Une préoccupation des entrepreneurs en construction est l'impact du resserrement des mesures hypothécaires sur les mises en chantier en 2017. L'APCHQ prévoit une baisse de 14 % sur le territoire de la région de Québec et de 18 % sur celui de l'ensemble de la province.

Sensibiliser sur les enjeux en construction résidentielle

Resserrement des règles hypothécaires, baisse des mises en chantier, fin prochaine du crédit d'impôt RénoVert, lourdeur administrative, travail au noir. Alors que la construction résidentielle entre dans une ère difficile, l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) sonde le terrain.
Pour une première fois, l'APCHQ fait une tournée régionale sur l'habitation pour parler directement aux entrepreneurs. De passage à Québec cette semaine, l'organisme fondé en 1961 a constaté chez ses membres de la capitale les mêmes préoccupations qu'ailleurs dans la province.
En premier lieu, ils craignent la baisse des mises en chantier et la difficulté pour les jeunes d'accéder à la propriété, deux enjeux intimement liés, expose François-William Simard, vice-président développement stratégique et communications pour l'APCHQ. 
Il explique que les prévisions de mises en chantier pour 2017 ont été révisées à la baisse l'automne dernier après l'annonce du gouvernement fédéral de resserrer les règles hypothécaires. L'APCHQ parle d'une diminution de 18 % des mises en chantier pour l'ensemble de la province et de 14 % pour la région de Québec. 
«On fait un peu mieux dans la capitale, mais ça demeure dans le même ordre», indique M. Simard pour qui l'accès à la propriété des premiers acheteurs est un enjeu de société. 
La situation est-elle à ce point plus difficile en 2017 que dans les années 1980, alors que les taux d'intérêt s'élevaient à 20 %? «Ce qui est plus difficile aujourd'hui, c'est qu'il faut amasser 15 000 $ juste en mise de fonds, ce à quoi il faut ajouter la taxe de bienvenue, les frais de démarrage, de déménagement, de notaire», explique M. Simard. 
La mise de fonds et la taxe de bienvenue établies en fonction du prix de la propriété ont explosé ces dernières années, poursuit-il. «Le prix moyen des maisons au Québec au début des années 2000 était de 110 000 $ alors qu'il est passé à 267 000 $ en 2015. Mais les salaires n'ont pas nécessairement augmenté autant en proportion. Il y a un déséquilibre.»
En 2013, un sondage de l'APCHQ auprès des jeunes avait justement fait ressortir que le principal obstacle à l'achat d'une maison était la mise de fonds. «À Québec, le programme Accès Famille est une très bonne initiative. La Ville a compris que la mise de fonds était un enjeu et elle la finance selon certains critères en fonction des revenus», salue M. Simard.
La tournée de l'APCHQ fait aussi ressortir que les entrepreneurs croulent sous les nombreux règlements en vigueur. M. Simard énumère la loi R-20 de la Commission de la construction du Québec qui encadre l'industrie, les directives de la Régie du bâtiment, des différents organismes gouvernementaux. «Tout ça mis ensemble crée une lourdeur administrative.»
François-William Simard, vice-président développement stratégique et communications pour l'APCHQ
Après le 1er avril?
Autre préoccupation du milieu, le crédit d'impôt RénoVert qui prend fin le 1er avril. Les entrepreneurs nourrissent l'espoir qu'il sera prolongé ou remplacé par une autre mesure incitative mardi dans le budget provincial, indique M. Simard. «L'APCHQ a fait beaucoup de représentation auprès du gouvernement dans le cadre des consultations pré-budgétaires. On a aussi fait une campagne de sensibilisation pour rappeler l'importance de ce genre de crédit d'impôt pour l'industrie.»
M. Simard souligne que ces programmes de financement stimulent l'économie et permettent d'éviter le travail au noir, un autre problème dans le monde de la construction et de la rénovation. «Pour obtenir un crédit, les gens doivent faire affaire avec des entrepreneurs licenciés et fournir leurs factures.»
Selon le porte-parole de l'APCHQ, les gens doivent faire la différence entre les bricoleurs du dimanche et les entrepreneurs en règle. «Les coûts de construction et de rénovation sont plus élevés, mais les compétiteurs qui ne respectent pas les règles ne paient pas au gouvernement tout ce qu'ils devraient. Il y a une responsabilité sociale à lutter contre le travail au noir. La concurrence déloyale fait mal.»
Parc locatif à rénover
M. Simard ajoute qu'une mesure incitative pour favoriser la rénovation du parc immobilier locatif serait aussi bienvenue. Actuellement, les propriétaires d'immeubles à logement ne voient pas les avantages à rénover, parce qu'ils n'arrivent pas à récupérer l'argent investi à court ou à moyen terme, constate l'APCHQ, sans vouloir s'étendre sur les raisons.
M. Simard mentionne que 81 % des immeubles locatifs au Québec auraient besoin de rénovations, d'après un sondage conjoint avec la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec. «40 % du parc immobilier est locatif, mais seulement 25 % des investissements en rénovation y sont consentis. Il y a vraiment un déséquilibre.»
Jusqu'en avril, l'APCHQ poursuit sa tournée régionale et devrait avoir rencontré quelque 200 entrepreneurs au total. Un échantillon assez représentatif, estime M. Simard dont la mission est de prendre le pouls de l'industrie pour mieux sensibiliser les décideurs et la population aux préoccupations des 17 000 entreprises membres.