Une maison couverte d'art

Les oeuvres d'art suscitent des émotions. Comment les disposer sur les murs de la maison en préservant leur pouvoir de toucher nos coeurs? Quelques secrets d'un accrochage réussi.
Le style victorien d'une maison du quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec, a été magnifié grâce à la patience d'un designer et de son client. Non seulement ont-ils tout fait pour lui redonner son cachet, mais ils ont aussi réussi à la couvrir d'oeuvres d'art sans la transformer en musée.
Le propriétaire occupe les deux niveaux supérieurs d'une résidence de 1887 située tout près de l'église Saint-Jean-Baptiste. Le designer Sylvain Côté nous l'a fait visiter avec l'assurance de celui qui la fréquente depuis plusieurs années.
«Dans les anciennes maisons victoriennes, le premier étage était celui des bourgeois», relate-t-il en désignant les larges moulures, les volets intérieurs en bois, les luminaires somptueux, les planchers de pin blanc d'origine.
Les résidents actuels ne vivent pas dans un décor figé au XIXe siècle. De nombreux éléments contemporains y ont été insérés avec finesse : les canapés, le module audiovisuel et l'immense affiche de Nîmes qui a dicté l'ensemble du design. Dès l'entrée, elle nous séduit.
Le propriétaire collectionne les oeuvres d'art. Leur intégration au décor posait un réel défi en raison, notamment, de leur diversité: gravures anciennes, bronzes, bustes de dieux grecs, faïences, photos, sculpture de verre thermoformé... Il fallait qu'elles fassent corps, en un tout cohérent et harmonieux, avec cette victorienne cossue restaurée pendant plusieurs années.
Jusqu'à tout récemment, les deux niveaux supérieurs de la maison hébergeaient des logements indépendants. Quand le propriétaire a décidé d'acheter le logement du haut pour gagner de l'espace, il a restauré le magnifique escalier de noyer et de pin, le sablant, puis l'enduisant de six couches de laque à l'huile et de six couches de vernis. Une besogne de 150 heures.
Cet escalier donne de la majesté au palier que le designer a aménagé avec une toile représentant l'architecte de la maison, Elzéar Charest, avec un buste posé sur un socle et avec une copie d'un luminaire au gaz d'époque. «Son verre est arrondi, fait remarquer Sylvain Côté. Il a aussi une dentelle de métal victorienne.»
«Respecter les oeuvres»
En haut, dans le bureau, une étagère contient les faïences et les trésors du propriétaire. «Il faut respecter les oeuvres», insiste le designer. Doser, c'est le défi. À travers les pièces d'une collection, en effet, il faut «sentir la personnalité» de leur propriétaire. Il faut aussi percevoir l'amour qu'il ressent pour elles. Car collectionner, ce n'est pas accumuler.
Les conseils de Sylvain Côté
• Restaurer le lieu
• Respecter son style
• Distiller la personnalité du propriétaire avec des accessoires
• Réfléchir, faire des essais
• Être certain d'aimer les oeuvres qu'on exposera
• Leur rendre justice
• Demander conseil à un professionnel
• Doser l'étalage