Quand la nature guide les sens

Pour l'architecte Pierre Thibault, «la nature est un guide, un professeur». La hauteur des arbres lui a ainsi dicté une maison verticale. Par son dépouillement, elle ressemble à une chapelle. Pour peu, on s'y recueillerait.
Nous voici à Sainte-Christine-d'Auvergne, une municipalité voisine de Saint-Alban, dans Portneuf. Un jeune couple a demandé à l'architecte Pierre Thibault de lui dessiner une résidence secondaire sur le bord du lac Clair. Il l'habite depuis novembre, mais y a vécu pendant une bonne partie du chantier. «On a même campé sur le terrain», révèle notre hôtesse.
Les planches de cèdre posées à la verticale sur les murs intérieurs, la longue cheminée du poêle et le mur de fenêtres qui recouvre toute la façade, du côté du lac, font écho à la hauteur des arbres, feuillus et conifères.
C'est dans la chambre principale, à l'étage, que la générosité de la nature se dévoile le plus. La pièce bénéficie de fenêtres panoramiques. Et comme elle s'avance en mezzanine au-dessus du salon, on y éprouve une sorte de vertige que la balustrade vitrée n'atténue pas. «On est aspiré vers les arbres», note Pierre Thibault.
Toute la maison baigne dans un camaïeu de beiges. L'impression de grandeur naît de cette unité des tons. «La couleur vient de l'extérieur, fait observer l'architecte. La maison ne peut pas faire compétition à la nature.»
Dans ce lieu de silence, la moindre vibration d'une feuille de hêtre fait surgir une conversation, le moindre mouvement d'un rayon de soleil est un événement.
Un espace ami
Pierre Thibault parle d'un «espace ami». «Imaginez cet état opérant dans une école», glisse-t-il...
Dans l'entrée, le plancher est recouvert d'un caillebotis très pratique. Ce panneau de lattes, en effet, surmonte un bassin d'aluminium dans lequel tombent les vestiges de l'extérieur, sable, terre, cailloux. 
Ce caillebotis forme une sorte de passerelle, de «petit pont». Il file jusqu'à l'escalier du sous-sol, puis continue vers l'arrière, le long du mur, avant de buter sur une «faille», soit un trou dans le plancher qui permet à la lumière de pénétrer dans le sous-sol. L'architecte jure que sans cette «faille», le salon semblerait plus petit.
Quand on arrive en voiture à cette maison, deux cubes se profilent. Le plus gros contient les quatre chambres, les trois salles de bain, la salle de télé et les espaces de vie. 
Séparé de la maison, le plus petit abrite la pièce moustiquaire. Pierre Thibault aime l'idée de «franchir un seuil» pour y accéder. L'«effet d'attraction» est indéniable, soutient-il. Engendrés par ce passage du dedans au-dehors, d'un salon fermé à une pièce aérée, des «microclimats» se créent. Ils ont tout pour séduire celui qui carbure aux surprises, à la mise en éveil des sens et au repos de l'esprit.