un rôle de premier rang. En prenant appui sur les forces et les caractéristiques distinctives de chacun des établissements, nul doute que le Québec se dotera des conditions gagnantes pour relever les nombreux défis en matière de formation.

Collectivement, nous n’avons pas les moyens de nous priver du talent présent partout sur notre territoire. Retenons qu’une formation accessible et de qualité est un enjeu majeur pour assurer la démocratisation du savoir, peu importe où le talent se trouve, et ainsi répondre aux besoins de notre société d’aujourd’hui et de demain.

Martin Noël, directeur général, Université TÉLUQ