Ce salon représente bien le raffinement de l'élite de Québec au XVIIe siècle. Il est tout à fait plausible que Madame de la Peltrie ait possédé des meubles d'esprit Louis XIII tels que ceux-ci.

Mission Nouvelle-France: la vie quotidienne dans toute  son authenticité

Trente et un ans après Samuel de Champlain, une poignée de femmes sont débarquées à Québec pour y éduquer les filles et soigner les malades. Il reste de leur présence ici des objets, des meubles, des oeuvres d'art et des documents que les Ursulines ont regroupés dans le grand parloir de leur monastère et qui en disent long sur la vie quotidienne en Nouvelle-France.
<p>À gauche, soeur Marguerite Chénard, responsable du parloir; à droite, Christine Cheyrou, directrice du Musée des Ursulines et commissaire de l'exposition <em>Mission Nouvelle-France</em></p>
Offerte comme un «cadeau à la population», cette exposition éphémère est fascinante, au même titre que ces documentaires de la Première Guerre mondiale réalisés avec des images et des bouts de film authentiques. La vérité est toujours plus émouvante que la reconstitution.
«On a fait l'inventaire des biens datant de la Nouvelle-France, dans nos écoles de Québec et de Loretteville», a mentionné la supérieure provinciale des Ursulines au Québec, soeur Pauline Duchesne, que Le Soleil a rencontrée lors de l'inauguration de l'exposition, la semaine dernière.
Ces reliques héritées du Régime français étaient disséminées un peu partout, dans les salles et dans les corridors. Et voilà que nombre d'entre elles composent aujourd'hui l'exposition Mission Nouvelle-France.
L'îlot de gauche montre deux intérieurs très différents l'un de l'autre : celui de la bienfaitrice laïque des Ursulines Madeleine de Chauvigny de la Peltrie, raffiné et représentatif de l'élite québécoise de l'époque; et celui d'une religieuse cloîtrée, sobre et monochrome, tout de bois et de fer forgé.
Certains meubles étaient importés de France, mais plusieurs étaient confectionnés ici par des ébénistes locaux, des hommes «qui ont construit le pays», résume soeur Duchesne. «Ils prenaient le temps de bien faire les choses», ajoute-t-elle en désignant les pièces de bois tournées et les panneaux en losanges et en pointes de diamant.
Sacré défi
L'adaptation au froid constituait un sacré défi au XVIIe siècle, comme en témoignent le lit-cabane et le fauteuil de la malade surmonté d'un «toit protecteur» rembourré qui tenait les convalescentes au chaud. La lampe-bouillotte, elle, servait de source d'éclairage et de réchaud pour les breuvages.
L'îlot de droite est réservé à l'art sacré. Des moules révèlent l'intérêt des religieuses pour la confection de chandelles et de fruits décoratifs en cire. Marie de l'Incarnation leur a aussi appris l'art de la dorure et elles ont ainsi orné tout le mobilier de leur chapelle entre 1730 et 1736.
Les religieuses ont dépensé beaucoup d'énergie pour leur 375e anniversaire. «Cette exposition vient chercher nos racines», se réjouit leur supérieure, soeur Duchesne.
L'avenir est pavé d'incertitudes pour cette institution privée qui accueille 609 garçons et filles du primaire, dont 535 dans le Vieux-Québec, tous répartis dans des classes séparées. Un «comité de l'avenir» cherche depuis trois ans comment assurer la survie des 17 maisons du monastère. La mission éducative doit être préservée, assure soeur Duchesne.
Des femmes courageuses
Le 1er août 1639, un groupe de religieuses Ursulines et Augustines débarquait à Québec pour y fonder deux monastères : le premier serait voué à l'éducation des filles, le second, aux soins des malades. Trois Ursulines, dont Marie Guyart de l'Incarnation, accompagnaient la bienfaitrice laïque Madeleine de Chauvigny de la Peltrie et sa servante. Originaires de Dieppe, les trois Augustines hospitalières étaient, quant à elles, parrainées par la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu.
Trois cent soixante-quinze ans plus tard, leurs deux monastères sont toujours debout, au coeur de l'arrondissement du Vieux-Québec. La contribution de ces deux communautés à l'histoire et à l'art du Québec et du Canada est célébrée dans l'exposition consacrée aux Ursulines. Leur arrivée sera commémorée le 2 août, à la place Royale.
Information : www.le375e.com
<p>Lit-cabane</p>
<p>La poupée du costume</p>
Quelques objets vedettes
Le lit-cabane
Au début de la colonie, toutes les religieuses dormaient dans ces lits-cabanes qui les protégeaient du froid grâce à leurs deux portes et à leur isolant de serge de laine. Ils auraient été détruits dans les incendies de 1650 et de 1686. L'introduction des poêles à bois dans le dortoir, à la fin du XVIIe siècle, les a ensuite rendus inutiles. Ce lit-cabane est une reconstitution.
La poupée du costume
Chaque couvent des Ursulines avait sa poupée de cire couchée dans un coffre fermé à clé. «Elle gardait la mémoire du costume», résume Christine Cheyrou, commissaire de l'exposition et directrice du Musée des Ursulines. Ainsi, la poupée portait-elle toutes les couches de vêtements essentiels pour traverser l'hiver, chaussettes comprises.
<p>L'art de la dorure</p>
<p>Une lettre patente de Louis XIII</p>
L'art de la dorure
Marie de l'Incarnation était elle-même une doreuse. Elle a introduit en Nouvelle-France cet art qui consistait à recouvrir des objets de feuilles d'or. Ils servaient à l'ornementation de la chapelle. Les religieuses commandaient ces feuilles d'or de Paris. «Elles se sont privées pour dorer les églises», a commenté Christine Cheyrou. Pour appliquer l'or, elles utilisaient un pinceau en poil d'écureuil. Elles le frottaient sur leurs cheveux et sur leurs vêtements afin de créer l'électricité statique qui leur évitait de manipuler le métal si fragile.
Les lettres patentes
Le 1er août 1639, après une traversée de trois mois sur le Saint-Joseph, Marie Guyart de l'Incarnation est débarquée à Québec avec les lettres patentes de Louis XIII autorisant le gouverneur Charles Huault de Montmagny à construire un couvent en Nouvelle-France. Ce document authentique fait partie de l'exposition Mission Nouvelle-France. Il porte le sceau du roi, une immense empreinte de cire ornée de fins rubans.
Vie pas ordinaire
Marie de l'Incarnation est née à Tours, en France. Elle a été mariée, mère et veuve à 19 ans. Elle est morte de vieillesse à Québec en 1672. «Elle a connu sept gouverneurs», a mentionné soeur Gabrielle Noël. Elle a tenu une correspondance avec son fils, et 278 de ses lettres ont été regroupées dans un livre. L'une d'elles est exposée dans le parloir.
Vous voulez y aller?
Quoi : l'exposition Mission Nouvelle-France
Où : grand parloir du Monastère des Ursulines, 4, rue du Parloir
Quand : tous les jours, de 10h à 17h, jusqu'au 10 août
Coût : gratuit
Tél. : 418 694-0694