Nancy Ricard et sa fille aînée, Charlie Gaudreau, étudiante en design d’intérieur et future relève d’Un Fauteuil pour deux

Un fauteuil pour deux : L’amour du beau, de mère en fille

On dit que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Vrai en regardant Nancy Ricard, designer et propriétaire d’Un fauteuil pour deux, et sa fille aînée, Charlie Gaudreau. Toutes les deux carburent à la beauté sous toutes ses formes et au design d’intérieur haut de gamme. La relève se prépare.

Charlie avait 3 ans lorsque sa mère a lancé son entreprise. On pourrait croire qu’elle est tombée dans la marmite quand elle était petite. Pourtant non. Elle a même flirté avec l’anthropologie.

Puis il y a 4 ans, Nancy Ricard cherchait une employée de confiance comme conseillère aux ventes. Charlie a levé la main, pour combler un besoin temporaire. Et la magie a opéré.

«J’ai toujours eu un côté artistique développé, j’ai fait de la peinture. J’ai aussi un côté plus rationnel, très entrepreneur», décrit la jeune femme, qui a trouvé l’équilibre parfait chez Un fauteuil pour deux.

Pour gagner en confiance et en crédibilité, elle fait des études en design d’intérieur au cégep Garneau. Nancy Ricard tenait à ce que sa fille porte le vrai chapeau de designer avant d’intégrer plus officiellement l’entreprise et assurer un jour la relève.

Pour le moment, Charlie Gaudreau (à droite) travaille comme conseillère aux ventes chez Un fauteuil pour deux, l'entreprise de sa mère Nancy Ricard.

« J’ai toujours aimé la mode, le beau, le bien fait. Mes parents m’ont enseigné ça »
Charlie Gaudreau

Les pièces uniques, importées de partout dans le monde, sont le créneau d’Un fauteuil pour deux depuis 20 ans. Mais au-delà de la boutique sur deux étages, installée au Delta, sur le boulevard Laurier, le moteur de l’entreprise est le design d’intérieur. D’où l’atelier, la matériauthèque, la salle de conférence et tous les projets réalisés.

L'atelier de design d'intérieur d’Un fauteuil pour deux. L'entreprise de sept employés compte trois designers, dont la propriétaire Nancy Ricard.

Nancy Ricard constate la différence entre sa formation à l’époque, une technique en aménagement intérieur et étalage à l’école Rochebelle, et le cours suivi par sa fille. «Le sien est meilleur», indique la designer qui est partie de rien, en faisant des plans à la main.

Charlie a apporté quelques micro changements au quotidien, dans les opérations, en lien avec l’informatique ou la gestion durable. Des connaissances propres à sa génération. Mais aucune révolution en vue, assure la jeune femme «en amour» avec ce qui est en place. «Je ne suis pas la génération qui pousse la vieille. Au contraire!» 

Un cadeau du ciel

À bientôt 50 ans, dans une forme olympienne, Nancy Ricard est loin du jour de sa retraite. Elle parle tout de même d’un «cadeau du ciel» que sa fille ait envie de poursuivre son œuvre plus tard. Un scénario qu’elle n’avait jamais imaginé et qu’elle n’a pas forcé, connaissant tout ce que le métier exige.

Sa fille cadette, Camille, travaille aussi comme conseillère aux ventes dans l’entreprise, mais s’envolera ailleurs après ses études en gestion des affaires internationales. 

Coiffée d’un chapeau noir assumé, Charlie nage en boutique comme un poisson dans l’eau. Lors de notre passage il y a une dizaine de jours, elle servait de guide à des étudiants en design qui devaient distinguer différentes gammes de produits dans le cadre d’un cours. Elle leur montrait des détails de tissus, de coutures, de finis des articles de grande qualité offerts par la maison. 

Du haut de ses 22 ans, elle a déjà visité les salons de Milan, de Paris, de Cologne, de High Point et de Las Vegas, elle a rencontré des fournisseurs. Une longueur d’avance qui lui permet de comprendre le milieu et de transmettre ses connaissances aux clients.

Elle donne comme exemple une petite compagnie de meubles qui sort chaque année trois nouvelles couleurs de cuir punchées. La compagnie de sacs à main Furla récupère ses retailles. Qu’il s’agisse de mobilier haut de gamme ou de haute couture, tout le monde s’approvisionne au même endroit, ce qui contribue à propager une tendance plus large.

