Léa Méthé, cosignataire de l’ouvrage «Valoriser les bâtiments existants» et directrice principale de l’organisme Écobâtiment.

Un guide pratique pour rénover et sauver la planète

Prolonger la vie d’un immeuble centenaire est un atout pour la vitalité d’un quartier. Et un enjeu pour protéger la planète. L’organisme Écobâtiment et l’architecte André Bourassa signent l’ouvrage «Valoriser les bâtiments existants», qui sera lancé le 28 novembre. Un recueil de réflexions et un guide pratique destinés aux gens intéressés par la rénovation et la gestion d’immeubles.

Léa Méthé, cosignataire et directrice principale de l’organisme Écobâtiment, a reçu Le Soleil à son bureau du Centre culture et environnement Frédéric Back, avenue de Salaberry, à Québec. Cet édifice urbain construit en 1905 a nécessité trois mois de travaux cette année pour améliorer l’étanchéité et l’isolation des murs de fondation. L’aventure a coûté 258 $ par pied carré.

Cette réfection fait partie de cinq études de cas présentées dans l’ouvrage et met en lumière certains défis. Ici, le choix des matériaux était déterminant, pour éviter que de l’humidité reste emprisonnée entre les composantes de l’enveloppe et crée de la moisissure.

L’ouvrage est jalonné de mises en garde, les bâtiments existants étant des écosystèmes complexes. Il éveille à la réglementation québécoise et offre des pistes de solutions.

Des chapitres sont consacrés à la planification des travaux, aussi bien qu’aux composantes du bâtiment : fondations, structure, enveloppe, systèmes de chauffage et de ventilation, réseau électrique, gestion de l’eau. Il aborde le sujet des contaminants comme le radon, les composés organiques volatils, la mérule pleureuse.

L’ouvrage «Valoriser les bâtiments existants»

Alors que le secteur de la construction est un gros émetteur de gaz à effet de serre, une réflexion s’impose. Dans une étude comparative sur le cycle de vie, Écobâtiment conclut que le recyclage d’une église, incluant un agrandissement, émet moins de CO2 que la construction d’un nouvel immeuble pour loger les services municipaux d’une petite localité.

Privilégier un bâtiment existant à un bâtiment neuf a aussi des retombées positives sur le resserrement urbain (à l’inverse de l’étalement urbain), sur l’accessibilité à pied et en transport en commun et sur la conservation du patrimoine, ajoute Léa Méthé.

En optant pour cette avenue, certains bâtiments changent de vocation et il faut accepter qu’on ne peut pas tout garder intégralement, intervient André Bourassa, joint au téléphone. Il reprend l’exemple d’une église, qui n’est plus un lieu de prière. «On veut faire entrer la lumière.»

L’ancien président de l’Ordre des architectes du Québec, considéré comme l’un des pionniers du développement durable, dit oui à plus de luminosité, mais il se permet une remarque. Selon lui, revaloriser un bâtiment existant se traduit trop souvent par l’ajout d’une annexe, une boîte de verre, pour «se démarquer» et «faire moderne». «Ce qui n’a aucune valeur écoénergétique», à cause de la surchauffe en été et de la perte de chaleur en hiver.

Léa Méthé, cosignataire de l’ouvrage «Valoriser les bâtiments existants» et directrice principale de l’organisme Écobâtiment.

L’urgence d’agir

L’ouvrage rappelle que pour empêcher le réchauffement de dépasser 1,5°C, nous avons la responsabilité de réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030. Léa Méthé insiste sur l’importance d’«agir vite» en ne fabriquant que des édifices neufs très performants et en mettant tout le reste des ressources sur la revalorisation de ce qui est déjà construit.

Pour y arriver, ça prend une volonté politique très forte, lance M. Bourassa. Il donne l’exemple du gouvernement de Pauline Marois qui avait permis la construction d’immeubles d’habitation à structure en bois jusqu'à 6 étages en 2013.

Le guide Valoriser les bâtiments existants sera lancé le 28 novembre lors du colloque du même nom, au Séminaire de Québec. Un événement destiné aux municipalités, aux gens du milieu du bâtiment et de la construction, de l’environnement et du patrimoine. L’ouvrage offert pour tous au coût de 40 $ est en prévente en ligne sur le site ecobatiment.org.

Quelques chiffres

  • 3e — Le parc immobilier arrive en troisième position comme émetteur de gaz à effet de serre dans la province, après l’industrie et les transports.
  • 29 % des déchets produits au Québec sont les résidus de construction, rénovation et démolition.
  • 75 % des bâtiments existants seront encore en service en 2030.