Une maison inspirée de la Turquie

Louis Desrochers et sa femme Dominique Brillon sont soudés l'un à l'autre grâce à leur amour du Moyen-Orient. Ils ont métamorphosé leur bungalow de Charlesbourg en une résidence qui distille les couleurs et la sensualité de la Turquie, un pays dont ils sont «fous».
Louis y est allé la première fois en 1980 pendant ses études en architecture. «On était 16 étudiants, on se déplaçait dans deux minivans, relate-t-il. On a passé un mois à l'École d'architecture d'Istanbul et un mois à l'Université d'Ankara.» Son coup de coeur s'est déclaré là!
En 2004, il y a emmené Dominique, une professeure de danse orientale déjà éprise de cette culture. «Ç'a été mon premier voyage en avion», raconte-t-elle. Elle s'est sentie chez elle dès son arrivée à Istanbul. Ils y sont retournés ensemble quatre fois.
En 2001, ils avaient acheté dans Charlesbourg un bungalow typique de 1960. De l'extérieur, il est resté pareil. Et rien ne transpire des transformations intérieures que le couple lui a fait subir entre 2010 et 2015.
À l'origine, l'escalier menant au sous-sol se trouvait en face de la porte d'entrée située sur le côté de la maison. Louis a eu l'idée de le déplacer à l'avant, en retrait du salon, et d'ouvrir toute la cage d'escalier en abolissant un vestibule et la salle de bain coincée entre la chambre principale et la lingerie. L'escalier et le corridor du rez-de-chaussée profitent maintenant de la fenêtre de l'ancienne salle de bain.
La nouvelle salle de bain, elle, a été aménagée dans une chambre.
«On a vécu un certain temps avec deux escaliers», mentionne Dominique qui se souvient d'un sacré branle-bas pendant les travaux : «On a vidé le sous-sol pour l'aménager, ensuite on s'est installés au sous-sol pour refaire le haut.»
«Derrière la croûte moyen-orientale, il y a beaucoup de travail», renchérit Louis. C'est vrai qu'au premier coup d'oeil, la décoration prime sur l'architecture. Les murs grèges et paprika, les portes turquoise, les plafonds bleus, gris et paprika, les arches aux formes mauresques, les planchers de liège, les voilages sensuels, tous ces éléments donnent à ce bungalow des allures de petit souk.
Au fil de leurs voyages en Turquie, Dominique et Louis ont ramené des lampes, des narguilés, des sculptures et des mobiles en forme de derviches tourneurs, des tapis ravissants, des miniatures enluminées, des tables et des poufs qu'ils ont disséminés dans leur maison avec goût.
Catapultée à Instanbul
Dans la chambre principale, Dominique voulait se sentir «catapultée» à Istanbul. Son objectif a été atteint. Les couleurs chaudes, le faux baldaquin, la lampe de métal sculpté et les étoffes vaporeuses se marient au mobilier ancien avec harmonie.
Tout ce «glaçage», répète Louis, cache des interventions
majeures : l'isolation et l'aménagement du sous-sol (bureau, chambre, salle de cinéma maison, salle de bain, salle de lavage, atelier), l'agrandissement de la cuisine, le traitement acoustique des cloisons et des planchers, les travaux de plomberie et d'électricité, etc. La conception générale des espaces porte sa signature; la coloration et les finis intérieurs, celle du designer Alain Bouchard.
Le couple s'est imprégné de la Turquie au point de se plonger aussi dans son histoire et dans sa culture. Louis montre les tulipes, la fleur emblématique du pays, que Dominique a peintes sur le verre de la douche et de la table de la salle à manger. Il désigne les poignées de porte en forme d'aubergine, le légume national, qu'ils ont dénichées à la boutique de Québec Hors Série. Dans son bureau, au sous-sol, il a accroché une photo de Mustapha Kemal, le premier président de la République turque, en 1923. 
Dominique Brillon souffre d'électrosensibilité. Sa maison est son refuge contre les ondes provenant du Wi-Fi, des antennes et des compteurs électriques. Après avoir peint toute la maison, elle a appris qu'il existait une peinture au graphite qui éloigne ces ondes. «C'était comme appliquer du pouding», explique-t-elle. Elle a donc recouvert les murs de cette peinture noire, puis recommencé le laborieux travail de la couleur.
En rafale
Le coût: plus de 100 000 $
Un conseil: louez un espace pour entreposer vos meubles et vos accessoires non-essentiels. Idéalement, habitez ailleurs pendant les travaux.
Le défi: vivre sur place à trois durant un chantier qui touche toute la résidence.
Les anecdotes: le bureau d'architecte de Louis est situé dans la maison. «J'ai dû répondre à des appels téléphoniques accompagné du bruit des marteaux et des scies, relate-t-il. Le tout sous une bâche de polyéthylène afin d'éviter l'accumulation de poussière sur mes dossiers et sur mon ordinateur.» Une micro-perforation dans la baignoire neuve a presque noyé la gerbille domestique installée dans son vivarium, juste en dessous.