Selon elle, il en résulte quelque chose de beau et de durable, au-delà des modes passagères qui circulent sur Pinterest et Instagram. 

Pour survivre et se distinguer de la concurrence, Nancy Ricard n’a jamais dérogé de sa ligne de départ: design haut de gamme, coups de cœur, pièces uniques. Elle choisit ses fournisseurs parce qu’elle «aime l’humain derrière le produit». Ce qui lui fait penser qu’Un fauteuil pour deux est une entreprise artisanale et non commerciale.  

Dans le futur, pas question d’ajouter une gamme plus abordable pour attirer de jeunes acheteurs. Et surtout, pas question de trahir la fidèle clientèle en quête d’exclusivités qu’elle bâtit depuis si longtemps.

Avec son audace, son style, Nancy Ricard est consciente qu’elle aurait pu avoir «un marché extraordinaire ailleurs», comme à Montréal ou à Toronto. Mais elle n’était pas prête à faire des sacrifices et a toujours monté son plan d’affaires en fonction de sa famille, installée à Québec.

Elle en récolte les fruits, en préparant sa fille pour l’avenir.

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QUESTIONS MÈRE/FILLE EN RAFALE

Quelle est votre palette de couleurs préférées?

Nancy : «J’adore les turquoise, les bleus. Le vert olive. En fait, j’aime les mélanges de couleurs peu probables, comme du corail avec du rouge vin.» 

Charlie : «J’aime beaucoup tout ce qui est noir, blanc, gris. J’adore les verts, autant le vert olive que le vert émeraude. Et le bleu saphir. Les couleurs riches me parlent beaucoup.»

Un designer qui vous inspire?

Nancy : «Kelly Wearstler, c’est la meilleure! Elle est belle comme ça se peut pas. Elle est hétéroclite. Elle travaille dans le résidentiel, dans le commercial, elle fait le design de luminaires, de meubles, même de bijoux. C’est très audacieux. Son style est transitionnel, entre le classique et le moderne. C’est le style que je préfère, même si je fais de tout. On a des luminaires, des tissus et des papiers peints d’elle chez Un fauteuil pour deux.»

Nancy Ricard adore la designer américaine Kelly Wearstler (photo), ici devant un revêtement de papier peint, réalisé avec Lee Jofa.
Une lampe signée Kelly Wearstler, en vente chez Un fauteuil pour deux

Charlie : «J’adore aussi Kelly Wearstler. Sinon Karl Lagerfeld, aujourd’hui décédé. Il a un style classique mélangé avec le moderne, qui revient au transitionnel de ma mère. J’aime sa palette de couleurs. Ses designs sont toujours simples et raffinés. Avec des couleurs neutres, il arrive à faire quelque chose de très riche.»

Feu Karl Lagerfeld, grand designer inspirant pour Charlie

La ville dans laquelle vous aimez magasiner?

Nancy : «Paris, pour son côté féminin. Les Parisiens me font rire. Mais j’aime aussi beaucoup Milan. Les Italiens sont fantastiques et ils sont tous beaux.»

Charlie : «Paris, il y  a un côté nostalgique, une atmosphère romantique, chargée d’histoire. On arrive à Paris et on le sait les yeux fermés.»

À quelle pièce d’une maison préférez-vous vous attaquer?

Nancy : «Le séjour, parce que c’est l’endroit où l’on devrait pouvoir se réunir en famille pour relaxer. C’est l’endroit où je peux mettre le plus de matières — ameublement, décoration, finition —, et créer une âme à la maison.»

Le séjour d'un projet signé Un fauteuil pour deux,  qui traduit bien le style «transitionnel», le préféré de Nancy Ricard.

Charlie : «Même chose. Je ne crée pas encore. Mais le séjour est la pièce la plus importante. Le dimanche, on va toujours souper chez nos parents, on se rejoint là. Le salon est fait pour créer une proximité, même dans une grande pièce, pour que tout le monde ait sa place. C’est ce qu’on essaie de reproduire chez les clients.»

Complétez : le décor de 2020 sera fait de...

Nancy : «Nubuck, un cuir qui ressemble à du suède, les gens sont rendus là. Sinon, le tweed, le lin, le velours.»

Un fauteuil en cuir nubuck, une matière à surveiller

Charlie : «Paprika, jaune moutarde.»

Un canapé couleur paprika, pour être dans le ton et suivre le design européen.