L'oeuvre des firmes d'architecture OMA et Provencher_Roy, avec ses porte-à-faux et son effet de cascade qui permet au musée de s'étendre dans le parc d'un côté, toutenaccueillant la ville de l'autre.

Pavillon Pierre Lassonde: organisme vivant

Le pavillon Pierre Lassonde respire et irradie en plein coeur de la ville. La nouvelle présidente du Conseil du bâtiment durable du Canada - Québec, Julie-Anne Chayer, incite les gens à venir voir et revoir ce «corps humain» aux entrailles vertes, à le toucher et à ressentir ses bienfaits.
«Ici, c'est un musée, mais ça devient aussi un musée des meilleures pratiques de l'environnement bâti durable», dit Julie-Anne Chayer. Elle croit que des projets à grand déploiement comme celui-là montrent la voie.
À l'instar du Centre Vidéotron, le nouveau pavillon du Musée des beaux-arts du Québec (MNBAQ) ouvert le 24 juin vise une certification environnementale LEED argent. Une visite de tous ses recoins jusqu'à la salle des machines la semaine dernière a permis au Soleil de constater les défis techniques pour faire de cette cathédrale de verre un sanctuaire écologique.
Dès le départ, le volet vert faisait partie des critères de base du concours d'architecture qui avait été lancé, rappelle Guillaume Martel, coordonnateur en développement durable chez Provencher_Roy, le bureau d'architectes qui a travaillé en consortium avec la firme new-yorkaise OMA. Tout le monde a donc travaillé de concert avec cet objectif en tête.
Le grand défi : les conditions muséales
Parmi les «points immuables» de ce projet de grande haleine, M. Martel mentionne la volonté de faire entrer la lumière naturelle. Un désir d'éviter la boîte noire étanche des musées habituels, d'offrir un parcours plus intéressant, avec des percées permettant aux visiteurs de s'orienter et d'éviter la «fatigue muséale».
Les panneaux de verre diffusent la lumière sans surchauffer.
Mais voilà. Parallèlement, il fallait aussi protéger les oeuvres, qui demandent une température constante et un taux d'humidité précis avec un changement graduel en hiver. Un ambitieux mandat pour la firme Bouthillette Parizeau, qui a conçu la mécanique du bâtiment. 
«C'était un gros défi. On a beaucoup de volume d'air à traiter et ça roule 24 heures sur 24 pour maintenir les conditions muséales idéales. Il y a des dépenses énergétiques assez élevées, mais avec le travail des architectes et des ingénieurs, on est arrivé à une très bonne enveloppe, malgré les portions vitrées», dit M. Martel.
Par exemple, les 2000 panneaux triple vitrage de Multiver, une entreprise de Québec, sont ainsi faits qu'ils coupent les gains solaires et limitent les pertes de chaleur. On ne veut ni suffoquer ni geler. Des sérigraphies superposées dans le verre permettent notamment à la lumière d'entrer en diagonale pour atténuer les gains de chaleur. 
Le reste de l'éclairage du pavillon Pierre Lassonde est en partie à la DEL, sinon, il compte un taux de mercure le plus bas possible, indique M. Martel. Des détecteurs de mouvements dans certaines pièces et dans les escaliers permettent aussi de moduler l'éclairage selon les besoins.
Toit de ciboulette 
À travers certaines fenêtres, on est séduit par le toit végétal dont les couleurs se marient aux céramiques et autres oeuvres. Il s'agit de ciboulette, de sédums et de plantes locales, nous a appris Soprema, l'entreprise qui a orchestré l'installation. Mais au-delà de la beauté de ces toitures végétalisées, il y a plusieurs points LEED à aller chercher.
Le pavillon Pierre Lassonde compte 35 000 pieds carrés de toiture végétale sur trois niveaux.
C'est presque 85 % des toitures sur trois niveaux qui sont vertes, précise M. Martel en énumérant les avantages comme la rétention d'eau et la réduction des îlots de chaleur. Les 90 000 plantes utilisées sont indigènes, n'exigent pas d'irrigation et pratiquement pas d'entretien.
