André Fauteux a modifié sa maison classique en lui ajoutant notamment des panneaux solaires et un système de traitement de l'eau potable.

Un corps sain dans une maison saine

André Fauteux enquête depuis 25 ans sur les liens entre les maisons et la santé de leurs habitants et de la planète. S'étant fait la main au quotidien The Gazette, chez Habitabec et comme collaborateur pour Guide Ressources et La Presse, le spécialiste souffle cette année les 20 bougies du magazine qu'il a fondé, La maison du 21e siècle.
Pour lui, tout commence dans les années 80 par une entrevue avec une fillette leucémique. Sa famille tente d'amasser les fonds nécessaires à une greffe de moelle osseuse, un traitement alors expérimental et offert uniquement aux États-Unis. André Fauteux est stagiaire à The Gazette, son article fait la première page. Malheureusement, la fillette n'aura jamais sa greffe, mais le journaliste, lui, trouve une raison à son métier.
«On soupçonnait les herbicides et les champs magnétiques d'être des causes de la leucémie», explique Fauteux. Depuis, des liens ont été prouvés entre les pesticides et certains types de cancer, les interférences du câblage domestique et la progression de la sclérose en plaques ou du diabète, l'asthme et les problèmes de ventilation. La promotion de la «maison saine» devient son cheval de bataille.
En 1990, la Société canadienne d'hypothèques et de logement a établi les cinq critères d'une maison saine : la santé des occupants, l'efficacité énergétique, la protection des ressources (eau et forêts), la responsabilité environnementale et un prix abordable.
«Les critères sont privilégiés dans le mauvais ordre, au détriment de la santé des occupants», note M. Fauteux.
«Parfois, les gens sont malades dans des maisons vertes, Novoclimat ou LEED», déplore-t-il, soulignant qu'une certification verte ne garantit pas l'absence de polluants chimiques ou électromagnétiques.
L'industrie d'abord
Le journaliste suit activement tout ce qui concerne les effets de la composition des matériaux, de leur détérioration, des ondes, des moisissures, de la qualité de l'air et de l'eau.
«Malheureusement, le gouvernement [québécois et canadien] n'est pas vraiment là pour protéger les citoyens, il protège davantage l'industrie, constate-t-il. Le meilleur exemple est le Code du bâtiment, remis à jour en 2012, dont les normes d'efficacité énergétique dataient de 1983. On a un grand retard, on vient d'adopter des normes qui sont inférieures à celles de l'Ontario, qui va d'ailleurs rehausser les siennes très bientôt.»
Son remède à toutes les inquiétudes que peut générer la recherche d'un milieu de vie sain : chercher des sources fiables. Il cite en exemple les études de l'Institut national de santé publique du Québec, qui s'est notamment penché sur les questions de l'hypersensibilité chimique, du bois traité à l'arsenic et au chrome cancérogène et des effets des nanotechnologies sur la santé.
«La recherche avance, mais c'est long avant que les découvertes ne génèrent des nouvelles normes à mettre en application», souligne M.  Fauteux, qui contribue à sa manière, un article à la fois.
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<p>Les comptoirs et les éviers de cuisine sont en stéatite (pierre à savon) québécoise.</p>
<p>La moitié de la maison est donc alimentée en énergie solaire (grâce à l'appareil situé à gauche et aux panneaux extérieurs) et des filtres Graham-Stetzer sont installés pour réduire les interférences sur le câblage domestique. </p>
Pistes pour une métamorphose «santé»
André Fauteux, défenseur des maisons saines et éditeur du magazine La maison du 21e siècle, prêche-t-il par l'exemple? Nous lui avons demandé de nous décrire sa maison.
C'est une maison «classique», construite en 1998, inspirée des  programmes R-2000 et Nouveau confort. «Mais j'y ai ajouté des panneaux photovoltaïques [solaires] et j'ai des batteries au sous-sol», indique-t-il. Puisqu'il a son bureau à la maison, il s'assure ainsi de conserver une indépendance énergétique en cas de panne électrique. La moitié de la maison est donc alimentée en énergie solaire.
Il y a un système de traitement de l'eau potable à base d'osmose inverse et filtres au charbon.
Côté matériaux, les fenêtres sont faites de fibre de verre et de bois, «donc belles à l'intérieur, durables, sans entretien à l'extérieur». L'isolation des murs est cotée R30 et celle des combles, isolés à la cellulose, de R50. Les comptoirs et les éviers de cuisine sont en stéatite (pierre à savon) québécoise.
Des filtres Graham-Stetzer sont installés pour réduire les interférences sur le câblage domestique. «Il n'y a pas de fils électriques derrière la tête de lit et nous avons installé un interrupteur de demande éliminant la tension électrique dans la chambre principale quand nous éteignons la dernière lampe au coucher», explique M. Fauteux, qui s'est débarrassé de tous les appareils sans fil, qui chargent la maison d'ondes néfastes.
«Cette électricité sale est générée par les appareils électroniques, dont les compteurs intelligents, et sont soupçonnés de favoriser l'éclosion de plusieurs maladies dont le cancer et le diabète», indique-t-il.
«Les Soviétiques connaissaient très bien la nocivité de cette forme d'électrosmog, si bien qu'aujourd'hui le Kazakhstan exige que l'interférence ne dépasse pas 50 unités GS sur le câblage des immeubles. Plusieurs de nos maisons dépassent les 500 ou 1000 unités GS.»
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L'évolution d'un magazine
Lorsque André Fauteux a fait le saut comme éditeur indépendant, en 1994, La maison du 21e siècle n'était qu'une missive. «Une infolettre inspirée des newsletters américaines, qui parlait d'efficacité énergétique et de qualité de l'air, pour les entreprises et les scientifiques», explique le journaliste, qui a ensuite réalisé que le grand public était sa véritable cible. D'un magazine de quatre pages en noir et blanc, publié 10 fois par année, La maison du 21e siècle est devenu une volumineuse publication trimestrielle imprimée en couleurs. «On prend le temps de réviser et de relire plusieurs fois chaque texte. Je crois que c'est ce qui fait que 20 ans plus tard, je suis toujours là», indique M. Fauteux. Sur un tirage de 15 000 exemplaires, environ 5000 sont vendus en kiosque et par abonnement. Le reste est vendu en vrac ou donné en promotion dans les salons. Le magazine a aussi pris le virage numérique, et certains articles seront bientôt uniquement offerts sur le Web, pour les abonnés.