Une maison d'amour, longuement pensée

Il faut entendre Martin Godbout parler de sa «maison d'amour». Elle a même un nom, Cap-MaRé. Par les grandes fenêtres qui s'ouvrent au sud, le fleuve coule des jours heureux. Contagieux. Le bonheur est tangible dans cette propriété longuement pensée pour la vie à deux.
Technicien en architecture à la retraite, Martin Godbout a mis une bonne année à dessiner les plans à la main. Une maison de 49 pieds par 20 pieds qui viendrait se lover dans l'assise du chalet de sa belle-mère, à Cap-Santé.
«Avec les droits acquis, on a pu démolir et reconstruire dans la même empreinte, malgré qu'on n'ait rien gardé de l'ancien bâtiment.» Après avoir travaillé durant 36 ans à la Ville de Québec dans la réglementation municipale, il connaît la loi sur l'aménagement et l'urbanisme et a fait les démarches nécessaires.
Pour la réalisation de son projet, il a cherché un entrepreneur qui accepterait plusieurs demandes, dont celle de conserver à l'avant trois arbres matures, les «gardiens» de la maison. «L'été, le feuillage tempère les pièces. Mais de les garder a compliqué la tâche.»
Sur référence d'une proche, Martin Godbout s'est tourné vers Lortie Construction, dont le pdg s'est avéré être un ami de hockey. «Le défi était de demeurer son chum!» blague Serge Baribeau, qui était présent lors de la visite du Soleil. En parlant de Martin, il n'hésite pas à dire qu'il a mis «la tête, la main et l'épaule à la roue». Et l'autre de répliquer : «Nous, on a trouvé un entrepreneur qui est embarqué dans notre folie.»
Les plans manuscrits de la maison ont été vérifiés et révisés. Des ajustements ont été apportés à la grandeur des ouvertures. «Pour les fenêtres, on est allés dans les standards pour ne pas avoir de surplus de coûts», indique Martin Godbout. «On a mis du verre triple, parce qu'ici, le vent vient de loin.»
Site complexe
L'entrepreneur répondait à une autre exigence du couple, construire avec des murs préfabriqués pour limiter les déplacements sur le site et l'entreposage des matériaux.
La maison est située sur un chemin privé bordé par le fleuve d'un côté et par un chemin de fer du CN de l'autre. L'accès au site était difficile et la marge de manoeuvre, très restreinte. «On a fait les livraisons de reculons!» illustre Serge Baribeau.
La construction a débuté en mars 2016 pour aboutir en août. Martin Godbout a pris rien de moins que 1000 photos du chantier, et sait où passent les fils et la plomberie quand vient le temps de percer un mur.
Cape Cod et la campagne
À l'extérieur, les propriétaires ont choisi des matériaux en béton, sans entretien : déclin, bardeau, brique. Puis une fantaisie, de l'acier Corten sous les fenêtres, comme les panneaux ondulés et rouillés de l'édifice La Falaise apprivoisée, rue Saint-Vallier, signé par l'artiste Florent Cousineau. Ici, l'idée est de rappeler les bateaux qui passent sur le fleuve, de ramener le côté maritime sur la maison, explique Martin Godbout.
Cap-MaRé veut en quelque sorte revisiter Cape Cod et le Maine, que le couple aime beaucoup.
À l'intérieur, on retrouve de grandes fenêtres tournées vers l'eau. Des lattes en alternance imitent les plafonds des vieilles maisons et rythment les 49 pieds d'ouverture. Le blanc est partout, réchauffé par le bois et des pointes de vert. «Pas de laque ici, on voulait quelque chose qui fasse campagne», résume Martin Godbout.
Le couple, qui a aussi un pied-à-terre à Québec, a opté pour le thermoplastique et la mélamine dans la cuisine afin de limiter les frais. Une boulangère ouverte sert pour la vaisselle de tous les jours. Des luminaires noirs commandés sur Internet surplombent l'îlot. Un escabeau provient de l'épicerie du grand-père Godbout dans la basse ville de Québec dans les années 1920.
Partout, le moderne côtoie l'ancien. Le couple a su mettre en valeur le patrimoine familial : coffres, tonneau, tête de lit, cloches de collection, meubles du chalet démoli. «Ce n'est pas aseptisé», lance Martin Godbout.
Les chambres à l'étage sont con-fortables avec des vues imprenables sur le fleuve. «Cet automne, on était dans un mariage de couleurs orangées. C'était époustouflant!» lance-t-il, heureux d'avoir pu conserver ses arbres.
Le jeune retraité laisse sa trace un peu partout, des dessins, une étagère, un porte-bagages dans la chambre d'amis, la devanture d'un lit bateau dans la salle de bain, une lampe fabriquée en bois flotté au-dessus de l'escalier. «Moi, je suis artiste dans ma tête!»
Énergie et soleil
Fouettée par les vents, la maison a été conçue pour être autonome en cas de panne électrique prolongée. Cuisinière, chauffe-eau, foyer fonctionnent au gaz. Et une génératrice peut prendre le relais pour les pompes, la fosse septique et le plancher de béton radiant. Le confort est assuré en tout temps.
Autrement, c'est le soleil qui dicte tout dans cette maison. Martin Godbout montre le coin banquette, à l'est, où le couple déjeune le matin. Puis les activités se déplacent tranquillement vers l'ouest le reste de la journée, pour aboutir au salon, très cosy avec son foyer, ses tapis, ses coussins, ses souvenirs. Et toujours, la vue, qu'aucun rideau ne vient obstruer au rez-de-chaussée.