Rangée de fleurs au lendemain de la double attaque terroriste, à la voiture bélier et à l'arme blanche, qui s'est déroulée dans le quartier de Westminster, à Londres, le 22 mars 2017.

Urbanisme et attentats: attention à l'«architecture de la paranoïa»

LONDRES — Comme d'autres villes touchées par le terrorisme, Londres a adapté sa physionomie pour se protéger contre les risques, en particulier ceux d'une attaque à l'aide d'un véhicule, comme cela s'est produit à Westminster il y a un an. Mais attention à ne pas créer une «architecture de la paranoïa», avertit le professeur Jon Coaffee, du département d'études politiques et internationales de l'université de Warwick.

Question: Quelles mesures concrètes ont été prises à Londres en matière d'aménagement de l'espace public, pour lutter contre le terrorisme?

Réponse: Depuis le début des années 1990, Londres a ouvert la voie en matière de sécurité antiterroriste urbaine en formant des «cercles d'acier» (rings of steel), dans les quartiers financiers de la ville et des Docks de Londres, avec des postes de contrôle stratégiquement placés, des bornes et une surveillance high-tech, auxquels s'ajoutait une présence policière vigilante et visible en période de menace élevée.

Au cours de la dernière décennie, des mesures supplémentaires ont été déployées, centrées sur ce qu'on appelle la zone de sécurité du gouvernement qui englobe Whitehall [une rue qui regroupe plusieurs ministère] et le palais de Westminster, où les bornes anticollision, les barrières dissimulées sous des balustrades et de façon plus visible, des barrières en acier entourant le Parlement, font désormais partie du décor. Ces dernières mesures ont été mises en place à la suite des attentats du 11 septembre et du 7 juillet [2005 à Londres] en raison des craintes d'attaques aveugles ciblant des lieux publics. Les attaques terroristes à l'aide de véhicules ces dernières années dans un certain nombre de villes dans le monde mettent en évidence la menace sans fin que doivent affronter les villes dans la «guerre contre le terrorisme» et la nécessité d'une riposte proportionnée.

Question: Comment Londres a-t-elle changé depuis l'attaque du pont de Westminster?

Réponse: De plus en plus d'espaces publics et d'infrastructures de transport ont été protégés par des blocs de béton ou des barrières métalliques.

Des barrières et des dispositifs de sécurité temporaires ont également été déployés, comme des pointes placées sur le sol, pour tenter d'empêcher les attaques à l'aide de véhicules, lors d'événements. En outre, il y a eu un grand déploiement de policiers armés dans la rue afin de rassurer le public, également à travers le Project Servator [des déploiements policiers non annoncés, mis en place depuis 2014 par la City of London afin de dissuader et détecter l'activité terroriste].

Question: Quelles sont les conséquences?

Réponse: Les mesures de sécurité, parfois appelées «théâtre de sécurité», visent à donner l'impression qu'un lieu est protégé et impossible à attaquer par l'utilisation de dispositifs ressemblant de plus en plus à une forteresse, notamment des bornes, des barrières et des caméras de sécurité, combinés avec une présence policière très visible. L'inconvénient de créer une telle «zone de sécurité» est qu'elle peut créer une «architecture de la paranoïa» que les gens pourraient craindre fréquenter.

Plutôt que de provoquer une impression de sécurité, cela met en avant la possibilité d'une attaque, induisant une sorte d'agoraphobie sécurisée.

De même, un endroit très protégé pourrait devenir une cible de choix pour une attaque terroriste, compte tenu de l'importance de la prise que cela représenterait, en termes d'image, si un terroriste réussissait à pénétrer une sécurité supposée inattaquable.