Les grandes fenêtres de la salle à manger s’ouvrent sur le boisé à l’arrière de la maison. Le mobilier est simple et épuré afin de ne pas surcharger l’espace.
Les grandes fenêtres de la salle à manger s’ouvrent sur le boisé à l’arrière de la maison. Le mobilier est simple et épuré afin de ne pas surcharger l’espace.

Trésor scandinave caché à L’Ancienne-Lorette [PHOTOS]

Marie-Anne Dayé
Marie-Anne Dayé
Collaboration spéciale
Cette maison aurait été parfaite ou presque si ce n’était d’une chambre manquante au rez-de-chaussée pour accueillir un nouveau bébé dans la famille. Au lieu de vendre, les propriétaires ont plutôt opté pour un agrandissement avec l’aide de Marie-Pier D. Bureau de Design DB – Conception d’espaces écoresponsables. Un projet qui a valu à la designer d’intérieur un prix Nobilis en 2019 dans la catégorie Rénovation ou agrandissement de 125 000 $ à 250 000 $.

Marie-Laurence et Alexandre ont acheté en 2011 cette maison canadienne de style traditionnel située à L’Ancienne-Lorette. C’était une belle demeure de plain-pied dans un quartier idéal pour fonder une famille, selon eux. Le principal hic : il n’y avait qu’une seule chambre d’enfant au rez-de-chaussée.

Le couple dans la trentaine souhaitait avoir un deuxième enfant et Marie-Laurence tenait à ce que toutes les chambres soient sur le même étage. Déménager était une option peu attrayante. «J’aime le quartier, ici c’est un cul-de-sac, on a huit kilomètres de sentier en arrière, plein de services pour la famille… Je trouvais ça plate, on l’aimait cette maison-là!» raconte Alexandre.

«L’hiver, je pars directement de chez nous en skis de fond et je peux longer le sentier, l’été c’est pour les balades avec les enfants, la course. C’est un plus», ajoute-t-il.

La devanture traditionnelle n’a pas été retouchée sauf la porte qui a été remplacée et les poutres qui ont été recouvertes de cèdre rouge, le même bois que celui des poutres qui soutiennent le plafond cathédral à l’intérieur.

Agrandir? Pourquoi pas! Ils ont alors pris la décision d’entamer des rénos. Au départ, ils ont fait appel à une technologue en architecture pour élaborer des plans, et ensuite ils se sont tournés vers Marie-Pier D. Bureau de Design DB pour assurer la continuité du projet.

«Elle a mis des mots sur ce qu’on aimait, parce qu’on ne savait pas qu’on aimait le style scandinave farmhouse», explique Alexandre. La designer a conservé les plans de la coquille extérieure tout en retravaillant la dimension des fenêtres. Elle a aussi remodelé l’aménagement intérieur. «Marie-Laurence avait fait beaucoup de recherches sur Pinterest, elle savait ce qu’elle voulait et elle avait des goûts très éclectiques. Alex voulait juste lui faire plaisir. Il disait “oui, oui, oui, je vais aimer ça’’!» se rappelle Marie-Pier. Elle a ressenti une grande confiance de la part de ses clients.

Agréables découvertes

La façade de la maison n’annonce pas du tout ce qu’il y a à l’intérieur ni à l’arrière. De grosses pierres ornent la devanture, laissant plutôt présager un style champêtre. Dès qu’on passe le pas de la porte, on découvre un lieu contemporain et chaleureux à mi-chemin entre le chalet scandinave et la maison de campagne.

La céramique à motifs dans le hall d’entrée est un choix judicieux pour attirer l’attention dès que s’ouvre la porte. Ses tons de gris font en sorte qu’elle ne détonne pas avec les matériaux et les autres couleurs.
Le hall d'entrée, dominé par les tons clairs, est ouvert, lumineux et invitant.

Dans le hall, c’est une céramique grise à motifs qui pave la voie. De grandes armoires sur mesure blanches en merisier laqué accueillent manteaux, souliers, accessoires pour les enfants, entre autres.

Au salon, le mur sur lequel est adossé le piano affiche un vert émeraude. Marie-Laurence avait même créé des caissons avec des morceaux de bois, une œuvre DIY que la designer a conservée. Le foyer est habillé de la même pierre que celle du revêtement avant de la résidence. C’est d’ailleurs cette pierre qui a inspiré la palette de couleurs des nouveaux matériaux. De l’ardoise noire a remplacé la vieille céramique beige, et du cèdre rouge dont la teinture est identique à celle des poutres extérieures et intérieures a été sélectionné pour la tablette afin de créer un fil conducteur.

Au salon, on a conservé le manteau de foyer en pierre, mais on a remplacé la céramique beige à ses pieds par de l’ardoise noire et remplacé la tablette par une nouvelle plus contemporaine en cèdre rouge.

