Une vue nocturne de l'Éco-ARK de Miniwiz construit en 2010

Miniwiz: l'architecture durable

Quelle est la ressource mondiale qui est la plus abondante et en croissance constante? Réponse : les déchets! «Mais les déchets ne sont pas une ressource!» protesterez-vous. C'est pourtant la conviction et la prémisse gouvernant Miniwiz, une entreprise pionnière et novatrice en architecture durable.
<p>La forme de la Polly-Brick lui permet de s'emboîter à la façon d'un nid d'abeilles.</p>
<p>Les cartes d'affaires de Miniwiz sont faites de déchets alimentaires recyclés, tout comme ces lunettes soleil, offertes aux clients</p>
Miniwiz (un jeu de mots avec «minimize» - «réduire», en anglais - dont le deuxième «m» a subi une rotation de 180 degrés) a été créée en 2006 par le Taiwanais Arthur C. Huang.
Né à Taipei en 1978, il a émigré aux États-Unis avec ses parents alors qu'il avait 11 ans. Ce fut le choc de la confrontation avec l'abondance et le gaspillage, qui s'est reflété jusque dans ses études : détenteur d'une maîtrise en architecture de Harvard, Huang s'est spécialisé en énergies renouvelables et en développement durable. Un discours fort honorable... mais qui n'offrait pas de solutions concrètes, lui a un jour reproché un étudiant qui assistait à une de ses conférences. C'est ainsi que, passant de la théorie à la pratique, il a donné naissance à Miniwiz.
L'idéaliste entrepreneur a fait ses débuts à New York, pour rapidement s'apercevoir que ce n'est pas parce qu'une ville est énorme que sa conscience de son empreinte écologique est développée à la même échelle. Huang déménage donc ses pénates à Hong Kong... et y fait le même constat : ses intentions de transformer des déchets en matériaux de construction ne suscitent pas d'intérêt digne de ce nom. C'est alors qu'il cible sa ville d'origine, capitale de Taiwan, le royaume... du plastique! Une intuition gagnante, car Miniwiz est choisie pour concevoir le pavillon temporaire de neuf étages, baptisé Eco-ARK, accueillant les Floralies internationales de 2010.
L'Eco-ARK, c'est 1,52 million de bouteilles de plastique récupérées, transformées en «briques» creuses translucides, dont l'emboîtement s'inspire d'un nid d'abeilles. Montée sous forme de panneaux isolants (tant thermiques que sonores), la structure, qui comprend une ossature en acier, se révèle extrêmement solide tout en étant 50 % plus légère qu'un bâtiment conventionnel. Le tout est entièrement démontable et transportable par conteneurs, pour réutilisation ultérieure. Pas étonnant, donc, que ce projet de Miniwiz ait suscité l'attention internationale!
L'équipe de Miniwiz est composée d'ingénieurs, d'experts en sciences des matières, de designers et d'architectes. Leur défi : redonner une valeur structurelle aux déchets industriels, de post-consommation (comme les appareils électroniques) et alimentaires (comme l'écorce du riz, utilisée comme nanoadditif) au moyen de pliages géométriques étudiés et d'autres procédés en attente de brevet.
Consommation responsable
Si l'entreprise produit des objets fabriqués à «100 % de matériaux recyclés, 0 % de matières vierges», comme l'indique son slogan, c'est davantage pour sensibiliser la population à une forme de consommation responsable. Et côté promotion, les clients de l'entreprise préfèrent repartir avec une paire de lunettes ou un protecteur à bouteille de vin qu'avec un morceau de mur ou de toiture sous le bras...
Pourquoi préférer l'architecture aux objets du quotidien? «Parce que seule l'architecture a l'envergure suffisante pour absorber la masse des déchets produits annuellement», répond Johann Bödecker, partenaire et directeur marketing de Miniwiz.
Ambitieuse, la compagnie taïwanaise veut établir un standard dans la façon de concevoir la construction, l'ingénierie, qui non seulement donne une nouvelle vie aux déchets, mais permet des gains en performance : la solidité et la légèreté, à défaut de l'économie.
Parce qu'on s'en doute : ce recyclage n'est pas nécessairement «bon marché». Mais cette perspective change lorsque l'on tient compte des ressources naturelles qui, elles, ne sont pas renouvelables ni inépuisables... La viabilité de notre civilisation en dépend, affirme Arthur C. Huang, rencontré dans son bureau de Taipei.
L'affairé entrepreneur partage son rêve avec les journalistes présents : «Que les architectes d'aujourd'hui conçoivent leurs propres matériaux en fonction du monde de consommation qu'ils habitent, à l'instar des artistes de la Renaissance - pensons à Léonard de Vinci - qui étaient partie prenante de leur société et fabriquaient eux-mêmes leurs pigments.»
<p>Nike a invité Miniwiz à présenter une installation monumentale mettant en valeur sa nouvelle collection de chaussures de course ultralégères. </p>
<p>Une des espadrilles de Nike exposées à Milan</p>
Une collaboration avec Nike
À l'occasion de la Semaine de design de Milan, tenue début avril, la société américaine Nike a invité Miniwiz à présenter une installation monumentale mettant en valeur sa nouvelle collection de chaussures de course ultralégères.
Pour expliquer ce genre d'association, le directeur marketing de Miniwiz, Johann Bödecker, affirme, sourire en coin : «Pour être attirant, le développement durable a besoin d'être un peu sexy...»
Force est de constater le côté spectaculaire de la mise en scène, alors qu'un «dôme aérostatique» flottant, retenu par de très fins câbles utilisant la même technologie de fils extensibles employée pour le tissage des espadrilles, était retenu par neuf vitrines exposant chacune un modèle de soulier. Il importe également de savoir que ces fils étaient entièrement faits de plastique PET recyclé renforcé de silice (une technologie propre à Miniwiz) et que toute la structure pouvait être démontée et transportée dans cinq valises en vue d'un redéploiement dans un autre lieu!
Légèreté, performance et développement durable pouvaient donc autant qualifier l'apport de Nike que celui de Miniwiz. Une collaboration gagnant-gagnant qui n'est pas passée inaperçue! 
Le Soleil était invité par le ministère des Affaires étrangères de Taiwan.