Carole Devin, son époux Guillemond Ouelette, leur fille Marie-Odile et son conjoint Kassim Doumbia tenant dans ses bras leur petite Cassandre.
Carole Devin, son époux Guillemond Ouelette, leur fille Marie-Odile et son conjoint Kassim Doumbia tenant dans ses bras leur petite Cassandre.

Trop restrictif, le bigénérationnel

Alexandra Perron
Alexandra Perron
Le Soleil
Quand Carole Devin s'est présentée à la Ville de Québec pour un permis de maison bigénérationnelle, elle s'est fait dire : «Ne prononcez pas ce mot-là!» Trop de normes, trop de restrictions.
Outre les normes de zonage, de construction, le logement supplémentaire doit être accessible de l'intérieur de la résidence et représenter un maximum de 40 % de la superficie de plancher total du bâtiment. Son mari, Guillemond Ouellette, et elle n'avaient pas envie de vivre dans un espace trop réduit.
Autre problème, le logement supplémentaire doit être occupé par une personne qui a un lien de parenté. «Si nous, on est appelés à partir, il faut que ce soit un autre membre de la famille qui demeure ici», soulève M. Ouellette. Pas toujours évident.
Au-dessus de leur bungalow, ils ont donc décidé de construire un deuxième logement à part entière, avec son adresse et son compte de taxes. Le projet de maison bigénérationnelle a laissé place à celui d'une maison à deux logements. Ainsi, quand le couple ne sera plus là, leur fille Marie-Odile et son conjoint pourront disposer de l'étage comme bon leur semblera. En le louant ou en le vendant en copropriété.
Marie-France Loiseau, directrice de la division de l'urbanisme à la Ville de Québec, comprend tout à fait leur choix. La contrainte du lien de parenté explique sans doute pourquoi l'option bigénérationnelle est «fort peu utilisée», dit-elle, même s'il n'existe aucune statistique.
Elle souligne que dans le cas des Devin-Ouellette, ils avaient l'avantage d'être dans une zone qui permet de transformer une maison unifamiliale isolée autant en bigénérationnelle qu'en deux logements. Ce qui n'est pas le cas partout sur le territoire de Québec.
Réflexion sur la densification
À l'heure où l'on veut freiner l'étalement urbain, la Ville est en réflexion sur la densification résidentielle. Quels secteurs sont les plus appropriés? Comment transformer des quartiers de bungalows des années 50, 60, 70?
Mme Loiseau évoque la révision du Plan directeur d'aménagement et de développement (PDAD). «On devrait arriver prochainement avec quelque chose. On aimerait début 2013.» L'idée est d'arrimer le PDAD, le plan de mobilité durable et la réglementation des arrondissements.
Actuellement, certains secteurs de maisons unifamiliales permettent l'ajout d'un deuxième logement, d'autres non. D'autres encore se sont fait limiter ce droit.
Subdivisions de lots
François Picard, vice-président du comité exécutif et conseiller municipal responsable de l'aménagement du territoire, explique qu'un problème survient depuis deux ou trois ans. Un promoteur achète un bungalow, le démolit, divise le terrain en deux et reconstruit deux fois deux logements. «Au lieu d'une unifamiliale, on est rendu avec quatre unités d'habitation sur la même répartition. [...] On avait une bonne intention en permettant le deuxième logement, mais on n'avait pas vu venir que les gens subdiviseraient les lots.»
Ces projets qui sont devenus «un petit peu trop gros» ont suscité des plaintes et des critiques des citoyens qui vivent autour. Il y a des exemples dans les arrondissements de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge et de Beauport. «Il ne faut pas improviser dans ce domaine, c'est pourquoi les experts en urbanisme se questionnent énormément sur ces quartiers pour les générations futures.»
Selon M. Picard, il importe de protéger les secteurs de maisons unifamiliales isolées, souvent bien situés, près des services, des écoles, avec des arbres matures. Mme Loiseau et lui saluent des projets comme celui de la rue de Sarnia où il y a eu un souci de bien faire les choses et de bien intégrer à l'environnement.
Peut-on s'attendre à des subventions dans le futur pour encourager de telles initiatives? «Pour le moment, il n'y en a pas. On a commencé à avoir des discussions au comité exécutif sur cette question-là, mais c'est encore trop embryonnaire pour qu'on puisse donner des orientations par rapport à ça», mentionne le conseiller.
Pour plus d'information sur les normes d'exercice pour une résidence bigénérationnelle ou sur la demande de permis pour l'ajout d'un logement dans un bâtiment d'habitation unifamiliale :