Voyage dans le temps sur Grande Allée [PHOTOS ET VIDÉO]

Raphaëlle Plante
Raphaëlle Plante
Le Soleil
Dans la vaste résidence du 625, Grande Allée Est, à Québec, la clientèle de la nouvelle auberge de jeunesse est invitée à faire un voyage dans le passé à travers les éléments architecturaux préservés depuis sa construction.

L’auberge de jeunesse QBEDS, qui a ouvert ses portes le 3 juillet, propose un dialogue entre histoire et modernité. La demeure victorienne où elle s’est installée a une valeur patrimoniale jugée exceptionnelle, indique-t-on dans le Répertoire du patrimoine bâti de la Ville de Québec.

Construite en 1899-1900 pour le fabricant de chaussures William A. Marsh, cette résidence bourgeoise a par la suite été occupée notamment par l’École des sciences domestiques de l’Université Laval (1947-1966) et le restaurant La Vieille Maison du Spaghetti (1976-2019). Ces vocations ont grandement transformé la maison, notamment par des agrandissements à l’arrière. Le décor intérieur a néanmoins été préservé en grande partie, comme en témoignent les nombreuses boiseries dans les pièces du rez-de-chaussée.

C’est là que se concentrent aujourd’hui les services de l’auberge de jeunesse, que Le Soleil a visitée en compagnie de François Moffet, l’un des associés dans ce projet. Les papiers peints d’époque ont été remplacés par de nouveaux où les animaux sont à l’honneur, par exemple des oiseaux dans le bar-lounge et la salle de lecture. «On voulait conserver le cachet vintage, mais avec une touche plus ludique et colorée», signale M. Moffet.

Le promoteur Douville, Moffet & Associés a investi pas moins de 3,5 millions $ pour aménager l’auberge de jeunesse, qui compte cinq étages.

Le rez-de-chaussée accueille la réception ainsi que la cuisine commune, la salle à manger et des aires de détente réservées aux clients de l’auberge, tandis que le bar-lounge EXPAT est accessible à tous. Il comprend deux sections de même qu’une salle pouvant accueillir des groupes, sans oublier la terrasse.

Les trois étages supérieurs sont réservés aux chambres — 12 dortoirs comprenant de 4 à 16 lits, dont un uniquement pour les femmes, et quatre chambres individuelles au dernier étage. Chacune est peinte d’une couleur différente, vive ou pastel. Certaines sont munies d’un foyer d’époque, non fonctionnel aujourd’hui. Les vieux calorifères sont, eux, toujours en fonction, tandis que l’air conditionné a été ajouté dans les pièces. «On a essayé de garder les mêmes divisions qu’avant, c’est pourquoi les dortoirs ne sont pas tous de mêmes dimensions», signale François Moffet.

Dans la cage d’escalier qui relie le rez-de-chaussée aux étages, du tapis foncé recouvre les marches et les murs, créant une ambiance feutrée et permettant surtout d’atténuer le bruit. Le plancher de la plupart des pièces est composé de liège, «plus performant au niveau acoustique», note M. Moffet. 

«Un manque à Québec»

Alors que le Vieux-Québec ne compte qu’une seule auberge de jeunesse — HI Québec sur la rue Sainte-Ursule — François Moffet estime qu’il y avait vraiment un manque dans la capitale pour ce type d’hébergement touristique.

L’auberge QBEDS (prononcé à l’anglaise) devait d’abord s’appeler YQBEDS pour faire un clin d’œil à l’aéroport Jean-Lesage (YQB), mais l’administration de l’aéroport n’a pas accepté l’utilisation de cette référence, indique M. Moffet. Il a tout de même été décidé d’adapter cette idée et de garder un nom à consonance plus anglophone, comme l’auberge de jeunesse mise avant tout sur une clientèle internationale.

En raison de la COVID-19, la fréquentation du nouveau lieu d’hébergement est peu élevée, ce qui «permet un rodage en douceur». 

Lorsque la situation le permettra, la clientèle pourra aussi avoir accès aux aires communes dans le demi sous-sol, qui comprend buanderie, salle de cinéma et salles de jeux.

Info : qbeds.ca

Dans les dortoirs, chaque lit est muni d’un rideau pour plus d’intimité, ainsi qu’une prise de courant et une lumière de lecture.

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L'EXTÉRIEUR

En 1899, l’homme d’affaires William Alfred Marsh se fait construire une grande résidence entre deux séries de maisons en rangée sur la Grande Allée. C’est l’architecte Charles John Gibson qui dresse les plans de la demeure, inspiré par le courant éclectique qui animait le tournant du siècle et caractérisé par la variété des formes et des matériaux utilisés. Le tout se combine de façon à créer des façades originales. M. Marsh était le fabricant de chaussures le plus important de la capitale. Son entreprise, la W.A. Marsh Shoe Manu­facturing, était située en basse-ville, au coin des rues Dorchester et Saint-Vallier.

Maison Marsh peu de temps après sa construction (vers 1900)

LE HALL

Le hall à l’anglaise de la maison Marsh, vers 1900. Il s’agissait du «centre nerveux» de la résidence, servant à la fois de salle de séjour et de salle de réception lors des grandes soirées. Un petit orchestre pouvait prendre place sur la galerie surplombant le foyer. Aujourd’hui, cette pièce est occupée par le bar-lounge EXPAT de l’auberge de jeunesse, accessible à tous. Les boiseries ont été préservées au fil du temps, notamment les caissons muraux, les pilastres et les entablements de style néo-classique autour des portes, les niches avec verre givré de chaque côté du foyer, la balustrade et les colonnes de style ionique de la galerie (avec chapiteau à volutes)…

Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh

L'ESCALIER

À l’origine, on accédait à l’escalier menant à l’étage directement au fond du hall. L’arcade et les colonnes sont toujours présentes, mais il a fallu fermer la pièce par un mur coupe-feu lors des rénovations. L’escalier se trouve derrière et poursuit sa descente en ligne droite.

Escalier du hall, vers 1900. Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh

LA SALLE À MANGER

La salle à manger vers 1900. Le mur sous l’arc a été supprimé depuis. On y retrouve aujourd’hui une deuxième section du bar-lounge EXPAT, où meubles contemporains et d’époque en velours se côtoient. Les boiseries sont semblables à celles du hall.

Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh

LE BUREAU

Le bureau de William A. Marsh au rez-de-chaussée, vers 1900. Cette pièce, dont les fenêtres donnent sur la Grande Allée, a été entièrement peinte de couleur bleu nuit. Elle est un prolongement du bar EXPAT pour accueillir des groupes.

Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh

LES SALONS

La maison Marsh comportait deux salons : un au rez-de-chaussée et un autre au premier étage — où se trouve aujourd’hui l’un des dortoirs de l’auberge de jeunesse.

Salon situé du côté est du vestibule, rez-de-chaussée, vers 1900. Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh
Vue du salon au 1er étage, vers 1900. Source Université Laval, Collection Mrs. D. Marsh