Les matériaux
La composition même du nouveau pavillon fait aussi gagner des points LEED. M. Martel indique qu'«un des gros contributeurs» dans les matériaux recyclés utilisés est le béton. La compagnie Béton Provincial explique avoir intégré 20 % de cendres volantes, un déchet provenant de centrales thermiques, au mélange de ciment destiné à la construction. Ces matériaux de remplacement réduisent l'impact du ciment Portland, un composé très énergivore.
De bons points pour la certification LEED, le granite au sol vient du Québec alors que l'acier de l'escalier monumentala un haut taux de contenu recyclé.
M. Martel ajoute que l'acier de la structure, des porte-à-faux et de l'escalier monumental a aussi un haut taux de contenu recyclé, tout comme le gypse.
Par ailleurs, plusieurs matériaux sont à faible émission de composés organiques volatils (COV) et beaucoup proviennent du Québec, réduisant les gaz à effet de serre dus au transport. 
Coûts et cycle de vie
Toutes ces mesures vertes font-elles gonfler la facture? Dans le milieu, on estime le «surplus» à environ 3 % sur le coût de construction. Mais Julie-Anne Chayer, du Conseil du bâtiment durable du Canada - Québec, nuance. 
«Il est important de regarder le projet dans son ensemble, de la construction, en passant par l'opération et le démantèlement du bâtiment. Certaines études qui évaluent les coûts sur tout le cycle de vie du projet permettent de confirmer que l'intégration de meilleures pratiques en amont peut réduire les coûts globaux. Souvent, nous ne regardons qu'une partie de la photo, soit le coût de construction. En intégrant toutes les étapes du projet, on constate un gain sur tout le cycle de vie pouvant atteindre 40 % de réduction des coûts selon les études de cas réalisées.»
La salle desmachines, rutilante et ingénieuse. Toute la mécanique du pavillon Pierre Lassonde est camouflée pour laisser l'architecture en vedette.
Line Ouellet, la directrice du MNBAQ, rappelle qu'une demande de départ du mécène Pierre Lassonde était de respecter les coûts de construction du bâtiment de 4800 $ le mètre carré. Elle compare ce chiffre à l'agrandissement du Art Gallery of Ontario à Toronto qui a coûté 17 900 $ le mètre carré. «Donc on a quelque chose de grande qualité à coût raisonnable», conclut-elle avec satisfaction.
En chiffres
15 000 m2
Surface du nouveau pavillon, doublant presque la surface d'exposition du MNBAQ
103 M$
Coût total du projet
8000 m3
Quantité de béton utilisé pour la construction du pavillon
500
Nombre de tonnes métriques de cendres volantes, un résidu d'usines, recyclées dans le béton
35 000 pieds carrés
Surface de toiture végétale comprenant 90 000 plantes
98 %
Proportion d'eau de pluie retenue par la toiture végétale
48 %
Réduction de la consommation en eau par l'installation d'appareils à faible débit
38 %
Économie d'énergie comparativement à un bâtiment de même fonction et de même superficie, soit une réduction de 428 tonnes de gaz à effet de serre
99 %
Proportion de déchets de la démolition du couvent des Dominicains récupérés et revalorisés
30 %
Pourcentage des coûts qui viennent de matériaux locaux
94 %
Pourcentage de bois certifié FSC (Forest Stewardship Council)
6 à 18 mois
Temps requis au processus de certification LEED
En un mot
LEED › Leadership in Energy and Environmental Design (LEED) est un système d'évaluation reconnu comme la marque internationale d'excellence pour les bâtiments durables dans plus de 132 pays. L'étiquette touche autant la gestion efficace de l'eau, l'aménagement écologique des sites, la performance énergétique, le choix des matériaux et la gestion des ressources que l'innovation en design. Un bâtiment peut atteindre quatre niveaux : certifié, argent, or et platine.