Un peu plus loin, on pénètre dans une grande aire ouverte où se trouvent la cuisine, la salle à manger et l’aire de jeu des enfants. C’est surtout là que la magie a opéré. Un toit cathédrale d’une hauteur de 14 pieds et de grandes fenêtres appellent toute la luminosité à envelopper l’aire commune. La disposition des fenêtres sur le mur latéral, en hauteur et à l’horizontale, permet même de se cacher des voisins et de camoufler le cabanon.

Une salle à manger spacieuse qui respire avait été demandée à la designer.

Les lieux sont apaisants, voire propices au ressourcement. Le plancher en bois d’ingénierie huilé, soit du chêne blanc, contribue lui aussi à rendre l’espace empreint de douceur.

Fonctionnelle d’abord

«Ce n’est pas le genre de maison qui est faite pour faire des photos de magazine, elle est fonctionnelle», lance Alexandre.

Petite objection ici : elle est plutôt photogénique!

Pour une famille composée de deux adultes et de deux enfants, le côté pratique devait tout de même passer avant le style. Mais Marie-Pier D. Bureau a réussi à allier l’esthétisme et l’utilitaire d’une main de maître dans le processus de reconfiguration. La cuisine l’illustre bien avec ses nombreux rangements et son ergonomie.

De l’autre côté de la cuisine, on retrouve un mur complet de rangement fermé sur mesure pour ne rien laisser à la vue, sauf la verrerie exposée derrière des panneaux vitrés.

Pour les armoires, la designer a choisi du placage de frêne blanc ainsi que du placage de bouleau. «On avait le souci de ne pas mettre de panneaux en polyester parce que le polyester, quand ça se brise, ça ne se répare pas», explique Marie-Pier. «Dans dix ans, les enfants auront grandi, si les proprios sont tannés de la couleur, on peut resurfacer les armoires», précise-t-elle. Les subtiles touches de doré, de noir et de vert complètent le tableau avec classe.

Design durable, le plus possible

L’écoresponsabilité est au cœur de l’approche de Marie-Pier; son nom d’entreprise le dit, d’ailleurs. Pour elle, si on peut conserver ce qu’il y a déjà en place, c’est l’idéal. Sinon, la designer tente de réduire le plus possible l’impact environnemental de ses choix. Dans ce projet dont elle est très fière, elle a opté pour des matériaux provenant du Québec et a fait appel à des entreprises d’ici.

Au départ, Marie-Pier avait proposé du marbre pour le comptoir, mais les proprios ont préféré du quartz. «On a une fille qui met de la gouache partout. Quand [Marie-Pier] nous a dit que le citron et la sauce tomate, ça ferait une tache, on s’est dit hi! Lala!» rigole Alexandre. «Le marbre et le granit sont des pierres naturelles. On extrait la pierre de la montagne, la transforme en tranche, la polit et l’installe. Il y a très peu de transformation. Alors qu’un comptoir en quartz, ce sont des particules de quartz qui sont mélangées à de la résine, ça implique un plus gros procédé de transformation, donc plus d’énergie. Ça nécessite des produits chimiques pour le transformer aussi.»

Hotte dissimulée, armoires sans poignées, évier sous-plan : la cuisine est épurée et fonctionnelle, des critères importants pour les propriétaires. La touche dorée sur les robinets et le velours émeraude des bancs de comptoirs ajoutent un peu de chic à la pièce.

Alexandre et Marie-Laurence aimaient bien l’approche de Marie-Pier, qui leur a fait prendre conscience de l’impact environnemental des rénovations et que certains matériaux étaient préférables à d’autres. Cependant, côté budget, ça ne cadrait pas toujours. «Elle nous proposait toujours une option écolo en premier, mais des fois ça ne fonctionnait pas.»

Certaines pièces de la maison n’ont pas été touchées ou à peine. C’est le cas de la salle de bain, qui avait déjà été rénovée avant qu’ils n’emménagent dans la maison en 2011. La chambre des maîtres, elle, n’a eu besoin que d’un coup de pinceau avec une peinture bleu gris et de quelques accessoires. La chambre de la fillette âgée de 3 ans est demeurée telle quelle et celle de la nouvelle venue âgée de 6 mois a été ajoutée dans l’agrandissement. Quant au sous-sol, il a subi un agrandissement sur fondation.

Le revêtement arrière a été changé en entier avec du bois recouvert d’une teinture beige opaque et des fenêtres au cadrage noir.

Devant l’ampleur des travaux qui étaient à venir, la petite famille avait loué une maison pendant trois mois. «C’est essentiel à la survie!» insiste Marie-Laurence, qui ne serait pas imaginée vivre dans une maison éventrée et pleine de poussière pendant autant de temps. Par ailleurs, ç'a laissé le champ libre à la designer et aux entrepreneurs sur place.

Pendant qu’Alexandre visitait de temps à autre le chantier, Marie-Laurence se réservait la surprise pour la fin. «Tant qu’à jouer la game, on va la jouer jusqu’au bout!» se disait-elle. Yeux bandés, comme dans les émissions de rénovation, elle a découvert un nouveau chez-soi à couper le souffle!