L'oeuvre Terre d'accueil est composée d'artéfacts amérindiens reproduits en impression 3D et de photomontages surmontés d'une structure de plexiglas, de bois et de métal, encerclée de végétaux indigènes.

Terre d'accueil, un hommage à la rivière Mitis

Une oeuvre monumentale vient d'être intégrée au paysage du parc de la rivière Mitis, situé à Saint-Flavie, à côté des Jardins de Métis. Créée par Marie-Claude Hamel, de Saint-Octave-de-Métis, Terre d'accueil est dédiée à tous les peuples que le territoire de la rivière Mitis a accueillis. «C'est aussi un peu un hommage autant à la nature qu'à tous ceux qui l'ont foulée, transformée et habitée», indique l'artiste.
L'oeuvre est composée d'artéfacts amérindiens reproduits en impression 3D et de photomontages surmontés d'une structure de plexiglas, de bois et de métal, encerclée de végétaux indigènes.
Le projet a pris naissance en 2015, mais il a pris forme de façon plus intensive au printemps 2016. «J'imaginais un boîtier en plexiglas et des objets qui allaient témoigner de la présence des autochtones», a raconté Marie-Claude Hamel lors de l'inauguration de son oeuvre, le 25 août, à laquelle 85 personnes ont pris part. L'artiste a alors fait une sélection d'artéfacts découverts à l'embouchure de la rivière Mitis par une équipe de Ruralys, ainsi que du laboratoire d'archéologie et de patrimoine de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).
Originaire de Rimouski, l'artiste Marie-Claude Hamel vit à Saint-Octave-de-Métis.
La structure, qui épouse la forme d'une pyramide, abrite les impressions 3D de 11 artéfacts amérindiens datant de 450 à 1600 ans, qui sont des pointes de flèches, des fragments de poteries, un racloir, un grattoir et des objets inachevés. Marie-Claude Hamel y a appliqué une peinture blanche acrylique à la main, qui donne aux pièces un fini s'apparentant au plâtre. Les pièces sont placées sur une spirale qui donne l'impression de flotter dans l'oeuvre. «J'ai fait un peu comme des mandalas, explique sa créatrice. Je les ai mis en cercle dans l'oeuvre.»
Pour l'artiste, l'oeuvre est l'harmonisation des âges, d'hier à aujourd'hui. «C'est un paradoxe entre les techniques de construction et de fabrication très anciennes et la nouvelle technologie 3D qui, maintenant, révolutionne la fabrication des objets», observe-t-elle.
À même les archives des Jardins de Métis, l'artiste a sélectionné des photos de la rivière Mitis prises entre 1900 et 1950 par Robert W. Reford, qui était le mari de la créatrice des Jardins, Elsie Reford. «Pour l'époque, il avait vraiment fait de superbes photos de manière amateur, souligne l'artiste. Elles sont formidables pour la lumière.» Avec ces photos anciennes, Marie-Claude Hamel a créé un photomontage, auquel elle a intégré ses propres photos de la même rivière. Les reproductions d'artéfacts en 3D sont ainsi suspendues au-dessus de ces photomontages.
Les membres du groupe Bascaille inventent leurs instruments, dont celui-ci, fabriqué à partir d'un thuya.
«J'ai voulu évoquer la forme de la rivière Mitis qui a une sinuosité inégale, qui n'a pas toujours la même profondeur, tout en allant chercher le côté géométrique de la sculpture, décrit sa conceptrice. La superposition des deux photomontages crée aussi cette profondeur qu'on peut trouver dans l'eau. Le plexiglas évoque lui-même l'eau. Ça représente aussi l'espace aérien.»
D'un coût total de 30 000 $, le projet Terre d'accueil a principalement été financé par le Conseil des arts et des lettres du Québec, ainsi que par plusieurs partenaires. Marie-Claude Hamel y a consacré environ 250 heures.
Performances autour de l'oeuvre
Lors de l'inauguration, l'écrivaine Stéphanie Pelletier a présenté une performance inspirée de l'oeuvre Terre d'accueil. «Ce qui m'interpellait beaucoup, ce sont les différentes strates de temps et d'histoire humaine qui ont traversé le parc et l'embouchure de la rivière Mitis», mentionne l'écrivaine de Padoue, dans la Mitis. «Je me suis amusée à créer un texte qui est imprégné par le temps. Je voulais que le texte soit un complément au travail de Marie-Claude. Donc, j'ai laissé l'oeuvre ricocher en moi. J'ai écrit ce que pourrait être la vie quotidienne des Micmacs. Mais, j'ai aussi parlé d'Elsie Reford parce qu'elle aussi, son quotidien a été imprégné de la rivière Mitis.»
L'écrivaine Stéphanie Pelletier lit son texte inspiré de l'oeuvre <i>Terre d'accueil</i>.
Pendant que l'auteure narrait son texte sur scène, des ambiances sonores étaient créées par Bascaille, qui se décrit comme «un groupe éclectique à la frontière des arts visuels et des percussions.» Tom Jacques, Antoine Létourneau-Berger et Olivier Tremblay-Noël fabriquent eux-mêmes leurs instruments. Parmi eux, un intrigant instrument en forme d'arbre occupait la scène de façon magistrale. «C'est un thuya dont l'écorce a été enlevée et sur lequel on a installé des cordes et des roches, décrit Antoine Létourneau-Berger. Il y a des encoches sur le bois, avec lesquelles on peut jouer. Il y a aussi des microcontacts pour amplifier le son des cordes et la sonorité du bois.»
Comme autre instrument, les musiciens jouaient de ce qu'ils appellent un «argilophone». «C'est calqué sur le xylophone, mais les lamelles sont en céramique», explique Tom Jacques.