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À quasiment 79 ans, Jobin est toujours très actif.
À quasiment 79 ans, Jobin est toujours très actif.

Pourquoi courir quand on peut marcher?

Isabelle Gagnon
Isabelle Gagnon
Collaboration spéciale
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CHRONIQUE / Le sport que je vous présente aujourd’hui est parfois connu, mais plus souvent qu’autrement méconnu!

Ça vous dit quelque chose, «le fou en pyjama»? C’est le titre d’un livre sorti en 1980, racontant une partie de la vie du marcheur olympique Marcel Jobin, connu sous ce nom non seulement au Québec, mais aussi au niveau canadien et mondial. Il fut qualifié ainsi par le port de survêtements amples, marchant «d’une drôle de façon» dans les rues de son voisinage en Mauricie!

Cette discipline olympique n’est pas la plus populaire en athlétisme. Elle est apparue aux Jeux de Londres en 1908, et se caractérise par un déplacement incluant un très grand déhanchement. Cette technique permet de respecter une des règles primordiales, soit qu’un des deux pieds touche toujours le sol. Aussi intrigant que cela puisse paraître, cette discipline est très technique et demande beaucoup de concentration pour maintenir la biomécanique du déroulement de pied au sol.

Marcel, né dans la petite ville de Parent en Haute-Mauricie dans les années quarante, est l’un des pionniers que l’on peut honorer pour avoir fait parler de ce sport. Il a commencé en 1968, à la suite d’une rencontre avec l’athlète d’exception de cette discipline, Yvon Groulx. Ce dernier initia Jobin, qui délaissa la pratique de la course à pied, de la raquette, du vélo et du hockey pour se lancer ce défi sportif encore inconnu à l’époque.

Dès sa première saison, il gagnera le championnat québécois de 20 km, sera champion de l’est du Canada et mettra la main sur la troisième place au championnat américain à Boston. De plus, il fera belle figure à quatre Jeux panaméricains auxquels il a pris part à Cali en 1971, à Mexico en 1975, à San Juan en 1979 et à Caracas en 1983.

Dès 1972, par sa victoire au championnat canadien au 20 km, il fera partie de l’équipe canadienne. Malheureusement, il ne pourra participer aux Jeux olympiques de Munich pour des raisons budgétaires. Il se reprendra donc aux Jeux de 1976, fierté à son comble, en terminant 23e à Montréal. Déçu par le boycott des JO en 1980 à Moscou, il se reprit en 1984 aux Jeux de Los Angeles, terminant 21e au 20 km.

Il cumulera par la suite de nombreux titres canadiens dans des compétitions intérieures et extérieures sur 1500, 3000 mètres, 5, 10, 20, 30 et 50 kilomètres.

Marcel Jobin

À quasiment 79 ans, Jobin est toujours très actif! Impliqué dans l’événement de course à pied le demi-marathon Marcel-Jobin, fondé en son honneur, il continue de garnir son musée de trophées, de records et d’honneurs, déclassant tous les adversaires de sa catégorie. Encore aujourd’hui, le fou en pyjama se dit toujours très compétitif. C’est d’ailleurs sa principale source de motivation pour compléter ses parcours extérieurs des environs et ainsi cumuler plus de 50 à 70 km de marche par semaine!

«Fournir des efforts en sachant que ça fait du bien à la santé physique et mentale» est aussi une autre inspiration de persévérance, pour cet athlète qui n’a jamais eu d’entraîneur.

Plus récemment, Mathieu Bilodeau est un autre athlète qui a fait parler de la marche athlétique. Issu de la pratique de nombreux sports, il a touché à la natation, au triathlon et au vélo de montagne en passant par la course, le ski de fond et le vélo sur route!

Athlète de talents, il avait quelque part au fond de lui cette soif de flamme olympique. Originaire de Québec, mais demeurant dans l’Ouest canadien pour son entraînement ainsi que son travail comme fiscaliste, Bilodeau n’a pas hésité longuement sur le processus de sélection l’amenant aux Jeux de Rio, lui laissant à peine un peu plus d’un an de préparation.

Tout commença un jour qu’il courait sur une piste: une dame du nom de Janice McCaffrey l’interpella en lui faisant remarquer qu’il avait un style «de marcheur». Belle coïncidence, cette athlète féminine en marche olympique devint sa mentore et lui permit de connaître les rudiments de base de cette technique de déplacement particulière. Constatant une progression remarquable, Mathieu atteint rapidement la motivation et la rigueur à l’entraînement, le plaçant déjà parmi les meilleurs au pays dès ses premiers événements compétitifs.

Malheureusement, cette histoire de rêve a failli lui coûter les Jeux, conséquence de quelques fractures de stress aux tibias des deux jambes reliées à un entraînement très intense. Il a dû porter une botte support plusieurs mois afin d’optimiser sa guérison.

Mathieu dut user de persévérance, de résilience et de détermination pour atteindre son objectif et pour accomplir ses entraînements. Grandement encouragé par sa conjointe, il lui arriva quelques fois de se faire narguer, se faire cracher dessus, filmer par simple mauvaise foi, en traversant par exemple les grandes artères de Trois-Rivières pour ses longs entraînements. Tellement pathétique tout ça!

D’un autre côté, il arrive aussi que plusieurs curieux l’encouragent par klaxon ou grands sourires, lorsqu’il complète ses quelque 50 kilomètres de marche en une seule sortie. D’ailleurs, afin d’être à la hauteur des grands, il cumule certaines semaines plus de 230 km de marche. Des camps d’entraînement en altitude avec l’équipe canadienne sont planifiés pour la préparation d’événements majeurs. Tokyo en mire et pratiquement atteint, il réfléchit déjà à Paris...

Alors, est-ce que ces parcours vous donnent envie d’essayer la marche olympique? Avouez que c’est un sport intrigant!

Mathieu Bilodeau, lors du Demi-marathon Marcel-Jobin l’été dernier à Saint-Boniface.