Un quartier de maisons francophones, près de la baie

Un patrimoine à sauvegarder

Elle est une grande défenderesse des portes et des fenêtres anciennes. Et ne lui parlez pas de bardeau d'asphalte, un matériau qui arrache au vent.
Joëlle Pierre, présidente du comité consultatif d'urbanisme de la Ville de Tadoussac, scrute le paysage avec un mélange d'admiration et d'inquiétude. Arrivée de France il y a 30 ans, elle a vu les choses évoluer, pour le meilleur et pour le pire.
Peut-elle définir le style architectural de Tadoussac? La communauté anglophone, riche et protestante, a adopté un style qui lui est propre. La communauté francophone, laborieuse et catholique, a aussi le sien, lequel est plus sobre. «Un premier inventaire en 1982 a permis de voir la grande diversité des bâtiments. Un peu de victorien, de vernaculaire québécois, de toits mansardés...»
Elle parle aussi de murets en petites pierres des champs, de l'utilisation du bois de grève, deux façons de faire locales.
Parmi les maisons répertoriées à Tadoussac, 39 sont actuellement considérées comme «bâtiments patrimoniaux à fort potentiel». Les demeures en question sont assez bien conservées, note-t-elle, surtout celles appartenant à la communauté anglophone. «Celles de la communauté francophone appartiennent beaucoup à des personnes âgées qui en ont hérité. L'enjeu est de savoir ce qu'elles deviendront quand elles changeront de propriétaires.»
<p>L'Hôtel Tadoussac et son toit rouge en bas à gauche </p>
Le PIIA
Tadoussac est la seule municipalité sur la Côte-Nord à avoir un plan d'implantation et d'intégration architectural (PIIA). Un premier a vu le jour en 1982. Un deuxième en 1995. Un troisième serait adopté à l'automne.
Actuellement, il n'existe aucune subvention pour aider les gens à restaurer. Mais des idées fusent. Mme Pierre évoque un éventuel programme de bonification. Une aide financière de la MRC dont le montant n'est pas encore fixé qui permettrait à ceux qui ont vraiment des bâtiments à caractère patrimonial d'avoir une expertise du Service d'aide-conseil en rénovation patrimoniale (SARP installé à Alma). «Par exemple, pour s'assurer qu'un agrandissement va s'intégrer au patrimoine bâti.»
Elle aimerait aussi que soit instaurée une reconnaissance («peut-être sertie d'un bon d'achat à la quincaillerie»), pour ceux qui rénovent respectueusement le patrimoine. En attendant, elle salue les belles initiatives, comme celle des jeunes propriétaires du café-bar Le Gibord qui ont opté pour des portes et des fenêtres en bois.
Mme Pierre souligne qu'il y a une nouvelle section en développement dans le secteur anglophone. «Ils se sont mis des règles pour conserver le cachet. Mais si la municipalité ne les applique pas, elles n'ont pas force de loi. Ce sont de bonnes et saines demandes, comme privilégier le bois, éviter les entrées en asphalte, respecter le style architectural...»
Selon elle, la municipalité devrait être une figure de proue dans le combat quotidien pour préserver le patrimoine.
<p>La petite chapelle </p>
L'Hôtel Tadoussac, un fleuron
Face au fleuve, l'Hôtel Tadoussac est sans contredit l'édifice phare de ce beau coin de pays. Sans le dire trop fort, les gens de la place se désolent que sa toiture repeinte d'un beau rouge vermillon il y a quatre ans ait déjà pâli. La faute à l'eau de mer.
Ce grand hôtel en est à sa troisième construction. L'ouverture du premier remonte à 1865, l'âge d'or des croisières sur le Saint-Laurent. Un deuxième édifice agrandi le remplace en 1888. Puis un troisième en 1942, dans lequel plomberie et électricité ont été intégrées. À noter que malgré la rumeur, l'hôtel n'a jamais été incendié.
L'institution vient d'être mise en vente; cependant, il sera difficile de la transformer. Elle se retrouve dans l'aire de protection de la petite chapelle avec le poste de traite. Donc toute demande de modification doit passer par le ministère de la Culture, indique Joëlle Pierre, présidente du comité consultatif d'urbanisme de Tadoussac.
Collection Coverdale
Détail intéressant : dans les années 40, William H. Coverdale, président de Canada Steamship Lines, a décoré le nouvel hôtel avec sa collection de meubles canadiens, d'objets anciens et d'artisanat traditionnel. «C'était un concept de musée-hôtel, un peu comme l'Auberge Saint-Antoine», indique Mme Pierre.
Claude Brassard, directeur du Tourisme, de la Culture et du Patrimoine de Tadoussac, souligne qu'il fait des démarches pour rapatrier la collection Coverdale, actuellement dans la réserve du Musée de la civilisation, afin de marquer le 75e anniversaire de l'hôtel en 2017.
Les frais de séjour de la journaliste ont été payés par la municipalité et l'Hôtel Tadoussac.