Détails de la chaise Mesh, réalisée en 2013

Portrait d'artisan: forger le beau, l’utile et le durable

Le bruit du marteau, constant et sourd, sur fond de jazz et de sifflements. Voilà ce qui s’échappe de l’atelier de Thomas Lefebvre, dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec. L’artisan forgeron de 33 ans frappe le métal pour le transformer en objets utiles, épurés et durables.

L’obsolescence programmée? Très peu pour lui. «Pratiquement tout ce que je vends est garanti à vie.» Bibliothèques et modules de rangement autoportants, chaises, quincaillerie d’escalier, pinces à foyer... Sur le comptoir en entrant, un ouvre-bouteilles en acier attire l’œil, par sa forme, sa patine, sa simplicité. Chaque forgeron a son modèle de décapsuleur, dit-il.

L'artisan forgeron Thomas Lefebvre
Ouvre-bouteilles en acier, vendu 45 $ sur la boutique en ligne Etsy

Penché sur son enclume, en continuant de marteler le métal rougi, il raconte son histoire. «Y’a du monde qui paye pour s’entraîner de même!», rigole au passage le jeune homme au bras de Popeye.

Thomas Lefebvre en train de marteler le métal rougi

Dès 13 ou 14 ans, il a été initié à la forge dans l’atelier de son père, L’enfer forgé, à Saint-Raphaël de Bellechasse. «Je suis devenu son helper.» Joueur de guitare et attiré par la fabrication d’objets, Thomas Lefebvre a plus tard étudié en lutherie à l’École des métiers d’art de Québec. Mais les aléas de la vie l’ont ramené à son four et il travaille à son compte depuis huit ans. Il ne regrette rien de son parcours, la lutherie lui a appris plusieurs techniques de mesure et la précision en général. «Ça me sert encore aujourd’hui.»

Porte cochère et sa grille
Poignée signée Thomas Lefebvre

Longtemps, il a alimenté son foyer de chauffe au charbon. «Mais je m’exposais à des niveaux de monoxyde de carbone assez malsains.» Il s’est converti au propane, parce que «c’est plus propre, moins rare et que c’est très pratique de pouvoir arrêter et rallumer le feu au besoin». Il explique que les forgerons «les plus branchés» travaillent à l’induction, une forge 100 % électrique qui ne génère aucun gaz et chauffe presque instantanément. Mais ces installations sont coûteuses et quasi impensables dans un environnement résidentiel.

Thomas Lefebvre s’est converti au propane pour alimenter son feu.

Dans son antre, il cumule pinces, tenailles, gabarits, poinçons. «On dit que la moitié du travail du forgeron est de fabriquer des outils pour bien tenir ses pièces.»

Une ligne d'outils pour chaque besoin

Thomas Lefebvre parle chimie, structure moléculaire, teneur en carbone. Parce que chaque métal a ses propriétés et se travaille différemment. De plus en plus, il façonne l’inox, le cuivre, différents types d’acier, comme l’acier carbone et l’acier doux. Par amour des contrastes, il essaie aussi d’intégrer le bois.

Module de rangement monobloc

Son approche est assez moderne, «par goût personnel», dit-il. «J’aime les lignes simples, les matériaux qui ont une régularité très clinique, comme le grillage tissé ou les trous à intervalles réguliers.»

La chaise Mesh
Outils de foyer

Ses objets et son mobilier doivent avant tout répondre à une fonction. La grande partie de son travail est de fabriquer des pièces sur mesure, pour des particuliers ou des designers. Le reste de son temps est consacré à des créations, qu’il propose sur sa boutique en ligne Etsy. Ses hamacs à fruits, ses cuillères doseuses à café, ses casse-noix et autres ouvre-bouteilles s’envolent souvent vers les États-Unis ou l’Europe. «Seulement 10 % de ma clientèle sur Etsy est québécoise», souligne l’artisan.

Cuillère forgée en inox

S’il ne manque pas de boulot jusqu’aux Fêtes, le jeune père de famille sortira tout de même de sa forge pour aller rencontrer le public au Salon Nouveau Genre le 8 décembre, à l’église Saint-Fidèle, située au 1280, 4e Avenue, à Québec.

Quincaillerie d’escalier

Thomas Lefebvre constate un engouement pour son métier, peut-être sous l’impulsion de la série télévisée américaine Forged in Fire. Sans être un grand amateur de ce genre d’émissions, qui mettent les gens en compétition, il se réjouit de l’intérêt suscité pour la forge et ses artisans.