Une maison vivante et sans flafla

La maison de Sean et Marie-Hélène est érigée sur un immense terrain, dont la moitié est recouverte d'eau. Normal : Sean est scaphandrier. «Et un scaphandrier a besoin d'un lac.»
Ainsi parle André LeBlanc, un entrepreneur de Beaupré qui, fidèle à son habitude, a tissé des liens d'amitié avec ses clients. Leur maison de Saint-Ferréol, il a mis cinq mois et demi à la construire sur le terrain de 55 000 pieds carrés que Sean avait acheté neuf ans auparavant. André LeBlanc a suivi les plans du jeune homme. «Je suis visuel, j'ai des idées fermes sur la décoration et le design», confie Sean qui se trouvait à Saint-Ferréol-les-Neiges au moment de la visite du Soleil, entre deux séjours à l'étranger pour son travail.
Leur rencontre tient du plus grand des hasards. Sean faisait son jogging dans un secteur de Saint-Ferréol. M. LeBlanc était en train de travailler autour d'une maison que Sean trouvait très belle. «Je cherchais un entrepreneur local», raconte-t-il. En bavardant avec André LeBlanc, Sean a non seulement appris que sa firme était à Beaupré, mais il a aussi réalisé qu'il connaissait son fils Alex, menuisier et gestionnaire de projet. Les astres étaient bien alignés.
Structure de bois
Située à proximité du mont Sainte-Anne, la maison s'intègre bien à son quartier paisible et à la nature environnante. Elle se distingue par sa structure de bois et par ses poutres de sapin Douglas de 25 pieds de longueur, taillées «hors coeur» pour éviter qu'elles tordent. La charpente et le bel escalier de chêne sont l'oeuvre d'Épure, une entreprise du coin. «Ils vont eux-mêmes trier leur bois dans l'Ouest», mentionne Sean.
Notre visite a commencé par la mezzanine. Sean imaginait une man-cave là-haut, avec un bar, de la musique et toutes sortes de gadgets pour ses amis sportifs. La vie en a décidé autrement... La mezzanine est devenue le paradis des deux enfants du couple, Lily, 4 ans, et Tom, 3 ans. Marie-Hélène s'y est aussi aménagé un petit coin bureau. La chanceuse a une vue sur la montagne. 
Un grand débarras longe cet espace. Le couple a eu la brillante idée d'insérer des lits superposés à l'entrée. Quand la porte est ouverte, on a l'impression qu'ils font partie de la mezzanine.
Les chambres sont au sous-sol. C'est fou comme le bois peut ajouter du caractère à une maison. Première impression? Les chambres et la chouette salle des invités en mettent plein la vue. Et pourtant... non. C'est le bois qui fait illusion, dans les cadres des fenêtres, le parement des murs, le mobilier (Mà, Artemano, IKEA). Le décor, analyse-t-on, est plutôt sobre, confortable, chaleureux. On s'y sent bien. La lumière naturelle circule, le plancher radiant nous réchauffe sans nous étouffer, nulle part on ne se sent oppressé par un trop-plein de meubles ou de bibelots. 
Le rez-de-chaussée à aire ouverte est du même esprit, convivial et vivant, sans ostentation, conçu pour rassembler beaucoup de monde. La plupart des armoires de cuisine ont été achetées chez IKEA, mais quelques modules pris chez Réno Cuisine ont été amalgamés à l'ensemble tout à fait harmonieusement.
Noblesse des matériaux, grande cour bordée par un lac privé, espaces bien pensés : ça respire chez Marie-Hélène et Sean. La simplicité cache parfois beaucoup de travail, ce que confirme l'entrepreneur André LeBlanc : «La complexité de ce chantier a été un beau défi.»
28 jours dans une capsule
La vie des scaphandriers ressemble à celle des astronautes. Pendant un maximum de 28 jours, ils sont confinés, en équipe de trois, à une chambre aux dimensions d'une salle de bain. Ils ne la quittent que pour travailler dans le fond de la mer, six à huit heures par jour. 
Sean O'Neill fait partie du groupe restreint de six scaphandriers québécois offshore. Travailleur autonome, il est embauché pour raccorder des pipelines et pour inspecter des structures de béton et d'acier, par des entreprises de construction sous-marines, elles-mêmes engagées par des compagnies pétrolières.
Les scaphandriers bossent sept jours sur sept pendant la durée du contrat. Ils plongent jusqu'à 120 mètres de profondeur. Pour ne pas avoir à décompresser à la fin de chaque quart de travail, ils vivent dans une chambre hyperbarre qui maintient leur corps à une pression constante de 60 mètres. Cette chambre aussi petite qu'une salle de bain est branchée au câble et à Internet. Elle se trouve dans la cale du bateau. Ils l'atteignent en montant dans «une sorte de cloche» pressurisée.
Sean et ses collègues plongent en Arabie Saoudite, au Qatar, à Abou Dhabi, à Dubaï, en Malaisie... Ils voient peu de pays, considérant les exigences de leur métier. Les seules personnes qu'ils côtoient sont leurs compagnons de chambre hyperbarre. Ils croisent parfois des poissons gros comme des autos, le mérou, par exemple. Sean dit qu'il n'est pas dangereux, mais qu'il est très «territorial» : il pousse les plongeurs pour leur signifier qu'ils sont chez lui.
Quand son contrat est terminé, Sean n'a qu'une envie : retrouver sa blonde, ses enfants et sa belle maison.