Réaménagement de Place Québec: inventer la lumière

Même si elle est à la jonction stratégique de la basse et de la haute ville, dans un secteur très achalandé en constante évolution, Place Québec était devenue désuète, accusant durement le poids des années avec son look vieillot et son aménagement dépassé. Avec le récent réaménagement des lieux, exit les coins sombres et les plafonds bas, place à la lumière et à l'espace.
Le Fonds immobilier de solidarité FTQ a acquis Place Québec en 2008 et en était l'unique propriétaire depuis 2010, jusqu'à mi-décembre dernier, alors qu'on a annoncé que l'Industrielle Alliance était maintenant propriétaire des lieux à 50 %. «Nous avons un modèle d'affaires de partenariat et nous avions dès le départ [l'acquisition de Place Québec] l'intention de consolider notre portefeuille immobilier avec des gens de Québec», rappelle Normand Bélanger, le pdg du Fonds immobilier de solidarité FTQ.
Avant cette transaction, le Fonds avait également cédé certains espaces au Centre de congrès de Québec, qui désirait s'agrandir. Pour le reste, le projet de donner un second souffle à Place Québec était à l'esprit du Fonds depuis le départ, et les travaux de 14 millions $ se sont véritablement enclenchés il y a 18 mois, avec l'intention de réaménager l'entrée du 900, boulevard René-Lévesque, ainsi que le niveau de la halte-bouffe et des couloirs menant aux bâtiments voisins.
«L'objectif était de créer de la hauteur et "inventer" de la lumière», image Serge Cormier, directeur à la construction au Fonds immobilier de solidarité FTQ et chargé du projet. «L'idée, c'était de sortir du sous-sol et rendre l'environnement agréable aux usagers», ajoute-t-il, rappelant les couloirs sombres et le look des années 70 qui avait fait fuir un peu tout le monde. Avant de procéder à la remise à niveau de l'endroit, les propriétaires de Place Québec ont eu de bonnes discussions avec le Hilton et le Centre des congrès, ses voisins immédiats avec qui ils partagent certains espaces, histoire d'arrimer les changements aux installations existantes et à celles (en partie) en mutation du Centre des congrès.
Atelier 21 à la rescousse
Les travaux ont été confiés à la firme d'architecture Atelier 21. «Avant les travaux, nous étions en présence d'un exemple typique d'un complexe du début des années 70, dont l'architecture caractéristique de l'époque était principalement axée sur de principes fonctionnels, mais très peu sur l'expérience du lieu comme tel», décrit la firme dans sa mise en contexte de la mission qui lui était confiée. En résumé, il fallait complètement inverser la vapeur et créer un environnement accueillant, convivial et lumineux. Un bon défi pour les architectes, quoi.
«Nous avons voulu créer un environnement ouvert, où les gens se sentiraient à l'aise. Pour ça, nous avons imaginé un lieu épuré et contemporain et nous avons privilégié une architecture internationale et active», explique Hugues Desbiens, architecte chez Atelier 21. Internationale, car elle ne jurerait pas dans un grand aéroport et active puisqu'on a délibérément sacrifié un escalier roulant pour que la descente vers le deuxième niveau se fasse à pied.
Soyez sans crainte, la remontée peut tout de même se faire par un l'escalier mécanique. Pour les personnes à mobilité réduite, un monte-personne est installé dans l'entrée et l'ascenseur est facilement accessible.
Maison nette
D'abord, un curetage complet de l'endroit a été effectué, du plancher au plafond. Une large ouverture a été pratiquée entre l'entrée et l'étage du bas pour créer un puits de lumière qui ferait «sortir le deuxième niveau du sous-sol», pour reprendre l'expression de Serge Cormier.
L'entrée a été complètement redessinée, selon le concept épuré et contemporain choisi par Atelier 21, et deux abribus (un ouvert et un autre tempéré) ont pignon sur rue de chaque côté des portes, sur le boulevard René-Lévesque.
Pièce maîtresse de tout ce réaménagement, un mur végétal de 12 mètres de hauteur, qui le plus plus haut du genre à Québec. Il est équipé d'un système d'irrigation automatique fournissant tous les nutriments aux plantes.
Là comme au deuxième niveau, le blanc est la couleur dominante utilisée, avec quelques accents d'ébénisterie et des plantes (toutes véritables) pour rééquilibrer et réchauffer l'atmosphère.
En bas, le changement est spectaculaire. Il ne reste plus rien de l'aspect caverneux, des plafonds bas et du manque d'éclairage et de lumière naturelle. «On a voulu améliorer la circulation et créer des aires ouvertes dans le secteur de la halte-bouffe, encore là pour maximiser l'espace», précise Hugues Desbiens. Le blanc est encore une fois utilisé à profusion et les architectes ont également joué avec la hauteur des plafonds, les courbes et les jeux d'éclairage, pour animer l'espace et briser la linéarité qui aurait pu se dégager de l'ensemble.
La halte-bouffe à aire ouverte est d'environ 85 places assises, et trois restaurateurs s'y installeront, de même que trois commerces autour. Fini la grande galerie marchande, car le second niveau de Place Québec est maintenant scindé en deux, avec les espaces qui ont été vendus au Centre des congrès. Le reste de l'étage (qui donne sur la rue Saint-Joachim) sera réaménagé plus tard, quand on aura décidé exactement (après consultation, promet-on) de quoi sera fait le projet immobilier de plusieurs étages sur le basilaire (au-dessus du stationnement).
Quant à la nouvelle et lumineuse Place Québec, «c'est maintenant aux gens de s'approprier l'espace», souhaite Serge Cormier. Le message est passé.
Marcher en levant le nez
Autre élément majeur de ce réaménagement important, le plafond de toile tendue en vinyle. «C'est le plus gros projet de toile tendue à Québec», confirme Hugues Desbiens. Le matériau est tendu à chaud pour épouser la géométrie en courbes dessinée par les architectes, et réfléchir la lumière de façon très efficace.
Pour suivre ces courbes, des appareils d'éclairage DEL de fabrication québécoise ont été installés au plafond, histoire d'également tracer un subtil chemin lumineux aux passants.
De même, de l'éclairage a subtilement été placé dans les caissons et le bas de certains murs, pour, encore une fois, accentuer la luminosité et briser la linéarité.
Les salles de bains ont aussi été revisitées. Les chics comptoirs sont en béton, de chez Bétons Architecturaux Breton de Saint-Romuald, et suivent la même tendance moderne et urbaine que le reste. On a là aussi utilisé la même palette de couleurs, mais un éclairage rasant, sur les tuiles écrues de grand format des murs, souligne le relief de celles-ci.
Les rénovations ont aussi permis la mise à niveau complète de la boîte électrique de l'édifice, un aspect coûteux et essentiel du réaménagement, «qui n'est même pas visible!» souligne en riant Normand Bélanger, pdg du Fonds immobilier de solidarité FTQ. L'essentiel est invisible pour les yeux, on le savait déjà.