Après la cuisson au four, les motifs rouges peints par Patrick Le Blond deviendront noirs.

Patrick Le Blond: le céramiste peintre

«Je suis le potier du village», clame Patrick Le Blond. Mais depuis qu'il travaille sur chevalet, il se prend pour Chagall. Et les oies noires qu'il dessine sur l'argile le ramènent à Riopelle. Ce Madelinot d'adoption a beau être céramiste, son «attitude» est celle d'un peintre.
<p>Patrick Le Blond travaille plusieurs pièces à la fois. «Elles se font écho», dit-il.</p>
<p>«Les Îles, c'est une vraie héronnière», a constaté Patrick Le Blond.</p>
Patrick Le Blond a été invité en résidence à la Maison des métiers d'art de Québec, d'où il est lui-même issu. «J'ai fait partie de l'une des premières cohortes», raconte ce natif de Charlevoix installé depuis 12 ans dans la localité de Bassin, sur l'île de Havre-Aubert. C'est là qu'il exerce son métier de potier, cherchant l'équilibre entre les objets utilitaires et les pièces d'expression.
«Aux Îles, j'ai la mer à perte de vue, le silence, les oiseaux, le vent et les renards qui grattent», philosophe le gaillard de presque 50 ans. Ses grandes assiettes témoignent de ce quotidien maritime. «J'initie une présence humaine», poursuit-il en désignant le chasseur qui apparaît sur quelques-unes de ses créations. «Il tire toujours à côté...»
<p>Sur les assiettes murales du céramiste Patrick Le Blond, «le chasseur tire toujours à côté». </p>
Partage et transmission du savoir
Au moment de notre rencontre, lundi matin, il avait mis en marche une «cuisson» dans le four au gaz que la Maison des métiers d'art met à sa disposition. Partage et transmission du savoir : une résidence, c'est ça. Patrick Le Blond anime le cours «tournage de grand format». Et il se préserve des espaces pour ses propres pièces d'expression. 
«Pour les étudiants, j'incarne la possibilité qu'ils peuvent y arriver eux aussi», analyse-t-il.
«L'oeuvre commence au tournage, explique-t-il. Je crée mon canevas, comme le peintre.» Il se «fait ensuite des fonds à la louche». Puis, pour exploiter les ressources de ses glaçures colorées, il s'installe au chevalet. Il esquisse ses oiseaux et ses renards en appliquant de la cire au pinceau. «Faut maîtriser ça, ce sont des techniques non conventionnelles», dit-il.
«Je joue avec les perspectives, je me sens comme Chagall, confie-t-il. Et Riopelle? Ah oui! Je l'adore.» Mais à la différence de ces peintres, le céramiste évolue comme un «daltonien». «On ne connaît pas le résultat avant la cuisson finale, mentionne-t-il. On transcende la couleur. On touche à l'intuition. Y'a pas de repentir.»
Aux Îles-de-la-Madeleine, dans ce «pays habité par la liberté et la créativité» où il a ressenti «une révélation», il diffuse ses oeuvres en cinq lieux et chacun a ses exclusivités. «Ça crée une belle dynamique», trouve-t-il.
Ses dernières oeuvres sont suspendues dans le local qu'il occupe à la Maison des métiers d'art. Ces céramiques murales, ainsi que les autres qu'il produira à Québec d'ici la fin du mois, sont destinées à la Galerie Isis de Baie-Saint-Paul. «Là, ils mettent mes assiettes à côté des tableaux, ça me plaît, dit-il. Ils sont à l'aise avec mes couleurs et mon iconographie.»
«J'ai une structure d'artisan, mais je me sens artiste», résume-t-il.
Avancer, découvrir, voilà ce qui le fait durer depuis 20 ans. Sa seule limite? «La grosseur du four», lance-t-il.