S'il y a infiltration d'eau du côté de la fondation, aucune réparation ne peut être faite au printemps parce que le sol est encore gelé au pourtour.

Un bon entretien pour garder l'eau dehors

Au printemps, on a hâte aux hirondelles. Mais nombreux sont ceux qui ne prennent pas le temps de regarder ce qui se passe à la maison, déplore André Gagné, directeur de l'expertise technique de l'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ).
Avec la fonte des neiges viennent malheureusement les dégâts d'eau. Cette année n'y fera pas exception. D'autant plus que nous avons eu des épaisseurs importantes de neige sans trop de redoux, constate M. Gagné. «Quand les températures se réchauffent, l'eau de fonte passe sous la glace et refoule à l'intérieur.»
Selon lui, les gens se soucient de moins en moins de l'entretien. Et pourtant... S'il est un peu tard pour le rappeler, le pelletage des balcons est primordial, qu'on habite une copropriété ou une maison. «La porte-patio n'est pas un hublot de bateau», prévient l'expert. Suffit d'une grosse période de pluie pour que l'eau glisse à l'intérieur.
Même chose pour les fenêtres de sous-sol, les margelles «pactées bien dur». «Si c'est tout gelé et que l'eau n'a pas accès au drain, ça va rentrer par les seuils de fenêtres.»
Quant aux gouttières extérieures, il est hasardeux d'aller les nettoyer, soutient M. Gagné. «Ce qu'il faut, c'est de s'assurer qu'à la base, il n'y a pas de gros glaçon. S'il y en a un, on peut essayer de le casser.»
Lorsque le conduit est enterré pour la canalisation estivale, M. Gagné prévient que le tuyau souterrain va être gelé pour une longue période. «Quand il va y avoir des coups d'eau au printemps, ça va refouler, c'est sûr.»
Normalement, dit-il, il n'est pas conseillé de raccorder les gouttières directement au conduit souterrain. Un espace de deux ou trois pouces permet à l'eau de sortir si le tuyau est gelé.
À l'intérieur
Il parle aussi de précautions à prendre à l'intérieur de la maison. «Pour ceux qui ont un réseau de drainage avec une pompe d'évacuation, il est recommandé de vider l'espace autour pour y accéder. Souvent, les pompes sont sous les paliers d'entrée, sous l'escalier. On bourre ça de matériel qu'on n'utilise pas souvent et on n'a jamais accès quand vient la période fatidique. Le temps qu'on vide l'entreposage pour arriver à la pompe, il est trop tard et on a de l'eau au sous-sol.»
M. Gagné suggère aussi de faire partir manuellement la pompe pour s'assurer de son bon fonctionnement.
Quant au clapet de retenue qui protège du réseau de plomberie et du réseau pluvial, on devrait l'inspecter une fois par année, s'assurer que rien ne l'obstrue, indique M. Gagné. Une trappe permet d'y accéder, mais les gens posent souvent du plancher par-dessus et finissent par oublier où il est situé, déplore l'expert.
«Quand on aménage un sous-sol qui est sain, on n'a pas le réflexe de monter les choses. Si on se retrouve avec un pouce d'eau par terre, la plupart des meubles pourront être sauvés. Mais on ne devrait jamais entreposer des boîtes de carton directement sur la dalle.»
Côté fondation, aucune réparation ne peut être faite au printemps parce que le sol est gelé au pourtour. M. Gagné recommande un bon examen préventif à l'automne.
Surtout, il implore les gens d'agir s'il y a infiltration d'eau. «Certains vont négliger ça. Comme au cours de l'été il n'y a plus rien, ils ne font pas de suivi. Mais au bout de deux ou trois ans, on ouvre le mur et c'est plein de moisissure.»
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Dégâts d'eau : 50 % des réclamations
Selon de récentes données de la compagnie d'assurance Aviva Canada, plus de 50 % des demandes d'indemnité sont liées à des dégâts d'eau, un record. En 2013, le coût moyen d'un règlement pour ce type de problème est passé à 20 537 $, une augmentation de 130 % en 10 ans. Les raisons? D'après Aviva, les gens investissent de plus en plus dans la finition de leur sous-sol, la météo joue des siennes avec des phénomènes violents plus fréquents et la vétusté des réseaux d'égout nuit à l'évacuation rapide de grandes quantités d'eau. La compagnie rappelle qu'une police d'assurance protège contre certains phénomènes météorologiques, mais que l'inondation des terres, par exemple lorsqu'un cours d'eau sort de son lit, n'est pas couverte par les polices d'habitation type. Cette garantie est rarement offerte.
Prêts à vivre sans sous-sol?
En 2014, est-ce qu'on doit encore construire des logements avec sous-sol au Québec?
L'Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ) a posé la question lors d'une récente tournée provinciale auprès de 2000 entreprises. «On a regardé les chiffres des réclamations qui touchent les sous-sols. C'est aberrant!» lance André Gagné, directeur de l'expertise technique pour l'organisme.
Les problèmes sont multiples et la négligence n'est pas toujours en cause : fissures, coups d'eau durant l'été, infiltration dans les margelles, pompes défectueuses, manque d'électricité...
«À cause des changements climatiques, on a des températures extrêmes, des variations de température fortes, des pluies estivales intenses, beaucoup de tempêtes de vent. Les enveloppes de bâtiment sont sollicitées.»
Et à son avis, cela devrait aller en s'intensifiant. Si Québec a mieux fait que les provinces de l'Ouest l'an dernier, «nous ne sommes pas à l'abri». Il rappelle les inondations du Richelieu en 2011.
Devant ces dommages importants, l'APCHQ a donc voulu savoir si les entrepreneurs renonceraient aux sous-sols.
«Pas vendable»
«On a fait un genre de sondage maison. Ils m'ont tous regardé avec des yeux grands comme des huards et m'ont dit : pas vendable sans sous-sol. C'est comme si on construisait une voiture qui manque une roue. La réceptivité des gens à des bâtiments sans sous-sol n'est pas évidente.»
M. Gagné fait un bref historique des sous-sols au Québec. Il parle d'abord de vides sanitaires, de caveaux à patates. «Le sous-sol a pris son ampleur dans les années 60 avec le baby-boom. Parce qu'on avait trois ou quatre enfants par famille, on ne savait plus où les mettre. On les a descendus au sous-sol et, depuis, on a aménagé des chambres, des salles familiales. Mais, aujourd'hui, on a du mal à avoir 1,2 enfant.»
Il ajoute qu'autrefois, quand les gens aménageaient un sous-sol, ils plaçaient de vieux morceaux de tapis sur la dalle de béton. «Aujourd'hui, il y en a qui mettent une fortune. En plus, les nouveaux matériaux ont moins de capacité d'absorption d'humidité, ce qui enclenche plus rapidement les problèmes de moisissure. Et comme les maisons sont devenues super étanches, la moindre infiltration d'eau ne peut pas sécher.»
bien ancré dans les moeurs
M. Gagné a du mal à justifier ce qui semble bien ancré dans les moeurs québécoises. «Les pays les plus pauvres au monde ne vivent pas dans un trou, dans une cave. Allez dans l'Ouest canadien, allez aux États-Unis, excepté le Vermont et le New Jersey. Ça n'existe pas, des sous-sols comme on a. Ce sont des vides sanitaires, that's it, that's all!»
Le Soleil vous pose la question : seriez-vous prêts à vous passer de sous-sol? Oui? Non? Pourquoi? Envoyez vos réponses à aperron@lesoleil.com.