Raymond Warren crée ses personnages en les imaginant dans l'espace.

Raymond Warren: entre insouciance et inquiétude

Raymond Warren façonne des personnages de céramique qu'il place dans des positions précaires, dangereuses même. Avec leurs petites bouilles naïves, ils escaladent des murs, ils sont suspendus à des tiges de fer, ils se tiennent sur des poutres de bois. On dirait qu'ils nous narguent.
Le Centre MATERIA accueille, jusqu'au 23 février, les sculptures de Raymond Warren dans une exposition baptisée Équilibre et gravité. L'artiste a regroupé quelque 150 personnages dans 80 installations. C'est très ludique, mais il se dégage de ces vignettes une impression d'insouciance qui induit l'inquiétude chez le spectateur.
Raymond Warren joue habilement avec les notions de lourdeur et de légèreté, d'équilibre et de mouvement, de candeur et d'anxiété. «Une personne équilibrée est une personne riche, fait-il valoir. Elle a beaucoup de qualités et de défauts, mais on ne s'inquiète pas pour elle.»
Ses personnages semblent souvent en «apprentissage de l'équilibre». «Avec le mouvement, je les amène le plus près possible de la vie», ajoute-t-il.
Originaire de Montréal, Raymond Warren vit et travaille depuis 40 ans dans le village de Bois-Franc, en Outaouais, à une quinzaine de kilomètres au nord de Maniwaki. Il s'agit d'une première exposition solo à l'extérieur de son patelin. «Je ne pouvais espérer mieux comme salle», s'est-il émerveillé devant cette galerie lumineuse aux murs immaculés.
Il est diplômé en arts plastiques de l'UQAM. «Mais mon sentiment d'appartenance va aux métiers d'art, confie-t-il. Ma famille est là.» Avec ses installations, son exposition à MATERIA relève cependant des arts visuels, concède celui qui, finalement, se définit à la fois comme sculpteur et céramiste.
<p>Des anciens râteaux à foin servent de trapèzes aux personnages de céramique en mouvement.</p>
Aujourd'hui retraité, Raymond Warren a longtemps enseigné les arts plastiques à mi-temps dans les écoles secondaires. «La céramique, c'était ma vie, mais je ne gagnais pas ma vie avec ça», nuance-t-il. Comme tous les finissants en arts, il a essayé toutes sortes de disciplines. Jusqu'au jour où il a investi dans un four à bois artisanal. À 35 ans, il avait trouvé sa voie.
Le céramiste travaille avec le grès qu'il façonne en creux, c'est-à-dire en laissant l'intérieur vide. Il ne fait qu'une seule cuisson, à si haute température que «la cendre fond». «Le fini verni vient de la vapeur de cendres, explique-t-il. Les paillettes, ce sont les cendres qui se déposent sur le grès.» Et si les creux sont plus pâles, c'est parce que la fumée y a moins accès, précise-t-il.
Ses installations sont aussi constituées de matières récupérées, tels ces anciens râteaux à foin métamorphosés en trapèzes, ou ces retailles de frêne et de cèdre transformées en hamacs. Ses personnages nus, dont le sexe, au fond, importe peu, y évoluent avec grâce et candeur, dans une quête constante d'équilibre. «Ce thème est sans fin», constate Raymond Warren.
Le Centre MATERIA est situé au 395, boul. Charest Est, à Québec. Il est ouvert du mercredi au dimanche. L'entrée est gratuite. Information : info@centremateria.com